Bien que la liberté de la presse soit garantie par la législation, les journalistes sont fréquemment victimes d'agressions et de harcèlement. Le journalisme d’investigation perdure dans les médias numériques, tandis que les médias sociaux sont de plus en plus utilisés pour couvrir une actualité en direct. La désinformation demeure une réalité. La précarisation de la presse régionale et les nouvelles pressions administratives et juridiques pèsent sur le journalisme indépendant.
Paysage médiatique
Le paysage médiatique péruvien est pluriel, même si dans la capitale, Lima, une ligne éditoriale soutenant la coalition autoritaire au pouvoir depuis décembre 2022 domine. Ces dernières années, des médias auparavant fiables ont basculé dans la désinformation. Le journalisme d’investigation se développe sur des sites en ligne à but non lucratif, tandis qu’il constitue une exception dans les médias commerciaux. Le tabloïd Trome est le journal le plus vendu du pays, et Radioprogramas la principale émission radio d'information. En raison de la crise politique, la plupart des Péruviens s'informent via les médias locaux (radio ou numérique) ou TikTok, et l'audience des chaînes de télévision est en baisse. Parallèlement, la pression économique a accéléré les coupes budgétaires et les restructurations dans une partie de la presse régionale, ce qui affecte la couverture de l’actualité de l’ensemble du pays.
Contexte politique
Depuis décembre 2022, le Pérou traverse une instabilité politique durable qui fragilise le débat public et les conditions d’exercice du journalisme. Des journalistes et des rédactions signalent des obstacles récurrents à l’accès aux informations officielles, ainsi que de la stigmatisation et du harcèlement, notamment dans le cadre de la couverture de manifestations et de sujets liés à la sécurité. Dans ce contexte, l’insécurité et la polarisation façonnent l’agenda public et limitent le contrôle citoyen, alimentant l’autocensure, en particulier dans les médias régionaux.
Cadre légal
La Constitution de 1992 garantit la liberté d’expression et dispose que toute action qui suspend, interrompt ou empêche la libre circulation des journaux est un délit. La loi sur la transparence et l’accès à l’information est souvent difficile à mettre en œuvre en raison de la faiblesse des institutions et des conflits d'intérêts politiques et économiques. La réforme de la loi sur l'Agence péruvienne de coopération internationale (APCI) de 2025, élargissant les contrôles et exigeant l'enregistrement des activités financées par la coopération risque d’avoir un effet dissuasif sur le journalisme indépendant, en particulier sur les projets d'investigation soutenus par la coopération.
Contexte économique
Ces dernières années, la viabilité économique des médias s'est détériorée en raison de la baisse des recettes publicitaires et de la migration de l’audience vers les plateformes numériques. Notamment en dehors de la capitale, les journalistes travaillent sans contrat, sans assurance, ni protection santé. Certains médias privés ont licencié des employés et des médias en ligne à but non lucratif ont également réduit leur personnel. Le nombre de pigistes augmente, surtout dans le domaine du photojournalisme. Cette précarisation affaiblit la couverture territoriale et la capacité d’investigation, avec un impact particulier sur les médias régionaux.
Contexte socioculturel
Le public valorise le travail des journalistes, celui-ci ayant joué un rôle clé – notamment ces dernières années – dans la révélation d’affaires de corruption dans le monde politique et judiciaire. Toutefois, les médias traditionnels ont perdu leur crédibilité depuis 2020, en raison des informations pseudo-scientifiques diffusées pendant la pandémie, dans un contexte marqué par la polarisation et la désinformation. Parallèlement, la consommation d'informations se déplace vers les réseaux sociaux, ce qui renforce la concurrence pour attirer l'attention et amplifie la circulation de la désinformation.
Sécurité
Ces dernières années, la police a intensifié un recours excessif à la force contre les journalistes lors des manifestations. Outre les agressions physiques et verbales envers les journalistes, des menaces, des entraves à la couverture médiatique et des restrictions d'accès à l'information ont été signalées. Alors que des médias traditionnels stigmatisent les manifestants en les qualifiant de “terroristes”, des citoyens ont agressé certains de leurs journalistes. Bien qu'il existe un mécanisme étatique de protection applicable aux journalistes, des questions subsistent quant à son efficacité et à la nécessité de renforcer les ressources et la coordination.