La montée de l’insécurité et l’instabilité politique, liée aux deux coups d’État survenus en janvier et en septembre 2022, ont considérablement dégradé les conditions d’accès à une information plurielle et l’exercice d’un journalisme libre. Le “traitement patriotique” de l’information cher au capitaine Ibrahim Traoré, président de transition, a pris le pas sur la possibilité d’exercer un travail journalistique rigoureux.
Paysage médiatique
Le Burkina Faso bénéficie, historiquement, d’un paysage médiatique dynamique, professionnel et pluraliste. Le pays compte plus de 80 journaux (Sidwaya, L'Événement, Le Pays), 185 radios (Omega FM et plusieurs autres), une trentaine de chaînes de télévision (Radiodiffusion Télévision du Burkina, BF1) et plus d’une centaine de sites d’information (faso.net, Faso 7, Burkina 24). Si la culture du journalisme d’investigation est historiquement répandue dans le pays, elle y est aujourd’hui menacée en raison de la dégradation du contexte politique et sécuritaire, qui a entraîné une augmentation considérable des pressions, des exactions et, dès lors, de l’autocensure au sein de la profession. Certains journalistes critiques ont été contraints à l’exil.
Contexte politique
Les intimidations envers les journalistes se sont multipliées ces dernières années. Lors des coups d’État de 2022, des putschistes armés sont entrés dans les locaux de chaînes de télévision nationales et ont imposé aux journalistes la lecture de leurs communiqués. La junte au pouvoir n'hésite pas à museler les médias nationaux et étrangers en les suspendant. Les interrogatoires par l’Agence nationale de renseignements se sont également normalisés. Certains journalistes burkinabè abandonnent la profession ou sont contraints à l’exil depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré.
Cadre légal
La liberté de la presse et le droit à l’information sont consacrés par la Constitution depuis 1991, et le délit de diffamation ne conduit plus à des peines d'emprisonnement. Néanmoins, il reste passible de lourdes amendes pouvant entraîner la fermeture pure et simple des médias concernés. La dégradation de la situation sécuritaire a conduit, en 2019, à une modification du Code pénal, qui criminalise la diffusion d’informations sur les opérations militaires, alimentant ainsi l’autocensure. Votée en novembre 2023, la réforme du régulateur des médias, le Conseil supérieur de la communication (CSC), renforce le contrôle du pouvoir sur l’espace médiatique du pays, en permettant au chef de l’État d’en nommer lui-même le président. La possibilité d’une collaboration régionale entre les régulateurs des médias de l’Alliance des États du Sahel (AES) inquiète également la profession.
Contexte économique
Les médias burkinabè évoluent dans un contexte précaire. Les difficultés se sont accrues avec la crise sanitaire de la COVID-19, qui a entraîné une réduction drastique des recettes publicitaires. Les journalistes ont généralement peu de moyens et de matériels pour réaliser des reportages. Les médias indépendants croulent sous les impayés et nombre d’entre eux doivent repenser leur modèle économique. Ceux qui sont suspendus par le CSC peinent à reprendre leurs activités une fois la sanction levée.
Contexte socioculturel
Au Burkina Faso, l’un des sujets les plus sensibles reste la religion. Des groupes religieux très actifs surveillent et exercent une pression sur le débat public, constituant une menace pour la liberté d'expression et pouvant entraîner de l’autocensure. Depuis quelques années, les sujets sécuritaires, militaires et de bonne gouvernance sont également devenus tabous. Les zones de conflits, où des exactions ont été documentées par différents médias et ONG, sont désormais des déserts informationnels.
Sécurité
Les violences envers les journalistes, qu’elles proviennent des groupes armés ou des autorités, se sont multipliées ces dernières années. Depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré, les autorités sont responsables de l’enlèvement et de la réquisition d’au moins une douzaine de journalistes critiques du pouvoir, une méthode de répression utilisée contre plusieurs professionnels de l’information. En avril 2021, pour la première fois depuis plus de 20 ans, deux journalistes espagnols, David Beriain et Roberto Fraile, ont été tués par des membres de groupes armés alors qu'ils étaient en reportage dans l’est du pays, à proximité de la zone dite des trois frontières (Mali, Niger, Burkina Faso).