Irène Sapir
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Irène Sapir, née en 1937 à Belleville (Paris), est une enseignante, témoin de la Shoah, militante du devoir de mémoire et ancienne élue municipale française. Elle subit la rafle du Vel d'Hiv en juillet 1942 aux côtés de sa mère, Léa Asman. Cette dernière est déportée à Auschwitz où elle survivra jusqu’à la libération du camp en janvier 1945. Irène Sapir est connue pour ses nombreuses interventions dans les établissements scolaires afin de transmettre la mémoire des persécutions antisémites durant la Seconde Guerre mondiale et pour son engagement politique au sein du Parti communiste français.
Biographie
[modifier | modifier le code]Jeunesse et Seconde Guerre mondiale
[modifier | modifier le code]Irène Sapir naît en 1937 dans le quartier de Belleville, à Paris, au sein d'une famille immigrée juive[1],[2]. Son père, Aaron Sapir, est d'origine russe, et sa mère, Léa Asman, d'origine polonaise[3],[4]. Sa mère est née le 19 juillet 1907 à Wołomin[5]. Son père s'engage volontairement dans l'armée française en 1939 et est fait prisonnier durant la campagne de France de 1940[6]. Le 16 juillet 1942, alors âgée de cinq ans, elle est arrêtée avec sa mère lors de la rafle du Vélodrome d'Hiver[1]. Toutes deux sont conduites au Vélodrome d'Hiver avant d'être libérées quarante-huit heures plus tard, en raison du statut de prisonnier de guerre de son père[1],[7]. Afin de la soustraire aux persécutions, sa mère la confie à une famille catholique de Nanterre[1]. Arrêtée par la suite, sa mère est déportée de Drancy au camp de concentration d'Auschwitz par le Convoi No, 49, en date du 2 mars 1943[8], dont elle revient en 1945, parmi les six survivants de son convoi de mille personnes[1],[7]. Après la guerre, la famille s'installe en Dordogne, où Irène Sapir poursuit sa scolarité[1].
Carrière professionnelle
[modifier | modifier le code]Irène Sapir devient institutrice dans plusieurs établissements de Dordogne[9]. Elle participe également à des actions en faveur de l'intégration scolaire des enfants en situation de handicap[1]. En 1969, elle devient responsable de section d’éducation spécialisée dans un collège de Bergerac[1].
Engagement politique
[modifier | modifier le code]Militante du Parti communiste français, Irène Sapir est élue au conseil municipal de Bergerac en 1967[10]. Elle est régulièrement réélue jusqu'en 2001 et exerce notamment les fonctions de première adjointe au maire[7],[11],[12].
Devoir de mémoire
[modifier | modifier le code]Longtemps réticente à évoquer publiquement son expérience de la Shoah, elle commence à témoigner auprès des élèves à la demande de collègues enseignants[13]. À partir des années 1970, elle intervient régulièrement dans les écoles, collèges et lycées afin de sensibiliser les jeunes générations aux dangers de l'antisémitisme, du racisme, de la xénophobie et des totalitarismes[1],[7],[10]. Elle est considérée comme l'une des dernières survivantes françaises de la rafle du Vel d'Hiv poursuivant une activité régulière de témoignage auprès des jeunes générations[1],[7],[14].
Polémique autour du nom d'une école
[modifier | modifier le code]En , le conseil municipal de Bergerac adopte une délibération visant à rebaptiser l'école du Bout-des-Vergnes en « école Irène-Sapir », afin de rendre hommage à son parcours de survivante de la Shoah, d'enseignante et de militante du devoir de mémoire[11],[10]. La délibération est votée à l'unanimité moins les trois voix des élus du Rassemblement national, qui justifient leur opposition par l'engagement communiste passé d'Irène Sapir et par leur refus qu'un établissement scolaire porte le nom d'une personnalité politique[12],[10]. Cette prise de position suscite une importante couverture médiatique nationale[2]. Le maire de Bergerac, Fabien Ruet, plusieurs responsables politiques ainsi que des associations mémorielles dénoncent cette opposition[10]. La sénatrice Marie-Claude Varaillas estime notamment que réduire le parcours d'Irène Sapir à son engagement politique est « profondément indigne »[12]. Interrogée après le vote, Irène Sapir déclare : « Ma première tare, c'est d'être communiste. Ma deuxième tare, c'est d'être juive »[12]. L'affaire est notamment relayée par Le Monde, Ouest-France, France 3 Régions et Politis, qui soulignent son retentissement national dans le contexte des débats autour de la mémoire de la Shoah et des accusations d'antisémitisme visant certains représentants du Rassemblement national[11],[12],[10],[15].
Distinctions et hommages
[modifier | modifier le code]- Médaille du Sénat, remise en 2023 par la sénatrice Marie-Claude Varaillas pour son engagement en faveur de la transmission de la mémoire de la Shoah[16].
- En 2026, la municipalité de Bergerac décide de donner son nom à l'école du Bout-des-Vergnes afin d'honorer son engagement civique, éducatif et mémoriel[11],[12],[10].
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Serge Klarsfeld. Le Mémorial de la déportation des Juifs de France. Beate et Serge Klarsfeld: Paris, 1978. Nouvelle édition, mise à jour, avec une liste alphabétique des noms.FFDJF (Fils et Filles des Déportés Juifs de France), 2012.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Claude-Hélène YVARD, « Plus de 80 ans après la rafle du Vel d’Hiv, Irène Sapir continue de témoigner », sur Bien en Périgord, (consulté le )
- 1 2 « Les élus RN de Bergerac refusent de donner le nom d’une rescapée de la rafle du Vel d’Hiv à une école », sur www.telerama.fr, (consulté le )
- ↑ Daniel Province, « La rescapée du Vel d’Hiv - CDM 24 », (consulté le )
- ↑ « Des témoignages de femmes poignants », sur SudOuest.fr, (consulté le )
- ↑ Klarsfeld, 2012.
- ↑ « « J’ai entendu pan pan pan à la porte » : plus de 80 ans après la rafle du Vél’ d’Hiv, la rescapée Irène Sapir continue de témoigner », sur DordogneLibre.fr, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 « "La haine des autres c'est l'horreur absolue", les souvenirs douloureux d'Irène Sapir rescapée de la rafle du Vél d'Hiv - ICI », sur ici.fr, (consulté le )
- ↑ Elle est déportée sous le nom de Lea Bibergal née Asman, voir, Klarsfeld, 2012.
- ↑ « Il y a 80 ans, la rafle du Vel' d'Hiv' racontée par une survivante - Vatican News », sur www.vaticannews.va, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 « "Héritière du stalinisme et de ses millions de morts" : des élus RN refusent de renommer une école Irène Sapir, une rescapée de la Shoah et élue communiste », sur France 3 Nouvelle-Aquitaine, (consulté le )
- 1 2 3 4 « A Bergerac, des élus RN refusent de baptiser une école du nom d’Irène Sapir, rescapée de la Shoah devenue élue locale communiste », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 « À Bergerac, des élus RN refusent de dédier une école à une ex-élue rescapée de la Shoah : on vous résume la polémique », Ouest-France.fr, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ « Une école "ne peut pas porter le nom d'une militante politique" : le RN assume son vote contre l'hommage à une rescapée de la Shoah à Bergerac », sur RTL.fr, (consulté le )
- ↑ « Irène Sapir à Périgueux ce lundi pour les 80 ans de la libération d'Auschwitz », sur ICI, (consulté le )
- ↑ Guillaume Deleurence, « Antisémitisme au RN : un cas d’école », sur POLITIS, (consulté le )
- ↑ Daniel Province, « Irène Sapir décorée - CDM 24 », (consulté le )
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- Interview d'Irène Sapir pour le 75e anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz
- Interview d'Irène Sapir sur la radio Ici Périgord pour le 77e anniversaire de la rafle du Vél d'Hiv
- Naissance en 1937
- Naissance dans le 20e arrondissement de Paris
- Survivant français de la Shoah
- Survivant de la Shoah en France
- Enfants pendant la Shoah
- Témoin de la Shoah
- Mémoire de la Shoah
- Enseignant français du XXe siècle
- Femme politique française
- Personnalité du Parti communiste français
- Personnalité liée à la Dordogne