«Cette honte, je la connais. Mais cette honte doit vraiment changer de camp. » En recevant son prix ce jeudi soir à Venise, Gisèle Pelicot a livré un discours bouleversant, adressé à la fois aux victimes de violences sexuelles et à une société qui, selon elle, doit continuer à les protéger et à les écouter. « Je veux dire aux victimes qu’elles doivent savoir que même quand elles sont isolées elles ne seront jamais seules pour autant », a-t-elle déclaré sur scène.
Gisèle Pelicot a reçu un DVF Award des mains de Diane von Furstenberg, une distinction créée en 2010 pour reconnaître et soutenir des femmes exceptionnelles qui se consacrent à l’amélioration de la vie d’autres femmes et à amplifier leur voix. Parmi les précédentes lauréates figurent notamment Jane Goodall, Gloria Steinem et Ingrid Betancourt. Cette année en marge de la Mostra de Venise, Gisèle Pelicot a été récompensée aux côtés de Jane Fonda. Les deux femmes incarnent, chacune à leur manière, un engagement contre les violences faites aux femmes et une même volonté de briser le silence.
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Sur le tapis rouge, Gisèle Pelicot a exprimé sa gratitude pour cette distinction au micro de Vanity Fair. « C’est un honneur, je ne m’y attendais absolument pas. Je pense que j’ai sensibilisé certaines personnes – dont Diane – et je pense qu’elle a lu mon livre et c’est un immense honneur de le recevoir de ses mains ce soir. »
Depuis la fin du procès des viols de Mazan, elle mesure peu à peu l’impact qu’a pu avoir sa prise de parole, son refus de l’anonymat et du huis clos. Quelques temps après le verdict, elle dit avoir réalisé que le procès avait « vraiment libéré la parole des femmes », notamment grâce aux nombreuses lettres qu’elle a pu recevoir. Certaines lui écrivaient : « Merci parce que ça va nous donner la force de pouvoir parler. » Aujourd’hui encore, ces femmes lui la remercient et lui racontent notamment garder son livre, Et la joie de vivre, sur leur table de nuit et relire certains passages lorsqu’elles ont besoin de « courage et de force ».
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Un chapitre clos
« Je met aussi à l’honneur ma fille ce soir », précise Gisèle Pelicot. Le montant du DVF Award sera reversé à #MendorsPas, l’association créée par Caroline Darian, sa fille, pour lutter contre la soumission chimique. Un combat particulièrement personnel pour Gisèle Pelicot, qui raconte avoir vécu « dix ans d’errance thérapeutique, dix ans d’errance médicale » avant de comprendre qu’elle avait été droguée à son insu. « Je pensais que j’étais malade, j’avais des absences », explique-t-elle. Elle se dit aujourd’hui « très fière » d’être aux côtés de sa fille et de soutenir son engagement.
Si elle accepte aujourd’hui cette reconnaissance internationale, Gisèle Pelicot refuse cependant de se présenter comme une victime. À propos du procès, elle explique : « Je voulais que la justice fasse son travail. Qu’on reconnaisse qui était la victime et qui étaient les accusés. Ils ont été reconnus coupables. Pour moi, après, le chapitre était clos. J’ai voulu vraiment passer à autre chose et ne surtout plus endosser le statut de victime. »
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