SAINTETÉ

L'histoire des idées, soucieuse de classer les grandes attitudes morales, esquisse traditionnellement un triple portrait : le sage, le héros, le saint.

Le sage parvient à l'équilibre, à la maîtrise de soi, en associant pratique et théorie, action et réflexion. Il cultive surtout les vertus d'ordre, de mesure, d'harmonie, de sérénité.

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Le héros se met au service d'une cause qui le dépasse et l'entraîne à se dépasser lui-même. Il se distingue par la force d'âme, c'est-à-dire l'énergie du caractère, mais aussi la grandeur, la noblesse dans le choix des visées.

Le saint tend à la perfection, moins par recherche de l'intégrité que par amour de Dieu (ou du divin), dans l'ardeur d'une foi qui pousse au dévouement total et à l'oubli de soi.

Bien entendu, ces distinctions sont un procédé scolaire, pédagogique. Elles aident au repérage, à la clarté. La vie réelle d'un individu peut comporter, à divers degrés, un mélange des qualités énumérées.

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On remarquera que seul le dernier terme du trinôme est spécifiquement religieux. Il n'y a pas de sainteté éthique ou philosophique, même si l'on attribue au saint l'héroïcité des vertus, le don de sagesse, la rectitude morale, même si par extension ou par émulation on parle de « saints laïques ». Le saint est celui qui réalise dans sa personne et dans sa conduite l'idéal d'une religion.

L'étymologie du mot est laborieuse. En latin classique, sanctus (saint) se rattache à sanctio, sancire (sanction, sanctionner), non à sacer, sacrare ( sacré, consacrer). Est saint ce qui fait l'objet d'une sanction, c'est-à-dire d'une loi qui interdit d'y toucher. Est sacré ce qui est mis à part, séparé du profane, réservé aux dieux et redoutable à l'homme. « Sacré » désigne l'état de la chose elle-même. « Saint » peut renvoyer à la chose sacrée, mais pour rappeler qu'elle est inviolable et qu'une défense formelle en prohibe le contact. Cependant, le rapprochement des deux termes (perceptible dans le composé « sacro-saint ») finit par amalgamer, par assimiler les notions correspondantes. Du coup, leur signification commune atténue son aspect négatif, accentue son aspect positif : quand une réalité, un homme, un dieu sont déclarés saints, il s'agit moins d'une sainteté de séparation, d'interdiction que d'une sainteté intrinsèque, qui provoque la vénération spontanée ou requiert l'hommage cultuel. On sait que la Bible atteint d'emblée ce concept de sainteté, synonyme de pureté, de justice, de perfection ; le paganisme gréco-latin n'y est venu que lentement.

La philologie n'est pas tout. La sémantique du « saint » se prend aussi de l'hagiographie (légendes et récits de la vie des saints), des théologies ou des liturgies qui admettent une médiation sanctorale, de l'étude historique et juridique des procédures de canonisation en vigueur dans le catholicisme romain, également de la mystique comparée (Orient et Occident), de la psychologie ou de la sociologie des religions, sans omettre ce qu'on a appelé la « métaphysique des saints ».

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En gros, la notion de sainteté se construit autour de « modèles » spirituels, qui dérivent d'une philosophie implicite, et autour de « modèles » idéologiques, qui sont le reflet d'un type de société.

Sur le plan de la spiritualité, on rencontre deux modèles principaux, qui fusionnent par éclectisme, mais qui, de soi, sont divergents. Le saint peut être conçu comme celui qui se dépouille, se détache, se concentre, ou comme celui qui accumule les vertus, les grâces, les mérites. Dialectique de suppression, de simplification, ou dialectique d'intégration, de totalisation : ces deux mouvements sont connus des historiens de la philosophie comme des historiens[...]

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Écrit par

  • : professeur au Collège de France, chaire d'étude du bouddhisme
  • : professeur à l'Institut catholique de Paris
  • : ancien professeur au collège philosophique et théologique de Toulouse, co-directeur de la collection Études musulmanes, collaborateur de l'Encyclopédie l'Islam
  • : membre de l'École française d'Extrême-Orient
  • Encyclopædia Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis

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