280 CHRONIQUE : NÉCROLOGIE.
NÉCROLOGIE.
Le Conseil de Direction de l'Institut d'Etudes slaves a subi , au début même de cette guerre, la plus douloureuse des pertes en la personne de celui qui, depuis sa fondation, n'avait cessé d'être l'une de ses forces et son bon génie : Etienne Fournol. Né dans l'Avey- ron, à Saint-Afîrique, le 1 6 juin 1 87 1 , puis transplanté de bonne heure, après la mort de sa mère, à Paris, où il avait fait de brillantes études à Lakanal, et du même coup devenu Parisien, ce Languedocien à la tête bien construite, au regard chaud et au sourire fin et charmant, nous a quittés le 25 avril 19^0, après quelques mois de retraite intime, vaincu, malgré les soins les plus affectueux, par une maladie dont les événements de Munich avaient précipité la marche.
Cet ami, à qui personne ne connaissait d'ennemi, était, sans faire profession de science et loin du pédantisme, un esprit infiniment curieux, excellement informé des choses slaves, et le seul reproche que nous pussions lui faire était de prétendre n'être parmi nous, avec son exquise modestie, que le serviteur dévoué de nos études, alors qu'il leur faisait honneur par des dons qui étaient ceux d'un historien de beauté pensée et de bonne race.
Juriste de formation, et par vocation historien et lettré, se plaisant par dessus tout a observer les hommes et les jeux de la politique , il avait fait au Parlement un séjour de quelques années d'où il n'avait retiré qu'une expérience clairvoyante, sans illusion mais discrète, soucieux avant tout d'une indépendance qu'il s'était empressé de mettre bénévolement au service de son pays. Il connaissait, parmi ses contemporains, la plupart de ceux qui ont dirigé les affaires publiques : son Moderne Plutarque ou les hommes illustres de la 111° République en fait foi (Paris, 192З); mais il n'avait élu qu'un petit nombre d'amis : ses livres, ses manuscrits, son piano (car il était grand musicien) servaient de remparts, ainsi que l'écrivait Jean Lefranc, à sa liberté intellectuelle. C'est à cette liberté qu'il doit de nous laisser une œuvre originale et riche d'enseignements, — une œuvre à laquelle Emile Faguet, s'il eût vécu, n'aurait pas manqué de réserver une place, comme à celle d'André Siegfried, dans une série complémentaire de ses Politiques et moralistes.
















