LES ÉCRIVAINS PATOISANTS DU NORD DE LA FRANCE
II. Desrousseaux, le poète du « P'tit Quinquin »
Depuis Brûle-Maison, la chanson patoise a fait son chemin ; ou, plus exactement Desrousseaux lui a ouvert des voies nouvelles. Auteurs l'un et l'autre de chansons et de « Pasquilles », ils ont en commun, sans _ doute, avec l'esprit, la sûreté du coup d'œil et le bonheur d'expression, certaine verve populaire puisée dans le milieu modeste qui les a vu naître, dont l'un ne s'est jamais éloigné, où l'autre s'est toujours volontiers retrempé. A^ec Desrousseaux, toutefois, nous nous élevons dans l'échelle des valeurs. Brûle-Maison, qui nous rappelait les « jongleurs » ambulants du Moyen Age, avait été un amuseui et seulement un amuseur. Desrousseaux sera mieux que cela : un « ménestrel », un artiste, j'allais dire un érudit, et un littérateur. Ce « Désaugiers du prolétaire lillois », comme on l'a baptisé assez justement, était curieux des choses de son pays et curieux du passé. Il avait réfléchi sur son art. Par ces deux. traits notre chansonnier se distingue de plusieurs de ceux qui l'ont précédé ou qui l'ont suivi.
Alexandre -Joachim Desrousseaux est né à Lille le 1er juin 1820, au n° 120 de la rue Saint-Sauveur, au centre même d'un quartier tout grouillant d'une population ouvrière gouailleuse disséminée dans Id'humbles logis donnant sur des courettes sans air, sans lumière, sans hygiène. Le père, passementier de son métier, possédait au surplus les éléments de la musique, juste ce qu'il en faut pour être — je ne dis pas un violoniste — mais un bon « violoneux », toujours prêt à faire danser la jeunesse dans les bals publics de la ville comme de la campagne. Le petit Alexandre prit avec lui ses premières leçons de solfège ; tandis que ses patrons successifs (amateurs l'un et l'autre) : Wilmot le tisserand et Brunei, le tailleur, complétaient son éducation musicale et lui inculquaient le goût des chansons ; bientôt ni le répertoire de Brûle-Maison, ni celui de Désaugiers, ni celui de Béranger n'eurent de secrets pour lui. Et non content de répéter les refrains à succès, il composait lui-même dès l'âge de quinze ans ; à dix-huit, il publiait son premier recueil ; les chansons qui y figuraient ne nous ont pas étè*con-



















