Le Palais de Justice de Rouen. Ouvrage collectif publié par les soins du Ministère de la Justice et du département de la Seine-Maritime. Rouen, 1977, in-4°, 298 p., 87 fig.
Les études publiées sur le Palais de Justice de Rouen sont anciennes et introuvables, telles celles de Pierre Chirol dans notre Congrès de 1926 ou d'Edmond Spalikowski, parue en 1939. On doit donc se réjouir de l'initiative prise par l'Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de Rouen, avec l'appui du Ministère de la Justice et du département de la Seine-Maritime, en vue de rassembler dans un ouvrage collectif l'histoire de ce monument et du Parlement de Normandie dont il a toujours été le siège.
C'est au cœur du quartier Juif de Rouen que s'est élevé le Palais de Justice, longtemps après que Philippe le Bel,
en 1306, eut expulsé les Juifs du royaume et confisqué leurs biens. Le « Clos aux Juifs » cédé par le roi à la commune resta pendant des siècles inoccupé et c'est en 1429 seulement qu'on y transféra le marché aux herbes qui se tenait auparavant sur le parvis de la cathédrale. Sur cette place dite du Neuf-Marché, Charles VIII, à la démande du duc d'Orléans, gouverneur de Normandie, et de son lieutenant- général, Georges d'Amboise, archevêque de Rouen, décida la construction en 1494 d'une « grande salle qui sera nommée la salle commune de la ville ». Mais ce projet ne vit pas le jour. Louis d'Orléans étant monté sur le trône, Georges d'Amboise étant devenu cardinal et ministre du nouveau souverain, il fut décidé que les Rouennais auraient un Parlement, l'Échiquier permanent. Le roi entend dès lors que le Palais où se tiendra la justice soit élevé à la diligence de la ville et avec l'aide royale, sur la place du Neuf-Marché. Les travaux débutent à l'automne de 1499, selon les termes d'un devis conservé aux Archives communales, devis d'autant plus intéressant que des modifications sont intervenues par la suite dans ce bâtiment qui est l'aile ouest du Palais avec, à l'étage, la Salle des Procureurs. En 1502, l'œuvre n'est pas achevée et des fissures se produisent déjà qui obligent à reprendre les fondations et à renoncer aux deux rosés qui devaient s'ouvrir dans les pignons nord et sud ; la tourelle sud-est qui se déversait vers la rue aux Juifs est posée, ainsi que sa symétrique à l'ouest, sur un soubassement et non plus sur encorbellement. En 1505, on travaille à la charpente et l'on arrête Jehan Le Roux coupable d'avoir, faute des grands bois nécessaires, abaissé le lambris en carène renversée de la grande salle. Le 24 octobre 1508, les conseillers ayant pris possession du « Palais du Neuf- Marché », Louis XII y tient un lit de justice. Cependant les ardoises de la couverture ne seront à pied d'œuvre qu'en 1509. Le bâtiment n'a guère changé d'aspect depuis la mort du cardinal d'Amboise en 1510. Sur la façade est un escalier central donnait accès à la grande salle par une porte dont la trace a été retrouvée de part et d'autre de la fenêtre qui l'a remplacée. Quant à la façade ouest, aujourd'hui invisible derrière la construction néo-gothique, elle s'entrevoit sur un dessin du Livre des fontaines, offert à la ville en 1525. Une chapelle en encorbellement fut ajoutée en 1531 à l'extrémité sud de la Salle des Procureurs ; elle a été démolie en 1794. A l'autre bout se trouvait la Table de marbre, symbole de la juridiction de l'Amirauté et des Eaux et Forêts. Sauvai, au xvne siècle, évoque des statues de rois garnissant les niches latérales ; on est assuré que celle de Louis XII décorait le pignon nord, face à celle de la Vierge au sud.
La Salle des Procureurs peut être comparée à la grande salle, plus ancienne, du Palais de Poitiers ; elle a à peu près les mêmes dimensions et les mêmes tourelles d'angles ; mais on ne saurait parler d'influence tant l'aspect intérieur est différent puisque la salle de Poitiers est couverte d'une charpente à entraits et poinçons et non du superbe lambris qui couvre, sans aucun tirant, celle de Rouen. Néanmoins il n'est pas interdit de chercher un premier architecte venu des chantiers royaux des pays de la Loire ou du centre. On se plait cependant à croire que c'est Jacques Le Roux, maître de l'œuvre de la cathédrale de 1496 à 1508, qui prit une part essentielle dans la construction du Palais du Neuf-Marché.
Une aile vint se greffer perpendiculairement à l'extrémité nord de ce premier bâtiment : c'est le Palais royal, construit,


















