Katrina Barillova : l’extraordinaire histoire de l’ancienne enfant espion qui inventa la première marque de mode connectée 25 ans avant tout le monde


Bijoux infrarouges, ordinateurs portés au poignet et lunettes connectées : en l’an 2000 cet ancien top-modèle avait imaginé un monde qui ressemble fort au nôtre.
Katrina Barillova
(Photo by Pool LEFRANC US/Gamma-Rapho via Getty Images)Pool LEFRANC US/Getty Images

Katrina Barillova a toujours eu une longueur d’avance, peut-être même deux. Des années avant le lancement de l’iPhone par Apple, avant même que Facebook ne soit conçu, l'idée que l’on pourrait porter les inventions technologiques dernier cri directement contre son corps pouvait sembler une rêverie tout droit sortie d’un film de science-fiction. Pourtant, dès 1999, l’ancienne espionne avait fondé Charmed Technology, une start-up californienne dont l’ambition était de transformer l’informatique en accessoires de mode grand public. Soit exactement ce qui est devenu notre pain quotidien depuis près de vingt ans.

L’enfant prodige devenue créatrice de smart mode

À seulement dix ans, un test de QI révèle que Katrina Barillova possède une intelligence hors norme. Son profil attire alors l’attention des services secrets tchécoslovaques qui commencent à l’entraîner comme espionne dès l’âge de quatorze ans, à l’insu de sa famille.

En l’espace de quatre ans, elle apprend six langues et se forme à toutes les technologies de surveillance de l’époque. Elle commence également à travailler comme mannequin, car, explique-t-elle dans un entretien accordé à Wired en 2000, « lorsqu’on exerce ce métier, personne ne s’attend à ce que l’on puisse appartenir aux services d’espionnage, ni même à ce qu’on soit particulièrement intelligent ».

La chute du bloc de l’Est met fin à sa carrière d’espionne : qu’à cela ne tienne, elle se réinvente comme garde du corps auprès de célébrités hollywoodiennes et de membres de familles royales du Moyen-Orient.

Katrina Barillova

À New York, en 2000, Katrina Barillova présente Charmed Wireless Eyewear, une collection de lunettes intégrant une caméra miniature.

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« Sous le communisme, il fallait fabriquer soi-même ses vêtements. C’est pourquoi j’ai appris à coudre dès l’adolescence. Plus tard, lorsque je suis devenue agente, j’ai utilisé cette compétence pour intégrer différents capteurs et dispositifs d’écoute dans la doublure de mes vêtements, à l’intérieur de ceintures ou d’autres accessoires », a-t-elle expliqué à ABC News. Installée à Los Angeles, elle commence à travailler comme détective privée tout en développant son sens du style. C’est également dans la métropole californienne qu’elle rencontre, en 1999, celui qui deviendra son associé : Alex Lightman, diplômé du MIT en communications satellitaires. Ensemble, ils fondent Charmed Technology.

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Kate Orr, à gauche, porte un Charmed Communicator, tandis que Gloria Wong, à droite, porte un Aromabadge lors du défilé Brave New Unwired World organisé à l’Earls Court Conference Centre de Londres.

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« Les gens ont un peu peur de la technologie, ils craignent d’avoir l’air de geeks. C’est là que la mode entre en jeu : lorsque la technologie prend la forme d’accessoires, de vêtements ou d’objets séduisants, tout à coup, ça intéresse les gens. » Son objectif était de permettre à chacun de communiquer, d’apprendre ou de rechercher des informations partout et à tout moment grâce à des appareils intégrés à sa tenue vestimentaire.

En 1999 un mannequin porte un capteur au poignet lors du dfil Brave New Unwired World Technology Fashion Show organis à...

En 1999, un mannequin porte un capteur au poignet lors du défilé Brave New Unwired World Technology Fashion Show organisé à Hong Kong à l’occasion de la conférence CeTechnology.

PETER PARKS/Getty Images

Il y a vingt-six ans, la collection imaginée par Katrina Barillova semblait tout droit sortie de Star Trek. Pour la présenter, l’ancienne espionne avait conçu un défilé itinérant baptisé Brave New Unwired World Technology Fashion Show, organisé à Londres, Las Vegas et Hong Kong.

Les mannequins y défilaient avec des créations futuristes associées à des ceintures renfermant de minuscules ordinateurs, des lunettes équipées de caméras intégrées, des colliers dotés d’émetteurs-récepteurs infrarouges et des appareils capables d’échanger automatiquement des cartes de visite numériques entre deux personnes lors d’une conversation.

À la fin d’une conférence, par exemple, l’utilisateur de cet outil, à peine plus grand qu’une broche, pouvait le restituer puis recevoir un accès lui permettant de consulter la liste complète des personnes rencontrées, leurs coordonnées ainsi que la durée de chaque échange.

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« Nos dispositifs sont destinés à tout le monde. Nous voulons proposer différents formats : chacun pourra choisir la technologie la plus adaptée à son mode de vie, qu’il s’agisse d’une montre, d’un bijou, d’un accessoire, d’un vêtement ou d’un ordinateur classique. Notre objectif est de rendre la technologie élégante, amusante et tendance », expliquait Katrina Barillova dans une interview accordée à CBS. En somme, Charmed Technology était largement en avance sur son temps.

Qu’est devenue Charmed Technology ?

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Un mannequin porte des lunettes dotées de capteurs intégrés lors du défilé Brave New Unwired World Technology Fashion Show à Hong Kong en 1999.

PETER PARKS/Getty Images

Comme de nombreuses entreprises technologiques extrêmement ambitieuses, Charmed Technology avait plusieurs décennies d’avance sur son temps. Les infrastructures nécessaires à un monde entièrement connecté n’existaient pas encore : transmission rapide des données, Bluetooth grand public, miniaturisation avancée des puces électroniques ou batteries suffisamment performantes. Tout cela restait largement hors de portée à la fin des années 1990. L’éclatement de la bulle Internet, qui a provoqué de nombreuses faillites de sociétés du secteur de la tech jusqu’en 2002 a contraint l’entreprise à cesser ses activités.

Pourtant, bon nombre de ses idées visionnaires ont fini par devenir réalité. Les montres connectées, les casques de réalité virtuelle, les lunettes équipées de caméras ou encore les technologies portables intégrées aux accessoires constituent aujourd’hui des marchés florissants. Autrement dit, Katrina Barillova avait entrevu, dès 1999, une bonne partie du monde numérique que nous habitons désormais.

Initialement publié par Vanity Fair Italia