La justice a été saisie par l'inspection du travail pour des cas de harcèlement et de souffrance au travail au sein de l'Agence France presse, révèle ce vendredi France Inter. Au moins une vingtaine de signalements ont été recueillis.
L'inspection du travail a décidé de faire un signalement à la justice sur la situation au sein de l'AFP, l’Agence France presse, l’un des organes de presse les plus prestigieux au monde, comme le lui permet l’article 40 du Code de procédure pénale, révèle ce vendredi France Inter de source proche du dossier.
Publicité
Ce signalement intervient après une visite de l'inspection dans les locaux de l'AFP en septembre 2024. À la suite de cette visite, des salariés ont contacté l’inspection du travail pour témoigner de situations de souffrance et de mal-être subis de la part de certains managers ou de la DRH. Selon les informations de France Inter, au moins une vingtaine de signalements ont ainsi été effectués par mails ou par téléphone.
Pour rappel, l'article 40 indique que "toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l'exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d'un crime ou d'un délit est tenu d'en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs".
Une plainte pour "harcèlement moral"
La visite de l'inspection a eu lieu au sujet d'un dossier concernant une employée de l'AFP. Ce dossier fait désormais l'objet d'une plainte pour "harcèlement moral" visant l'AFP, reçue cette semaine par le pôle Social, consommation et environnement du tribunal judiciaire de Paris. Dans cette plainte, que France Inter a pu consulter, la journaliste affirme être "sursollicitée, isolée, dénigrée et manipulée". Elle dénonce des humiliations subies lors d’un changement de poste et des entraves dans son travail. Le dossier de cette employée avait d'abord fait l’objet d’une alerte pour danger grave et imminent par le Comité social et économique (CSE) fin septembre.
La plainte, qui évoque aussi un "harcèlement institutionnel", met en avant une "crise psychosociale collective des suites d’une réorganisation massive amorcée en 2020", soulignant des réformes à répétition et des redéploiements de postes, alors que le contexte financier à l’AFP est tendu et que le secteur de la presse est en crise. Lors d'une réunion du CSE en juillet, une représentante du personnel rapportait que "certains salariés ont été brisés" ; "il peut y avoir des suicides", s'inquiétait une autre en octobre.
Deux enquêtes internes
Deux enquêtes internes à l’entreprise sont par ailleurs en cours. L’une – menée par un cabinet extérieur – porte sur la situation de la salariée qui a déposé plainte. Les résultats seront connus mi-mars. La deuxième – qui concerne un dossier dont les détails ne sont pas connus – est menée en interne.
"Nous ne pouvons évidemment pas commenter ces cas", nous fait savoir la direction de l’AFP, qui assure que "le dispositif de l’AFP pour traiter le sujet du harcèlement est très complet. Nous avons par exemple deux référents harcèlement, et non pas un seul comme l’exige la loi, et leur périmètre s’étend au harcèlement moral et pas seulement sexuel". L’ancienneté moyenne des journalistes à l’AFP est de 18 ans et sept mois fait par ailleurs valoir la direction, signe d’un attachement à l’entreprise. Et souligne que tous les managers ont une formation obligatoire qui porte, entre autres, sur la prévention du harcèlement, les risques psychosociaux et les bonnes pratiques du Code du travail.