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Avec les "notes de communauté", Twitter (X) marche sur les pas... de Wikipédia

Depuis plusieurs jours, les "notes de communauté" sont de plus en plus visibles sur la version française du réseau social X, anciennement Twitter. Ces contributions de membres de la plateforme sont destinées à pointer du doigt des erreurs dans des publications.

Par 5 min de lecture

Le compte "Notes utiles" en français a ouvert la semaine dernière
Le compte "Notes utiles" en français a ouvert la semaine dernière - Capture d'écran - X

C'est une fenêtre que vous avez peut-être vu apparaître sous des publications du réseau social X, anciennement Twitter : en-dessous d'une publication, un cadre apportant une contextualisation, une précision, voire affirmant totalement la fausseté d'une information. Depuis le début de l'été, ces "notes de la communauté", lancées dans un premier temps aux États-Unis, se déploient dans d'autres pays, dont la France.

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Ainsi, de plus en plus de publications sont contrebalancées par ces messages. Il peut s'agir de reprises d'articles de presse qui sont incomplètes sur le contexte, de publicités fallacieuses ou de tweets politiques qui avancent de faux arguments. Cela permet aussi de noter lorsqu'une image est reconnue comme ayant été produite par une AI et utilisée sans mention de cela. Dans tous les cas, une source est indiquée pour remonter vers l'information.

Mais d'où viennent ces "notes de la communauté", et comment fonctionnent-elles ? Le système n'est pas nouveau, il date en réalité de 2021, bien avant la prise de contrôle de ce qui était encore Twitter par le milliardaire Elon Musk. À l'époque, le dispositif est limité aux États-Unis, il se nomme "Birdwatch", mais son concept repose déjà sur les contributions d'utilisateurs et d'utilisatrices du réseau social pour modérer et recontextualiser des tweets.

Un groupe d'utilisateurs sur inscription

C'est en novembre dernier, dans un Twitter propriété d'Elon Musk, que la fonction a été rebaptisée "Community notes", et en juin qu'elle a été étendue à plusieurs pays, dont la France. Le 4 août dernier, le compte officiel @NotesUtiles a été lancé, recensant les notes ajoutées par des utilisateurs à des publications (officiellement, on ne dit plus "tweets").

Le système repose sur la participation de membres bénévoles de X, inscrits au préalable : pour avoir le droit de participer à la "communauté", il faut avoir un compte actif depuis au moins six mois, ne pas avoir fait l'objet de sanction sur Twitter depuis six mois, et disposer d'un numéro de téléphone actif. Pour une fois, pas besoin d'être membre certifié via X Premium. L'inscription n'est pas immédiate, il faut être approuvé par le réseau social.

Une fois intégré à ce programme, l'utilisateur ou l'utilisatrice peut proposer des notes, ou voter pour les notes proposées par les autres membres. Car proposer un commentaire à afficher sous un tweet ne suffit pas : comme l'explique Le Monde dans une enquête menée en juinOuverture dans un nouvel onglet, il faut, pour qu'une note apparaisse publiquement, "que plusieurs utilisateurs qui ont été en désaccord par le passé soient d'accord sur le fait de publier ou non une note". Par ailleurs, chaque membre a une "note" qui lui est attribuée et qui lui permet de proposer plus ou moins de commentaires chaque jour.

Une communauté bien modérée

Les composantes de toutes ces fonctions algorithmiques ne sont pas connues, le réseau social ne présentant pas de façon transparente le nombre de votes nécessaires ou ce qui joue sur la note des utilisateurs, même si on comprend que l'idée d'avoir un vote de personnes "qui ont été en désaccord" vise à éviter les effets de masse et les "raids" d'utilisateurs organisés pour faire passer une note.

Les employés du réseau social n'interviennent pas sur la publication des notes, laissant aux utilisateurs et utilisatrices les clés du dispositif. Au fond, le système ressemble d'assez près, l'open source en moins, à celui de Wikipedia, où c'est la communauté qui est appelée à modérer les contenus ajoutés par les uns et les autres. Affichez une fausse information évidente sur l'encyclopédie en ligne, vous avez l'assurance qu'elle ne fera pas long feu.

Et d'après Le Monde qui a expérimenté pendant plusieurs jours le système, on y retrouve un trait commun avec le système de Wikipedia : la communauté s'auto-modère plutôt bien. Les notes qui interviennent sur un point non essentiel, les messages répétitifs martelés (sur les armes aux États-Unis, par exemple) ou celles sur des tweets qui ont peu d'intérêt sont pour la plupart filtrés au moment du vote de la communauté, de sorte que les notes qui sont effectivement postées portent, dans la plupart des cas, sur des erreurs factuelles ou sans contexte.

Des risques de débordement

Y a-t-il des risques de débordement ? Faute d'intervention de X, ce risque existe toujours. Le compte "Community Notes Violating People" montre des notes américaines qui reprennent des tweets parfois avec ironie, sarcasme ou humour... mais aussi des cas plus épineux. Comme cette note ajoutée à une publication de l'ONG PETA engagée pour la défense des animaux, affirmant que l'association tue des animaux avec le lien vers une source qui est celle d'un site militant contre l'ONG – qui a elle-même expliqué euthanasier des animaux quand leur souffrance ne leur permet pas d'avoir une fin de vie digne.

En France, une note de communauté révèle des éléments d'un article du journal Le Parisien dont le contenu est réservé aux abonnés – alors même qu'en France, X est en conflit avec plusieurs médias, dont l'AFP sur la rémunération des contenus d'actualité.

Pas au niveau d'une véritable modération ?

L'évolution des notes de la communauté, système encore jeune en France, est donc à scruter, mais le dispositif pourrait se révéler efficace pour pallier une partie de ce qui a disparu de Twitter, comme la certification des membres "fiables". Si le réseau social met l'accent sur cette fonction, il pourrait prendre la direction de sites plus participatifs à la manière de Wikipedia ou de Quora, qui fonctionne selon un système de questions-réponses entre utilisateurs, et en ce sens, trouver un nouvel intérêt.

En revanche, aussi utiles soient-elles, ces "notes de la communauté", qui prennent un certain temps à être examinées et sont passées en revue par des utilisateurs bénévoles, ne peuvent pas se substituer à une véritable modération des contenus – à la fois automatique et humaine, un domaine qu'Elon Musk semble avoir laissé de côté pour favoriser la liberté d'expression. Il a d'ailleurs a plusieurs reprises vanté les mérites de ces notes comme la solution contre les fausses informations.

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