Constructeur de fusées, de voitures électriques, milliardaire atypique et volontiers provocateur, Elon Musk a mis la main sur l’influent réseau social Twitter fin octobre. D’où d’incessantes interrogations sur son identité politique. Elon Musk est le plus souvent associé à la philosophie libertarienne, peu connue en France. Pourtant, l’adjectif « libertarien », forgé au début du XXe siècle, provient du français « libertaire ». Il prend son sens actuel dans les années 1950 et 1960, au gré de débats qui continuent à définir l’Amérique.
Elon Musk se rapproche de ce courant de pensée, de l’individualisme radical qu’il promeut, de son opposition à toute forme de contrainte – et plus particulièrement de l’Etat. Son libertarianisme, tout comme celui de la plupart des patrons de la Silicon Valley, réside dans son attachement à la plus grande liberté d’expression qui soit. C’est précisément le projet qu’il dit souhaiter pour Twitter.
Lorsqu’il a lancé, au printemps, sa campagne en vue du rachat du réseau social, il a motivé sa décision par le désir d’en faire « une plate-forme pour la liberté d’expression autour du globe ». En d’autres circonstances, il s’est présenté comme un « absolutiste » favorable à une absence totale de limitation à ce droit fondamental.
Avant de mettre la main sur Twitter, Elon Musk s’était indigné de la modération des contenus pratiqués par l’oiseau bleu. Mais le milliardaire a aussi cherché à restreindre la liberté d’expression des salariés des différentes sociétés qu’il possède, y compris chez Twitter. Le magnat de l’espace et du cyberespace passe malgré tout pour un libertarien, dont il incarne à merveille les contradictions.
Un projet philosophique
Les élections de mi-mandat ont donné une nouvelle illustration de l’influence persistante de cette philosophie on ne peut plus américaine. Avec un budget de campagne ne dépassant pas les 8 000 dollars [soit autant d’euros], Chase Oliver, candidat au Sénat du Parti libertarien en Géorgie, a récolté 2 % des voix : assez pour empêcher les candidats issus des deux grands partis de dépasser la barre des 50 % nécessaires pour remporter le vote en Géorgie. Un second tour sera donc organisé le 6 décembre, afin de départager le sénateur démocrate sortant, Raphael Warnock, et son adversaire républicain, Herschel Walker.
Au-delà de son incarnation politique, le mouvement libertarien, c’est également un projet philosophique avec ses groupes de réflexion, ses publications et ses relais au sein de l’université. Des idées chères au courant libertarien sont largement partagées outre-Atlantique, sur le port d’armes, la liberté d’expression, le rejet de l’administration, l’attachement au capitalisme… Et si le libertarianisme existe à gauche, il est plus étroitement associé à la droite, notamment à la droite la plus dure.
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