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Chirac trouve un point de chute à Paris chez la famille Hariri
Un duplex va lui être prêté par un fils du Premier ministre libanais assassiné.
Par Renaud LECADRE
QUOTIDIEN : vendredi 27 avril 2007
Jacques et Bernadette Chirac confirment leur réputation de
squatteurs. Occupant à titre gracieux des palais nationaux depuis
35 ans, ils n'ont pu s'empêcher, au moment de quitter l'Elysée,
d'envisager de s'installer dans un duplex de 180 m2, situé en face
du musée du Louvre, dans l'un des quartiers les plus luxueux de la
capitale, mis à leur disposition par la famille de Rafic Hariri,
ancien Premier ministre du Liban assassiné en 2005.
Il ne s'agit, selon l'entourage présidentiel cité par l'AFP, que
d'un prêt à titre
«très provisoire, le temps de trouver un domicile
définitif». C'est aussi une invitation à remettre sur le tapis
les accointances entre Chirac et Hariri.
Les deux hommes se sont liés d'amitié au milieu des années 80.
Le premier n'est encore que maire de Paris mais déjà obsédé par la
présidence de la République ; le second, milliardaire ayant
prospéré dans le BTP en Arabie Saoudite, n'envisage pas encore de
diriger son pays d'origine.
«Chacun a aidé l'autre lors de ses traversées du
désert», expliquait Hariri.
«Présents dans les instants de bonheur comme dans les heures
difficiles», réplique volontiers Chirac. Une belle et franche
camaraderie, seuls quelques esprits chagrins tentant de la gâcher
par des considérations financières.
Didier Schuller, ancien directeur de l'office HLM des
Hauts-de-Seine, s'y est risqué en 2002, de retour de sa cavale aux
Bahamas. Il affirmait ainsi que des sociétés de construction du
groupe Hariri, de Bouygues et de la SAE auraient, entre 1992 et
1994, versé six millions de francs en vue de financer les campagnes
électorales du RPR. Après audition de dirigeants niant toute remise
de fonds, la justice a décrété un non-lieu sur ce volet particulier
de l'affaire Schuller, tout en remarquant au passage que Hariri
avait payé quelques encarts publicitaires dans le journal de
campagne de l'ex-dirigeant de l'office HLM.
Plus franche implication du couple Chirac-Hariri dans la vie des
affaires : la CGM, compagnie maritime privatisée en 1997 par le
gouvernement Juppé au profit de la CMA, contrôlée par Jacques et
Johnny Saadé. Très vite, ces deux frères d'origine libanaise se
disputent devant les tribunaux français le contrôle du nouvel
ensemble CMA-CGM. En 2000, une perquisition dans les ministères
exhume des notes confidentielles dans lesquelles
«le président de la République signale sa préférence» en
faveur de la CMA. C'est la première fois qu'une privatisation
risque de dégénérer en procès pour favoritisme. Venant au secours
de Chirac, Hariri intervient en juge de paix : les frères Saadé
sont enfermés dans un bureau du procureur de Beyrouth avec
obligation de signer l'armistice
«vous ne sortirez pas d'ici avant de vous être mis
d'accord». Les Saadé s'exécutent au nom de l'amitié
Chirac-Hariri, moyennant 40 millions de dollars versés par Jacques
à Johnny.
L'attentat contre Rafic Hariri a relégué les affaires au second
plan, Jacques Chirac étant dans son rôle en exigeant la mise en
place d'un tribunal international afin que
«justice soit faite contre les assassins», fussent-ils
syriens. Cela n'interdit pas les coups de pouce immobiliers entre
amis. Libération ne peut être tenu responsable du contenu de ces liens. |
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