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ZoNARE
ZONARE
HISTOIRE DES ROMAINS
Texte grec
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HISTOIRE ROMAINE
�crite par Zonare.
ALEXANDRE
FILS DE MAMM�E.
[4840]
LE faux Antonin n'eut pas sit�t �t� enlev� du monde, qu'Alexandre
son cousin, car c'est ainsi que les anciens appelaient les enfants
de deux fr�res, ou de deux s�urs, prit possession de l'Empire, et
d�clara Mamm�e sa m�re Imp�ratrice. Le premier soin qu'elle prit en
se chargeant du gouvernement! fut de mettre aupr�s de son fils de
savants hommes pour l'instruire, et de choisir les plus habiles, et
les plus gens de bien du S�nat, pour prendre leur avis sur toutes
les affaires.
Ulpien Pr�fet
du Pr�toire r�forma quantit� d'abus qui s'�taient introduits sous le
r�gne d'H�liogabale. Mais les soldats des gardes le tu�rent bient�t
apr�s pendant la nuit de la m�me sorte qu'il avait lui-m�me fait
tuer Flavien et Ch�reste pour avoir leur charge. Il y eut peu avant
sa mort une s�dition, qui bien qu'excit�e pour une l�g�re occasion,
dura pourtant 3 jours entre les soldats et le peuple. Comme les
premiers avaient du d�savantage, ils mirent le feu aux maisons, ce
qui obligea le peuple � s'accorder avec eux, de peur que la Ville ne
souffr�t un trop grand pr�judice de leur mauvaise intelligence.
Quelques
autres mouvements s'appais�rent encore de la m�me force. Au reste
l'imp�ratrice m�re d'Alexandre �tait poss�d�e d'une avarice
insatiable, et amassait de l'argent de toutes parts. Elle fit
�pouser une jeune Princesse � l'Empereur son fils, sans permettre
qu'elle f�t proclam�e Imp�ratrice. Elle la lui �ta m�me bient�t
apr�s, et la r�l�gua en Afrique, ce qu'il ne put emp�cher, bien
qu'il la ch�r�t tendrement, tant il �tait soumis aux volont�s de sa
m�re.
Cependant,
Artaxerxe natif de Perse, homme d'une naissance basse, et obscure,
et de qui l'on croit que Cosroez est descendu, transf�ra l'Empire
des Parthes aux Perses. Les Mac�doniens qui partag�rent les �tats
d'Alexandre apr�s sa mort, command�rent aux Perses., aux Parthes et
� d'autres nations. Mais ils se ruin�rent bient�t apr�s, en tournant
leurs armes les uns contre les autres. Arsace ayant profit� de leurs
divisions, et s'�tant soustrait � leur ob�issance, �tablit sa
domination sur les Parthes, et la laissa � ses successeurs, dont
Artabane fut le dernier.
Cet Artaxerxe,
dont je parle, le vainquit en trois batailles, et le tua. Ayant
depuis port� la guerre en Arm�nie, il fut d�fait par les Arm�niens,
par les M�des, et par les fils d'Artabane. Mais ayant eu fuite
r�par� ses pertes , et assembl� une arrn�e plus plus nombreuse, et
plus puissante qu'auparavant, il mena�a la M�sopotamis, et la Syrie,
et se vanta qu'il reprendrait tous les pays qui avaient autrefois
relev� des Perses. Mais dans le temps qu'il assi�geait Nis�be apr�s
avoir couru, et pill� la Cappadoce, il re�ut une Ambassade que
l'Empereur Alexandre lui avait envoy�e pour lui demander la paix. Au
lieu de donner audience aux Ambassadeurs, il choisit quatre cents
hommes d'une taille avantageuse, auxquels il fit donner de beaux
chevaux, avec des habits, & des armes magnifiques, et qu'il envoya �
l'Empereur dans la cr�ance que ce spectacle lui donnerait de
l'�pouvante, et jetterait la terreur dans le c�ur de ses sujets.
Quand ils furent en pr�sence d'Alexandre, ils dirent �Le grand Roi
Artaxerxe commande aux Romains d'abandonner la Syrie, et toute la
partie de l'Asie qui regarde l'Europe, et de c�der aux Perses tous
les pays qui s'�tendent juques � la mer�. L'Empereur les fit
arr�ter, leur fit �ter leurs chevaux, leurs habits, et leurs armes,
et comme il ne croyait pas les pouvoir faire mourir, il les
distribua dans plusieurs bourgs pour y cultiver la terre. Il divisa
� l'heure m�me son arm�e en trois parties, et attaqua les Perses de
trois c�tes. Il tua un grand nombre de Parthes, et perdit aussi un
grand nombre des siens. Ce ne fut pas n�anmoins tant par les armes
des ennemis qu'ils p�rirent, que par la rigueur du froid qu'ils
souffrirent en revenant par les montagnes d'Arm�nie, o� plusieurs
perdirent pat la gel�e le mouvement, et l'usage des pieds, et des
mains. Les gens de guerre bl�m�rent l'Empereur de les avoir engag�s
dans de si mauvais chemins, et il fut indispos�, soit que son
indisposition proc�d�t du d�plaisir que lui apportaient ces
plaintes, ou du seul changement d'air. Quand il fut gu�ri il marcha
contre les Germains qu'il incommoda extr�mement par le moyen des
gens de trait, et des archers qu'il leur opposa.. Mais peu apr�s il leur envoya des ambassadeurs avec de
l'argent pour leur demander la paix, ce qui d�plut si fort aux
soldats qu'ils excit�rent une s�dition, et que s'�tant saisis
de Maximin natif de Thrace, qui dans sa jeunesse avait �t� berger,
et depuis soldat, ils le proclam�rent Empereur malgr� lui. Il ne
laissa pas de se mettre � la t�te de ceux qui l'avaient proclam�, et
de les mener au lieu o� �tait Alexandre. Celui-ci implora la foi, et
le secours de ses gens, qui promirent d'abord de combattre pour son
service. Mais incontinent apr�s, ils commenc�rent � d�clamer contre
l'avarice de l'Imp�ratrice sa m�re, lui reproch�rent � lui-m�me sa
l�chet�, et l'abandonn�rent. Quand il le vit ainsi traite il
retourna dans sa tente, o� il embrassa �troitement l'Imp�ratrice sa
m�re, et d�plora avec elle son malheur. Maximin les fit tuer
avec leurs plus proches par un centenier, et s'assura de la
sorte la possession de l'autorit� souveraine. Mamm�e m�re
d'Alexandre �tait une princesse d'une grande pi�t�. Au temps qu'elle
�tait � Antioche avec l'Empereur son fils, elle entendit parler
d'Orig�ne dont le nom �tait alors fort c�l�bre, l'envoya qu�rir �
Alexandrie, et re�ut de lui les premi�res instructions de la
Religion chr�tienne ; comme Eus�be, et d'autres �rivains le
t�moignent. Ce qui fut cause que non seulement les pers�cutions
c�d�rent, mais que les Chr�tiens furent estim�s, et en v�n�ration.
Urbain �tait alors �v�que de Rome, et dans le m�me temps Hippolyte
homme d'une �minente saintet�, et d'une profonde �rudition, dont les
commentaires qu'il a laiss�s sur l'�criture sainte sont d'illustres
marques, �tait �v�que de Porto. Ascl�piade gouvernait au m�me temps
l'�glise d'Antioche, et Sardien celle de J�rusalem.
MAXIMIN.
[4911]
Alexandre fut tu� de la mani�re que je viens de le dire, apr�s qu'il
eut gouvern� dix ans l'Empire Romain. D�s que Maximin lui eut
succ�d�, il excita pers�cution contre les Chr�tiens, et commanda de
mettre � mort ceux qui gouvernaient les �glises, qui avaient re�u le
d�p�t des saints myst�res, et qui dispensaient la parole de la
v�rit�. On dit que ce fut par le d�sir de se venger d'Alexandre qui
avait eu du respect pour les Chr�tiens, qu'il donna ces ordres
cruels. En effet il �tait envenim� contre la m�moire de ce Prince,
dont il avait autrefois encouru l'indignation, lorsque ayant �t�
choisi par lui pour commander une arm�e contre les Perses, il se
porta l�chement dans la bataille, et fut honteusement d�fait. On
rapporte encore une autre raison de cette pers�cution, savoir le
grand nombre de personnes qu'il y avait dans la famille d'Alexandre,
qui faisaient profession de la pi�t� chr�tienne. Ce fut en ce
temps-l� qu'Ambroise qui avait un grand amour pour l'�tude des
saintes lettres, qui excitait Orig�ne � �claircir par ses
commentaires les divines �critures, et qui fournissait g�n�reusement
de son bien pour payer sept hommes qui �crivaient sous lui tour �
tour, et un nombre au moins �gal de ceux qui en faisaient des
copies, et des filles qui excellaient aussi en l'Art de bien �crire
: Ce fut dis-je en ce temps l�, que l'on croit que cet
Ambroise re��t la couronne du martyre avec un pr�tre nomm�
P�ototecte.
[4920]
Maximin ne fut pas sit�t en possession de l'autorit� souveraine,
qu'il donna avis au S�nat qu'il avait �t� proclam� Empereur par
l'arm�e. Ce ne fut pas contre les Chr�tiens seuls qu'il fit para�tre
de la duret�. Il en fit para�tre aussi contre ses autres sujets, Il
�tait poss�d� d'un d�sir insatiable du bien, qui le portai taux
injustices, aux violences, aux brigandages, et aux meurtres de
sorte qu'il faisait mourir les personnes les plus innocentes. Sa
cruaut� monta � cet exc�s de ne pas �pargner sa propre femme. Pour
cacher la bassesse de son extraction il m�prisait les personnes
d'une naissance illustre, et n'entretenaient habitude qu'avec ceux
qui n'avaient rien que d'obscur, et de m�prisable; ce qui l'exposa �
la haine publique. Il fit la guerre aux Germains, et. ravagea leurs
terres sans qu'ils osassent para�tre pour en emp�cher le d�g�t. Ils
parurent pourtant depuis le long des mar�cages, et y furent
attaqu�s, et d�faits par les Romains. Ainsi Maximin retourna
victorieux, et emmena avec lui quantit� de prisonniers.
[4932]
Comme il ne songeait qu'aux moyens d'amasser de l'argent de toutes
parts, et que pour cet effet il s'emparait contre toute forte de
justice du bien de ses sujets, et ne s'abstenait pas m�me des choses
feintes, tout le monde condamna le choix que l'arm�e avait fait de
lui, et ses troupes d'Afrique en prirent occasion d'exciter
une s�dition, � laquelle elles furent encore port�es par ses
violences de ceux qui faisaient les affaires dans cette Province :
car ils enlevaient le bien des riches sans aucun pr�texte, et leur
�taient ensuite la vie. Les troupes �tant donc touch�es de
l'indignation que leur donnait l'injustice de ses traitements, se
saisirent d'un vieux S�nateur nomm� Gordien, et lui mirent malgr�
qu'il en e�t, le Diad�me, et la robe de pourpre, et le proclam�rent
Empereur. Il se rendit � l'heure m�me � Carthage, o� ayant �t�
favorablement accueilli, il �crivit au S�nat pour l'informer de la
mani�re dont il avait �t� proclam�. Ceux qu'il avait envoy�s � Rome
ayant mis beaucoup de temps � ce voyage, les Romains se lass�rent
cependant de la domination de Maximin, renvers�rent ses statues, et
dirent contre lui quantit� de paroles injurieuses. Se repentant
incontinent apr�s de leur entreprise, dont ils ne pouvaient esp�rer
aucun heureux succ�s pendant que Maximin jouissait d'une parfaite
sant�, et qu'il avait encore entre les mains la souveraine
puissance, ils choisirent parmi les S�nateurs, Maxime, et Albin
auxquels ils donn�rent le commandement des troupes. Quelques-uns
assurent qu'ils furent proclam�s Empereurs par le S�nat, qui
ne savait pas encore que Gordien l'e�t �t� en Afrique. Quand Maximin
eut appris cette nouvelle, il marcha vers l'Italie faisant de
furieuses menaces contre le S�nat. Mais quand il sut que Maxime
marchait contre lui, et qu'Albin �tait demeur� � Rome pour la
garder, avec les Maures qu'il avait avec lui, il se h�ta de marcher
vers Aquil�e dans le dessein de s'en assurer. La Ville d'Aquil�e est
celle que l'on appelle aujourd'hui Venise. Mais ceux de dedans
s'�tant mis en �tat de se d�fendre, il fut oblig� de se retirer. Il
en vint ensuite aux mains avec l'arm�e de Maxime, fut d�fait, et se
sauva dans son camp, o� ses soldats et ses gardes ayant excit�
s�dition, il sortit avec son fils de sa tente pour les apaiser. Mais
� l'instant m�me qu'ils parurent, ils furent massacr�s par la fureur
des s�ditieux. Maximin v�cut soixante et cinq ans, et en r�gna
six. Leurs t�tes furent coup�es, montr�es aux habitants d'Aquil�e,
et port�es � Rome, o� celle de Maximin fut expos�e dans la place
publique au haut d'un pieu, afin qu'elle f�t vue de tout le monde.
[4962]
Maxime retourna victorieux � Rome, d'o� Albin, le S�nat, et le
peuple sortirent pour aller au devant de lui, et pour le recevoir
avec des t�moignages d'estime, et des acclamations de joie. Ces deux
Princes gouvern�rent ensuite l'Empire avec une bonne intelligence,
et une grande �quit�. Mais Ies gens de guerre ne leur voyaient pas
volontiers la souveraine puissance entre les mains, parce qu'elle ne
leur avait pas �t� d�f�r�e par leur suffrage, mais par celui du
S�nat, et du peuple. Ils eurent depuis ensemble des diff�rents qui
furent la cause de leur perte. Car les soldats, en ayant eu avis, se
saisirent d'eux, les li�rent, les promen�rent ignominieusement par
toute la ville� avec de piquantes railleries, et de sanglants
outrages. Sur le bruit que les Allemands avaient dessein de les
tirer de leurs mains, ils les tu�rent. Maxime �tait �ge de soixante
et quatorze ans, et Albin de soixante. Ils ne r�gn�rent selon
quelques auteurs que vingt-deux jours, et selon quelques autres un
peu moins de trois mois. Quelques-uns ont �crit qu'apr�s leur mort
Pompeian parvint � l'Empire, mais qu'il en fut priv� aussit�t, et
n'en jouit que comme du plaisir d'un songe. Avant que deux
mois se fussent �coul�s, il perdit et la puissance, et a vie. Mais
comme je n'ai pu apprendre quels furent les auteurs de sa mort, ni
quel en fut le sujet, ou les circonstances, je suis oblig� de
les passer sous silence. On dit que Balbin lui succ�da, qu'il ne
poss�da que trois mois l'autorit� souveraine, et qu'il fut tu� �
l'arriv�e de Gordien, qui comme nous l'avons dit, avait �t� proclam�
Empereur en Afrique. Ce Gordien ne fut pas sit�t arriv� � Rome,
qu'il y fut attaqu� d'une f�cheuse maladie, soit qu'elle proc�d�t de
son grand �ge, qui �tait de soixante et dix-neuf ans, ou de la
fatigue du voyage, et qu'il y mourut le vingt-deuxi�me jour de son
r�gne, auquel Gordien son fils lui succ�da. Voil� comment
quelques-uns assurent que Ies choses se pass�rent. D'autres les
racontent d'une autre sorte, et disent d�s que Gordien e�t �t�
proclam� en Afrique, plusieurs se d�clar�rent contre lui, et que les
deux partis ayant donn� combat, celui de Gordien fut d�fait, avec
perte d'un grand nombre de ceux qui le soutenaient, que le jeune
Gordien fut trouve parmi les morts, et que le p�re ne pouvant
survivre � son fils, ni surmonter la douleur se procura la mort.
Ceux qui tiennent que le vieux Gordien mourut de maladie, et qu'il
e�t son fils pour successeur, rapportent que son fils fit la guerre
aux Persess, et que comme il exhortait ses soldats � se porter en
gens de c�ur, il tomba de cheval, se rompit la cuisse par sa
chute, et fut port� � Rome, o� il mourut apr�s avoir r�gn� six ans.
Urbain apr�s avoir gouvern� huit ans l'�glise de Rome mourut sous le
r�gne de Maximin, et eut Potien pour successeur. Zebin succ�da �
Philet dans l'�v�ch� d'Antioche. Pontien �tant mort sous le r�gne du
jeune Gordien en la sixi�me ann�e de son �piscopat, Anteros lui
succ�da, et mourut lui-m�me apr�s avoir gouvern� fort peu de
temps cette �glise. Flavien fut �lu par l'ordre de Dieu pour lui
succ�der, comme Eus�be le t�moigne. On dit que pendant que les
fid�les �taient assembl�s pour �lire un �v�que, Flavien arriva de la
campagne sans qu'aucun e�t la pens�e de lui donner son suffrage, et
qu'� l'heure m�me une colombe s'�tant arr�t�e sur sa t�te, toute
l'assembl�e s'�cria d'une voix qu'il �tait digne de la charge
�piscopale, et le pla�a dans la chaire.
[4999]
Z�bin �v�que d'Antioche mourut au m�me temps, et eut Babilas pour
successeur. Orig�ne demeurait alors � C�sar�e en Palestine, o� il
eut pour auditeurs Gr�goire si c�l�bre par ses miracles, et
Ath�nedore son fr�re. Africanus historien c�l�bre fleurissait au
m�me temps.
GORDIEN
TROISI�ME DU NOM.
[5003]
Apr�s la mort du jeune Gordien, un autre de m�me nom, et qui
vraisemblablement �tait son parent, prit le gouvernement de
l'Empire. Il fit la guerre � Sapor fils d'Artaxerce, le vainquit, et
reprit Nisibe et Carres que les Perses avaient prises sur les
Romains sous le r�gne de Maximin. Il fut depuis tu� � Ct�siphon par
la perfidie de Philippe Pr�fet du Pr�toire. D�s qu'il fut en
possession paisible de l'autorit� souveraine, il avait donn� cette
�minente charge � Tim�socle son beau-p�re, durant la vie duquel il
gouverna l'Empire avec autant de sagesse, que de bonheur. Mais apr�s
la mort de Tim�socle, il la laissa � Philippe qui pour exciter les
gens de guerre � s�dition diminua le bl� qu'on avait accoutum� de
leur distribuer, et feignit en avoir re�u ordre de l'Empereur.
D'autres disent qu'il arr�ta le bl� destin� pour le camp ; de sorte
que les gens de guerre �tant press�s par la faim se port�rent � la
r�volte, le soulev�rent ouvertement contre Gordien qu'ils croyaient
auteur du mal qu'ils souffraient, et le tu�rent dans la sixi�me
ann�e de son r�gne, et par ce meurtre ouvrirent � Philippe le chemin
� l'Empire. On ajoute qu'aussit�t que le S�nat e�t re�u la
nouvelle de la mort de Gordien, il d�f�ra la souveraine puissance �
Marc le Philosophe, qui avant que de s'y �tre bien �tabli, mourut
subitement dans son Palais. S�v�re Scilien lui succ�da, et
rendit presqu'incontinent le tribut que les hommes doivent � la
nature. Car se sentant malade, il se fit saigner et expira.
PHILIPPE.
[5020]
Philippe retournant � Rome se rendit ma�tre de la puissance
souveraine, � laquelle il associa Philippe son fils. Il termina la
guerre des Perses par un trait� qu'il fit avec Sapor leur Roi,
auquel il abandonna la M�sopotamie, et l'Arm�nie. Mais ayant depuis
reconnu le d�plaisir que l'abandon de ces Provinces causait aux
Romains, il les reprit sans avoir aucun respect pour son trait�.
Sapor �tait, � ce que l'on dit, d'une si prodigieuse stature, que
jamais on n'avait vu d'homme qui en approch�t. Au reste quand
Philippe fut de retour, il parut fort favorable aux Chr�tiens, et
quelques-uns m�me se persuadent qu'il embrassa la foi de l'�glise,
qu'il participa � ses pri�res, et qu'il ne refusa pas de confesser
les fautes qu'il avait comm�tes, quand il vit que celui qui
pr�sidait � l'assembl�e, ne l'y voulait admettre qu'a cette
condition, et qu'ainsi il subit la loi commune des p�nitents.
Quelques-uns le croient p�re d'Eug�nie martyre, mais ils se trompent
; parce qu'il est certain qu'elle �tait fille, non d'un Pr�fet au
Pr�toire, mais d'un Pr�fet d'�gypte, qui renon�a � cette dignit�
pour faire profession publique de la foi, et qui eut l'honneur de
recevoir la couronne du Martyre.
[5035]
Au reste dans le temps que l'Empereur Philippe avait entrepris la
guerre contre les Scythes, et qu'il �tait de retour � Rome, un
officier nomm� Marin fut proclam� Empereur par les troupes en M�sie.
Comme Philippe faisait le r�cit de de cette s�dition dans le S�nat,
et qu'il en t�moignait de l'inqui�tude, et du trouble, tous les
autres S�nateurs gardant le silence, D�ce prit la parole, et dit
qu'il n'y avait rien � appr�hender de la proclamation de Marin,
parce qu'il �tait tout � fait indigne de la souveraine
puissance, et que les gens de guerre qui la lui avaient d�f�r�e, ne
manqueraient pas de la lui �ter avec la vie. Ce qui arriva bient�t
apr�s, c'est pourquoi Philippe admirant la p�n�tration de D�ce
lui donna charge d'aller en M�sie r�primer l'insolence des rebelles.
Il s'ex�cuta de cet emploi, soutenant qu'il n'�tait
avantageux, ni � l'Empereur de le lui donner, ni � lui de le
recevoir. Mais Philippe ayant persist�, il l'accepta � regret, et ne
fut pas sit�t arriv� en M�sie, qu'il y fut salu� par l'arm�e en
qualit� d'Empereur. Comme il refusait cette dignit�, les gens
de guerre tir�rent leurs �p�es, et le contraignirent de l'accepter.
Il �crivit � Philippe qu'il ne s'inqui�t�t point de sa
proclamation, et que d�s qu'il serait arriv� � Rome, il mettrait bas
les marques de l'autorit� souveraine. Philippe n'ayant ajout� aucune
foi � cette promesse prit les armes, donna combat � D�ce, et fut tu�
� la t�te de son ann�e avec Philippe son fils. Apr�s leur mort tous
les Romains se soumirent � l'ob�issance de D�ce. Philippe r�gna cinq
ans selon quelques auteurs, et six ans six mois selon d'autres. Il
�tait natif de Bostra, o� il b�tit une ville qu'il appela de
son nom Philippopole.
D�CE
[5057]
D�ce ayant �t� reconnu pour Empereur par toutes les troupes, comme
je viens de le dire, se rendit � Rome pour y affermir sa puissance,
et en m�me temps en consid�rant le poids, il la partagea avec
Val�rien. Ils s'exhort�rent r�ciproquement � exciter une pers�cution
tr�s violente contre la Religion chr�tienne. Quelques-uns disent que
ce fut la haine dont D�ce �tait anim� contre Philippe, qui le porta
� outrager les fid�les, que cet Empereur avait respect�s. Mais de
quelque principe que proc�d�t la passion contre nous, il est
certain qu'elle fut furieuse. Ce fut sous son r�gne que Flavien
�v�que de Rome, Babilas �v�que d'Antioche, et Alexandre �v�que de
J�rusalem re�urent la couronne du martyre. Ce dernier avait combattu
d�s auparavant pour la d�fense de la foi: mais ce ne fut qu'alors
qu'il re��t la r�compense qui lui �tait due. Ce fut au m�me temps
que le grand Cyprien �v�que de Carthage. fit para�tre une constance
invincible pour la v�rit� de la Religion. Corneille succ�da � Havien
dans Rome, un autre Flavien succ�da � Babilas dans Antioche, Denys
prit le gouvernement de l'�glise d'Alexandrie, et Mazabanes succ�da
� Alexandre. dans J�rusalem. Ce fut aussi en ce temps-l� qu'Orig�ne
fut conduit en qualit� de Chr�tien devant le tribunal des
pers�cuteurs de l'�glise: mais il n'y re��t pas la couronne, dont,
comme je me le persuade, Dieu le jugeait indigne, � cause de
l'impi�t� de ses sentiments. Il perdit son rang de confesseur, bien
qu'il e�t souffert des tourments pour la cause de la Foi. Nous avons
d�j� dit que la grandeur de Ion savoir, et de son �loquence lui
ayant inspir� une excessive vanit�, au lieu de suivre la doctrine
des anciens P�res,il en voulut inventer une nouvelle, tira du faux
tr�sor de son coeur d'ex�crables blasph�mes contre les secrets
Myst�res de la Trinit�, et de l'Incarnation, et jeta les semences de
presque toutes les erreurs qui se sont �lev�es depuis. Il enseigna
que le fils .unique du P�re �ternel avait �t� cr��, et qu'il
n'avait point de part � la gloire, ni � la substance de Dieu.. Il
rabaissa le Saint Esprit au dessous du P�re, et du Fils, en assurant
que le P�re ne peut �tre vu par le Fils, ni le Fils par le Saint
Esprit, non plus que le Saint Esprit ne le peut �tre par les Anges,
ni les Anges par les hommes. Voil� les :blasph�mes qu'Orig�ne avan�a
contre la sainte et consubstantielle Trinit�;. Quant � ce qui
regarde le Myst�re de l'Incarnation, il eut l'impi�t� de nier que le
Sauveur ait pris dans le sein de la Vierge, un corps anim� d'une �me
raisonnable. Car il pr�tend par une imagination fabuleuse, que le
Verbe �tait uni � une �me avant la cr�ation du monde, qu'il suppose
avoir �t� d�s lors, et que dans les derniers temps, il s'est incarn�
avec cette �me, en prenant un corps d�pourvu d'une �me intelligente
et raisonnable. Il soutient aussi que le Seigneur a quitt� son
corps, et que son r�gne doit finir. Il dit encore que le supplice
des d�mons n'est qu'un supplice temporel, apr�s lequel ils seront
r�tablis dans leur premi�re f�licit�. Ainsi il s'imagine que les
hommes, et les d�mons seront un jour purifi�s de leurs p�ch�s, et
qu'alors ils seront tous r�unis. Je ne dirai rien de la mani�re dont
il se figure que cette r�union se fera, non plus que les autres
extravagances, parce que je ne les pourrais rapporter sans employer
beaucoup de paroles. Voil� ce qui regarde Orig�ne que l'on appelait
auss� Adamantius.
[5088]
Novat pr�tre de l'�glise romaine,donna au m�me temps commencement �
une nouvelle secte nomm�e la secte des purs, en r�futant la gr�ce de
la p�nitence � ceux qui �taient tomb�s dans l'idol�trie pendant la
pers�cution, et qui confessaient leurs p�ch�s et offraient de
l'effacer par une satisfaction salutaire. On assembla contre lui un
Concile dans Rome o� Corneille pr�sida, et o� il fut r�solu qu'on
accorderait � ceux qui �taient tomb�s durant la pers�cution le
rem�de de la p�nitence, lorsqu'ils retourneraient � l'�glise ; et
parce que Novat ne voulut pas consentir � cette d�cision, les saints
P�res le retranch�rent de la Communion, comme un ennemi du salut de
ses fr�res. Eus�be rapporte sur ce sujet une histoire contenue dans
une lettre de Denys �v�que d'Alexandrie, dont voici les termes,
[5095]
"
Nous avions
parmi nous un ancien fid�le nomm� S�rapion, qui avait toujours men�
une vie irr�pr�hensible. Mais �tant tomb� dans l'idol�trie, et ayant
sacrifi� aux d�mons durant la violence de la pers�cution, il demanda
souvent pardon, sans que personne voul�t l'�couter. �tant depuis
tomb� malade, il demeura trois jours sans voix, et sans sentiment.
�tant revenu � lui le quatri�me jour, il appela son petit-fils, et
lui dit ; jusques � quand me tiendra-t-on ici, que l'on me donne
l'absolution, et je vous prie de me faire venir un pr�tre. Apr�s
cela il perdit encore la parole. L'enfant courut chercher le
pr�tre, mais il �tait nuit, et le pr�tre �tait malade. Or comme
j'avais ordonn� que l'on fit gr�ce aux mourants qui la
demanderaient, et surtout � ceux qui l'auraient demand�e en sant�,
afin qu'ils mourussent dans l'esp�rance d'�tre sauv�s, le pr�tre lui
donna une portion de l'Eucharistie avec ordre de la d�tremper dans
de l'eau, et de la mettre dans la bouche du malade. L'enfant s'en
retourna, et ce vieillard qui avant qu'il f�t � la maison �tait
revenu � lui, lui dit, mon fils, vous voil� de retour, le pr�tre
n'a pu venir, faites ce qu'il vous a command�, et me laissez partir
de cette vie. L'enfant d�trempa la portion de l'Eucharistie, la mit
dans la bouche du vieillard, qui mourut presque aussit�t qu'il
l'eut re�ue. Ne para�t-il pas clairement que Dieu avait conserv� en
vie jusques � ce qu'il e�t obtenu le pardon de sa faute, et qu'�tant
r�concili� � l'�glise, il re�ut la r�compense de ses bonnes oeuvres
? "
Voil� ce qui
est dans la lettre de Denys.
[5109] Au reste D�ce
qui �tait dans une si mauvaise disposition pour les serviteurs de
J�SUS CHRIST, p�rit mis�rablement avant que d'avoir gouvern� deux
ans entiers l'Empire romain. Car apr�s qu'il eut tu� un grand nombre
de barbares, ou de Goths qui avaient fait le d�g�t dans le Bosphore, et qu'il eut pouss� dans des lieux �troits ceux qui restaient, il
refusa de leur faire la composition qu'ils demandaient, et de
recevoir le butin qu'ils offraient de rendre, et commanda � Gallus
de leur fermer les passages. Gallus s'entendant avec eux leur
conseilla de se ranger en bataille le long d'un �tang fort profond,
et de faire semblant de prendre la fuite. Alors D�ce les ayant
poursuivis tomba dans l'�tang avec son fils, et avec un grand nombre
de Romains, sans qu'ils puissent jamais en �tre retir�s.
GALLUS, ET VOLUSIEN.
[5117] Il
y a des historiens qui donnent deux noms � cet Empereur savoir celui
de Gallus, et celui de Volusien. D'autres assurent que
Volusien �tait le nom de son fils son coll�gue � l'Empire. Quand
Gallus eut entre les mains l'autorit� souveraine, il fit un trait�
avec les barbares, par lequel il leur promit un tribut annuel, � la
charge, qu'ils ne feraient plus le d�g�t sur les terres, de
l'Empire. Apr�s cela il retourna � Rome, on il d�clara Volusien son fils C�sar. Il fut grand ennemi des Chr�tiens, excita
contre eux une pers�cution aussi cruelle qu'avait �t� celle de D�ce,
et en fit mourir un aussi grand nombre. Sous son r�gne recommen�a la
guerre des Perses qui reprirent l'Arm�nie., d'o� s'�chappa le Roi Ticidate, dont les fils s'�taient retir�s parmi les Perses ses
ennemis. Une multitude incroyable de Scythes se r�pandirent en
m�me temps en Italie, et coururent la Mac�doine, la Thessalie, et la Gr�ce. On dit qu'une partie de ces peuples ayant travers� la
M�otide, entra par le Bosphore dans le Pont-Euxin, et ruina
leurs Provinces. Il y eut encore d'autres nations qui prirent
au m�me temps les armes pour attaquer l'Empire. Pour comble de
malheur une une petite sortie d'�thiopie se r�pandit en Orient, et
en Occident, s'y arr�ta quinze ans, et mit la plus grande partie
des villes dans une furieuse d�solation. Les Scythes �tant venus
demander le tribut que les Romains avaient promis de leur payer
chaque ann�e, pr�tendirent qu'on leur en retranchait une partie, et
menac�rent de s'en venger. Alors �milien Africain de nation qui
commandait les troupes de M�sie offrit de leur donner les sommes que
l'on devait aux Scythes, si elles voulaient employer contre eux
leurs armes. Ces troupes ayant charg� les Barbares � l'improviste
les tu�rent presque tous, pill�rent leur pays, et emport�rent un
grand butin. �milien enfl� du bonheur de ce succ�s, se fit
proclamer Empereur par ses troupes, et ayant amass� de nouvelles
forces marcha vers l'Italie. Gallus au bruit de sa marche se mit en
d�fense, et les deux partis en �tant venus aux mains, ce dernier
perdit la bataille. Les vaincus se saisirent de leur Empereur, et de
son fils, et les tu�rent, approuv�rent la proclamation d'�milien,
et raffermirent sur le tr�ne. Au reste Gallus ne r�gna que
deux ans, et huit mois.
�MILIEN
[5144] �milien
s'�tant empar� de la sorte de l'autorit� souveraine, �crivit au
S�nat pour l'assurer qu'il chasserait les Scythes, de la Thrace,
qu'il attaquerait les Perses, et qu'en toutes occasions, il ne
combattrait que sous les ordres, et pour le service de la compagnie,
et lui laisserait l'autorit�, et le commandement. Mais Val�rien qui
commandait les troupes qui �taient dans la Gaule ne lui donna pas le
loisir d'ex�cuter ses projets. Car � la premi�re nouvelle qu'il
re�ut de sa proclamation, il se r�solut d'usurper lui -m�me la
souveraine puissance, et pour cet effet assembla son arm�e, et
la mena vers Rome. Le parti d'�milien, ne se trouvant pas en �tat de
r�sister � une si grande puissance, craignant aussi le malheur et
l'impi�t� d'une guerre civile, et jugeant d'ailleurs �milien indigne
de poss�der le pouvoir absolu le fit mourir en la quaranti�me ann�e
de son �ge, et avant qu'il e�t command� quatre mois en qualit�
d'Empereur. Ils se rendirent ensuite � Val�rien, et lui
d�f�r�rent d'un commun consentement l'autorit� souveraine dans la
cr�ance qu'il la m�ritait. Flavien ayant re�u la couronne du martyre
sous le r�gne de D�ce, Corneille le fut charg� du gouvernement de
l'�glise de Rome, dont il s'acquitta avec beaucoup de z�le et de
succ�s l'espace de trois ans. Luce lui succ�da, et lui ayant surv�cu
moins de huit ans laissa sa place � Etienne. Celui-ci ordonna que
les h�r�tiques qui retourneraient � l'�glise ne seraient point
rebaptis�s mais re�us seulement avec des pri�res, et l'imposition
des mains. On a une de ses lettres adress�e � saint Cyprien sur ce
sujet. Etienne �tant mort deux ans apr�s, Xiste fut plac� fur le
si�ge de l'�glise de Rome. Voil� ce que j'avais � dire des �v�ques
de cette grande ville. Au reste ce fut en ce temps-l� que l'h�r�sie
des Sabelliens sortit de Ptol�ma�de ville de la Pentapole.
VAL�RIEN.
[5164] Val�rien
s'�tant rendu ma�tre de l'Empire avec Galien son fils, excita
une violente pers�cution contre les Chr�tiens, de sorte que
plusieurs d'entre eux donn�rent de grands combats en divers pays
pour la d�fense de la foi, et remport�rent d'illustres victoires.
Les affaires temporelles furent en aussi mauvais �tat sous son r�gne
que celles de la religion. Les Scythes partirent du Danube,
coururent et pill�rent la Thrace, et assi�g�rent la c�l�bre ville de
Thessalonique, sans pouvoir pourtant la prendre. Ils jet�rent une
si effroyable terreur dans tout le pays, que les Ath�niens
relev�rent leurs murailles qui avaient �t� abattues d�s le temps de
Sylla, et que les habitants du P�loponn�se ferm�rent leur isthme
d'une muraille depuis une mer jusques � l'autre. Les Perses firent
aussi le d�g�t dans la Syrie, et dans la Cappadoce, et mirent le
si�ge devant �desse. Val�rien n'osa rien entreprendre jusques � ce
qu'il eut appris que les habitants d'�desse avaient fait de
vigoureuses sur les Barbares, et avaient remport� sur eux beaucoup
de d�pouilles. Mais alors il attaqua les Perses avec ce qu'il avait
de troupes, et comme ces peuples �taient en plus grand nombre que
les Romains, ils les envelopp�rent sans peine, les taill�rent en
pi�ces, prirent Val�rien avec ses gardes, et le men�rent � Sapor.
Ce Prince superbe le promit qu'il n'y aurait rien dont il ne p�t se
rendre ma�tre � l'avenir, mais qu'il �tait ma�tre de l'Empereur, et
quelque inhumanit� qu'il e�t fait para�tre jusques alors, il en
donna depuis des exemples beaucoup plus �tranges. Voila la mani�re
dont quelques-uns disent que Val�rien fut pris par les Perses.
D'autres assurent qu'�tant � �desse, se mit lui-m�me entre les mains
de ses ennemis par l'appr�hension de tomber entre celles des soldats
de la garnison, qui se sentant press�s par la disette de vivres, et
par la faim avaient excit� une furieuse s�dition. Il abandonna de la
sorte toutes les troupes de l'Empire Romain, ce qui n'emp�cha pas
n�anmoins que la plus grande partie des soldats ne trouvassent moyen
de se sauver aussit�t qu'ils eurent d�couvert sa trahison. Mais
enfin soit que Val�rien e�t �t� pris par les Perses, ou qu'il se f�t
rendu volontairement � Sapor, il fut trait� par ce Prince avec la
derni�re indignit�. Les Perses n'�tant plus retenus par aucune
crainte attaqu�rent les plus grandes villes, prirent Antioche sur
l'Oronte, Tarse la Capitale de Cilicie, et la c�l�bre C�sar�e
de Cappadoce. Ils trait�rent leurs prisonniers avec une extr�me
duret�, ne leur donnant qu'autant de vivres qu'il leur en
fallait pour conserver un reste de vie languissante, leur refusant
l'eau en la quantit� n�cessaire, et ne les menant boire qu'une fois
le jour comme des troupeaux de b�tes. La ville de C�sar�e qui
est une ville fort peupl�e, et qui contient � ce que l'on dit
jusques � quatre cent mille habitants se d�fendit longtemps avec
beaucoup de valeur sous la sage conduite de son gouverneur nomm�
D�mosth�ne. Elle ne fut prise qu'apr�s qu'un m�decin qui �tait
prisonnier entre les mains des Perses, et qui ne pouvait plus
r�sister � la violence des tourments qu'ils lui faisaient souffrir
leur montra un endroit par o� ils entr�rent dans la ville, et mirent
au fil de l'�p�e tous les habitant. D�mosth�ne se voyant envelopp�
d'une multitude innombrable d'ennemis qui avaient ordre de le
prendre vif, monta sur un excellent cheval, et passa au travers
d'eux l'�p�e � la main, en renversa plusieurs, et sortit de la
ville. Les Perses ayant eu de si favorables succ�s coururent tout le
pays que les Romains poss�daient en Orient, et y firent un
�pouvantable d�g�t sans trouver de r�sistance. Les Romains qui
avaient pu s'�chapper se ralli�rent, et prirent Calliste pour leur
chef. Celui-ci ayant remarqu� que les Perses couraient de c�t� et
d'autre sans garder aucun ordre, fondit sur eux lorsqu'ils
l'attendaient le moins, en fit un grand carnage, et prit les femmes
de Sapor avec un riche butin. Le regret de cette perte obligea Sapor
� se retirer en son pays, o� il emmena Val�rien � qui il fit
souffrir tous les outrages, et tous les affronts de la plus cruelle
captivit�. Calliste ne fut pas le seul, qui servit utilement en ce
temps-l� contre les Perses. Odenat Palmyrenien notre alli� en tua
aussi un grand nombre qui s'en retournaient par l'Euphrate, et en
r�compense fut fait chef des troupes d'Orient par Galien. On dit que
les Romains en d�pouillant les corps des Perses trouv�rent quantit�
de femmes habill�es, et. arm�es de la m�me sorte que les hommes,
et qu'ils en prirent m�me quelques-unes en vie. On dit aussi que
Sapor ayant trouv� en s'en retournant un grand creux par o� les
b�tes de charge ne pouvaient passer, il le fit combler des corps des
prisonniers qu'il avait fait tuer pour cet effet, et qu'ensuite il
fit marcher par dessus les b�tes, et le bagage. Telle fut la tin de
Val�rien. Xiste gouvernait alors l'�glise romaine ; D�m�trien
successeur de Flavien gouvernait celle d'Antioche ; Hym�n�e
gouvernait celle de J�rusalem depuis la mort de Mazabene, et Denys
celle d'Alexandrie.
GALIEN.
[5211] Galien
gouverna l'Empire romain apr�s la prise de Val�rien son p�re. Quand
celui-ci partit pour aller faire la guerre aux Perses, il le laissa
en Occident, pour repousser les ennemis qui mena�aient l'Italie, et
ceux qui pillaient la Trace. Bien qu'il n'e�t une arm�e que de dix
mille hommes, il ne laissa pas de donner bataille aupr�s de Milan �
trente mille Allemands, et de la gagner. Il d�fit au m�me
temps les Erules qui sont de la nation des Scythes, et des
Goths, et fit la guerre aux Fran�ais.
[5218] Aur�ole n� de
la partie du pays des Goths que l'on a depuis appel� Dacie, et issu
d'une basse famille, n'e�t point d'autre emploi au commencement que
celui de berger. Mais comme la fortune avait dessein de l'�lever il
suivit les armes, et dans la suite parvint � une charge de l'�curie,
dont il s'acquitta avec tant de soin qu'il entra bien avant dans les
bonnes gr�ces de l'Empereur. Les l�gions de M�sie s'�tant
soulev�es quelque temps apr�s, et ayant �lev� Ingenuus sur le
tr�ne, Galien mena contre lui jusques � Sirmium ses troupes, parmi
lesquelles il y avait quantit� de Maures, qui sont des peuples que
l'on croit �tre descendus des M�des. En cette occasion Aur�ole qui
�tait ma�tre de la cavalerie combattit avec tant de valeur, qu'il
tailla en pi�ces les ennemis, mit Ingenuus en d�route,
pendant laquelle il fut tu� par ses propres gardes. Ce rebelle
n'e�t pas sit�t �t� r�prim� de cette sorte,
qu'un autre nomm� Posthume se souleva par l'occasion que je vais dire. Galien avait un fils de m�me nom que lui, bien fait,
et adroit, et qu'il regardait comme son futur successeur. Il
l'avait laiss� � Cologne
pour y d�fendre les Gaulois contre les incursions des Scythes, et � cause de
son bas �ge il lui avait donn� Alban pour lui servir de
conseil. Posthume qui dans le m�me temps avait
charge de garder les bords du Rhin et d'emp�cher
aux Barbares de le passer & de piller nos terres, en
ayant rencontr� un parti qui avait travers� ce fleuve sans �tre aper�u,
et qui s'�tait charg� d'un grand
butin, fondit dessus � l'improviste, le tailla en
pi�ces, reprit le butin, et le distribua entre ses soldats. Alban ayant demand� que tout ce butin f�t
apport� au jeune Galien, Posthume excita ses soldats � s�dition, les mena vers Cologne, contraignit
les habitants de lui mettre entre les mains le
jeune Galien, et Alban, et quand il les eut, il les
fit mourir. Galien marcha � l'heure m�me contre
Posthume, en vint aux mains avec lui, et fut d�fait. Il rallia toutefois
ses troupes, donna un second
combat � Posthume, le mit en fuite, et commanda
� Aur�ole de le poursuivre. Il aurait �t� ais�
� celui-ci de l'atteindre, et de le prendre. Mais au
lieu de le poursuivre il retourna dire � Galien que son ennemi s'�tait retir� avec une
si grande pr�cipitation
apr�s sa d�faite qu'il avait �t� impossible
de le joindre. Posthume s'�tant �chapp� de la sorte
fit de nouvelles lev�es. Galien assembla de son c�t� de nouvelles forces contre lui, et l'obligea � se retirer
dans une ville des Gaules, o� il mit le si�ge.
Mais y ayant re�u un coup au dos, il perdit l'envie
de continuer son entreprise.
[5241] Macrin suscita une autre guerre � Galien,
et aspira � la souveraine puissance. Il avait deux fils, Macrien, et Quintus, qu'il rev�tit de la robe Imp�riale,
ne voulant pas la prendre � cause qu'il �tait incommod�
d'une jambe. Il fut re�u fort volontiers par les peuples d'Asie, et
apr�s s'�tre occup� un peu de temps contre les Perses, il donna
charge � Bailiste qu'il avait fait ma�tre de la cavalerie, et �
Quintus son fils de leur r�sister, et se pr�para � employer les
principales forces contre Galien. Ce Prince envoya contre Macrin et
contre Macrien son fils, Aur�ole et d'autres chefs qui ayant
envelopp� les rebelles, en tu�rent quelques-uns, et �pargn�rent les
autres, comme leurs compatriotes, dans l'esp�rance qu'ils
retourneraient � leur devoir, et se soumettraient � l'ob�issance de
l'Empereur. Cependant comme ils continuaient encore � se d�fendre,
un de ceux qui portaient leurs �tendards tomba, et � son exemple les
autres abaiss�rent les autres �tendards dans la cr�ance que le
premier avait eu dessein de baisser le sien pour reconna�tre
l'Empereur comme son l�gitime souverain, et tous ensemble firent
des acclamations en l'honneur de Galien ; de sorte que les seuls
Pannoniens demeur�rent avec Macrin et Macrien, par lesquels ils
furent pri�s incontinent apr�s de les tuer de peur qu'ils ne
tombassent vifs entre les mains de leurs ennemis, ce qu'ils firent,
et se rendirent � l'heure m�me � l'Empereur. Galien envoya cependant
Odenat chef des Palmir�niens, contre Quintus fils pu�n� de Macrin
qui s'�tait empar� de presque tout l'Orient. Mais la nouvelle de la
d�faite de Macrin, et de Macrien n'eut pas sit�t �t�
r�pandue, que plusieurs villes secou�rent le joug de l'ob�issance de
Quintus, et de Balliste. Odenat les attaqua proche d'�m�se, les
vainquit, tua Balliste, et � son exemple les habitants tu�rent
Quintus. L'Empereur r�compensa la valeur, et les services d'Odenat
du commandement des troupes d'Orient, o� il acquit beaucoup de
gloire en combattant diverses nations, et m�me les Perses. Le genre
de sa mort ne r�pondit pas � la g�n�rosit� de les exploits, parce
qu'il eut le malheur d'�tre tu� par son neveu. Comme il �tait � la
chasse ayant ce jeune homme avec lui, il le reprit d'avoir jet� le
premier un trait contre une b�te que les chiens avaient fait lever,
�t� parce qu'au lieu de profiter de sa r�primande, il avait jet�
encore deux autres traits de la m�me sorte, il lui �ta son cheval,
ce qui est regard� par les barbares comme un ch�timent plein
d'infamie. Ce jeune courage en ayant aussi t�moign� la derni�re
indignation fut charg� de fers, et enferm� dans une �troite prison.
Depuis ayant �t� mis en libert� � la pri�re du fils a�n� d'Odenat,
il tua dans un festin, et son oncle, et son cousin son lib�rateur,
et fut tu� incontinent lui-m�me par d'autres. Aur�ole qui comme nous
l'avons d�j� dit, commandait la cavalerie; et poss�dait un grand
pouvoir, forma une nouvelle conjuration contre Galien, s'empara de
Milan, et se pr�para � une bataille. L'Empereur ayant amass� toutes
les forces chargea rudement les gens du rebelle, en tailla en pi�ces
un grand nombre, le blessa lui-m�me, et le contraignit � se
renfermer dans Milan, o� il l'assi�gea. Pendant que ce Prince
courait de c�t�, et d'autre pour donner la chasse � ses ennemis,
peu s'en fallut que l'Imp�ratrice sa femme ne tomb�t entre leurs
mains. Car le camp n'�tant gard� que d'une petite troupe, ils
s'approch�rent de la tente o� �tait cette Princesse, et l'auraient
enlev�e, si un soldat qui raccommodait son soulier ne les e�t
aper�us, et si ayant pris � l'heure m�me son bouclier, et son
poignard, il ne les e�t arr�t�s, et donn� le loisir aux autres
d'accourir et de sauver l'Imp�ratrice. Tandis que l'Empereur �tait
occup� au si�ge de Milan, Aur�lien y arriva avec un corps de
cavalerie � dessein de tuer ce Prince. Il communiqua son dessein �
quelques-uns des principaux de l'arm�e, qui furent d'avis d'en
remettre l'ex�cution apr�s la prise de Milan. Mus quand ils virent
que la conspiration �tait d�couverte, ils se r�solurent de ne point
perdre de temps, et pour opprimer plus promptement Galien, ils lui
donn�rent avis d'une sortie des ennemis. Comme il partait sur
l'heure du d�ner pour aller au devant d'eux, il rencontra des
cavaliers qui ne descendirent point de cheval, ni ne lui rendirent
aucun des honneurs qu'on avait accoutum� de lui rendre, ce qui
l'obligea de demander � ceux de sa suite qui �taient ces
cavaliers-l�, et ce qu'ils pr�tendaient. Ils lui r�pondirent qu'ils
le voulaient d�pouiller de la souveraine puissance. Il poussa �
l'heure m�me son cheval � toute bride, et se serait sauv�, s'il
n'e�t rencontr� un ruisseau qu'il n'osa sauter, et s'il n'eut �t�
perc� d'un trait que lui jeta un de ceux qui le poursuivaient. Il
tomba � terre du coup, et mourut peu apr�s de la perte de son sang.
Il r�gna quinze ans, tant avec Val�rien son p�re, que seul. Il avait
beaucoup d'�l�vation d'esprit, et une extr�me passion pour la
gloire. Il br�lait d'un d�sir si ardent de faire des gr�ces, qu'il
n'en refusa jamais aucune, et que jamais il ne se vengea de ceux qui
s'�taient d�clar�s contre lui, et qui avaient favoris� le parti des
rebelles. Voil� de quelle mani�re quelques-uns rapportent la mort de
Galien. D'autres assurent qu'il fut tu� par le pr�fet H�raclien.
Comme Aur�ole marchait vers l'Italie � la t�te des l�gions des
Gaules qu'il commandait, et que Gratien allait au devant de lui �
dessein de le combattre, H�raclien qui �tait de la conjuration
d'Aur�ole, et qui l'avait communiqu�e � un vaillant homme nomm�
Claude, entra dans la tente de Galien durant la nuit, et lui dit,
qu'Aur�ole s'approchait avec des troupes. Ce Prince surpris de cette
nouvelle se leva en h�te, et demanda ses armes : mais � l'heure m�me
H�raclien lui porta un coup mortel, et le renversa .
[5314] Sixte �tant
mort en ce temps-l� en la onzi�me ann�e de son pontificat, eut Denys
pour successeur. D�m�trien �v�que d'Antioche eut aussi pour
successeur Paul de Samosate, qui eut de si bas sentiments du Sauveur, que de pr�tendre que bien loin d'�tre Dieu, il n'�tait qu'un
homme ordinaire. Les �v�ques des autres �glises assembl�rent contre
lui un Concile, o� Gr�goire taumaturge, et Ath�nodore son fr�re
assist�rent, et apr�s avoir convaincu Paul de ses erreurs, ils le
d�pos�rent. Mais parce qu'il ne voulait pas quitter le si�ge de
cette �glise, les saints P�res implor�rent le secours de l'Empereur
Aur�lien, qui commanda que l'�glise f�t donn�e � celui dont les
�v�ques de Rome, et d'Italie approuveraient la doctrine, et ainsi
Paul fut honteusement ch�ti�, et Domne mis en sa place.
CLAUDE.
[5322] Galien ayant
�t� tu� de la sorte, Claude fut �lu Empereur, et Aur�ole mit les
armes bas, et se soumit a son ob�issance. Mais ayant fait depuis de
nouveaux projets de r�volte, il fut massacr� par les gens de
guerre.
[5325] Claude fut un
bon Prince, qui aima la justice, et d�fendit de lui demander le
bien d'autrui: car plusieurs �taient alors persuad�s que l'Empereur
avait le pouvoir de le donner, et c'est de l� que proc�dent
certaines lois qui sont encore en vigueur. Une femme dont il
poss�dait la terre en vertu d'un don qui lui en avoir �t� fait par
l'Empereur pr�c�dent, s'�tant plainte � lui de cette violence, il
lui dit, Claude vous rend maintenant qu'il est Empereur, la terre
qu'il vous avait prise lorsqu'il n'�tait que particulier, qu'il
commandait la cavalerie, et qu'il n'�tait pas fort religieux
observateur des lois. D�s que le S�nat eut appris la nouvelle de la
mort de Galien, il condamna � mort son fr�re, et son fils. Comme on
d�lib�rait dans l'assembl�e de cette compagnie � quels ennemis on
s'opposerait les premiers ou � Posthume qui pr�tendait encore
usurper l'autorit� souveraine, ou aux �trangers qui avaient de la
Palus M�otide, et qui faisaient le d�g�t en Asie et en Europe
.Claude avan�a une parole fort remarquable. La guerre que fait
Posthume, dit-il, ne regarde que moi : mais la guerre que font les
�trangers regarde tout l'Empire, dont les int�r�ts doivent �tre
pr�f�r�s � tous autres. Ces �trangers coururent plusieurs pays, et
affr�t�rent Thessalonique, qui a re�u ce nom de Thessalonique fille
de Philippe, et femme de Cassandre, au lieu qu'elle s'appelait
auparavant Emathie. Il ne purent pourtant la prendre. mais ils
prirent Ath�nes, et ayant amass� tous les livres qu'ils y avaient
trouv�s, ils �taient pr�ts d'y mettre le feu, lorsqu'un des plus
avis�s de leur nation les en d�tourna, en leur disant qu'il les
fallait laisser aux Grecs, afin que s'occupant � la lecture, ils
oubliaient l'exercice des armes, et fussent plus ais�s � vaincre.
Cependant un Ath�nien nomm� Cleod�me ayant trouv� moyen de sortir de
la ville, et d'assembler un nombre de gens de guerre monta sur mer,
d'o� il tua une prodigieuse multitude de barbares, et mit les autres
ensuite. Claude les attaqua dispers�s en divers pays, les battit sur
mer, et sur terre. Les temp�tes, et la famine en firent aussi
p�rir un grand nombre. Apr�s ces exp�ditions il tomba malade �
Sirmium, o� ayant assembl� les principaux de l'arm�e pour conf�rer
avec eux touchant le choix d'un Empereur, il leur t�moigna qu'il
jugeait Aur�lien digne de poss�der la souveraine puissance.
Quelques-uns assurent qu'� l'heure m�me il fut salu� en qualit�
d'Empereur. D'autres assurent qu'aussit�t que le S�nat eut appris la
mort de Claude, le regret de sa perte le porta � d�f�rer l'autorit�
souveraine � Quintile son fr�re, dans le m�me temps que les gens de
guerre la d�siraient de leur c�t� � Aur�lien. Comme Quintile fort
simple, et enti�rement incapable des affaires, � la premi�re
nouvelle de la proclamation d'Aur�lien, il se fit ouvrir les
veines des mains, et mourut de la perte de son sang apr�s
n'avoir joui de l'Empire, que comme d'un songe, l'espace de dix-sept
jours. Les auteurs ne conviennent pas du temps du r�gne de Claude,
les uns ne lui donnant qu'un an, et les autres deux. Eus�be est de
ce dernier lentement. Constant Clore p�re du grand Constantin fut
fils d'une fille de Claude, dont nous venons de rapporter
l'histoire.
AUR�LIEN.
[5352] Quand Aur�lien
fut en possession de l'Empire, il demanda aux principaux officiers
de quelle mani�re ils croyaient qu'il le d�t gouverner. Seigneur,
lui dit un d'entre eux, pour vous bien acquitter de l'administration
de ce grand �tat dont vous �tes charg�, il faut que vous fassiez
provision de fer, et d'or. Par l'un vous punirez les rebelles, et
vous r�primerez vos ennemis, et par l'autre vous r�compenserez vos
amis, et vos fid�les sujets. Celui
qui avait donn� ce conseil en re��t le fruit, et passa un des
premiers par l'�p�e de l'Empereur. Au commencement de son r�gne, il
fit para�tre quelque cl�mence envers les Chr�tiens, mais il changea
depuis de sentiment, fit contre eux des lois tr�s rigoureuses dont
la justice divine d�tourna l'ex�cution en terminant le cours de sa
vie. Mais avant que de parler de sal mort, il faut raconter ce qui
le passa sous son r�gne. Comme il avait beaucoup de valeur, et qu'il
excellait dans l'exercice des armes, il fit plusieurs guerres avec
d'heureux succ�s. Il r�duisit � son ob�issance Z�nobie reine des
Palmir�niens, qui s'�tait rendue ma�tresse d'�gypte apr�s avoir pris
Probus qui la gouvernait en qualit� de pr�teur. On parle diversement
de la fortune de cette princesse, les uns soutenant qu'elle fut
men�e � Rome, et qu'elle y fut mari�e � un homme de la premi�re
qualit�, et les autres soutenant qu'elle ne p�t survivre � sa
digr�ce, et qu'elle mourut de douleur pendant le voyage. Aur�lien
�pousa une de les filles, et plusieurs grands de la Cour �pous�rent
les autres.
[5365] Ce Prince
r�unit � l'Empire Romain les Gaules qui en avaient �t� d�tach�es
depuis plusieurs ann�es par la violence de divers usurpateurs de
l'autorit�, et apr�s y avoir mis des Gouverneurs rentra en triomphe
� Rome sur un char tir� par quatre �l�phants. Il r�prima aussi
quelques mouvements des Gaulois. Mais il fut tu� proche d'H�racl�e
ville de Thrace dans le cours d'une exp�dition, qu'il avait
entreprise contre les Scythes. Un nomm� Eros qui selon quelques-uns
avait le soin de pr�senter � l'Empereur les requ�tes des �trangers,
et de leur rapporter les r�ponses, et qui selon quelques autres
n'�tait qu'un espion, lui tendit un pi�ge en haine de ce qu'il avait
re�u de lui une s�v�re r�primande. Il contrefit son �criture, et
tra�a sous son nom un projet de mettre � mort les plus consid�rables
de l'Empire. Il leur montra ce projet, et par cet artifice les porta
� attenter � la vie de leur Prince, et � se d�faire de lui en la
sixi�me ann�e de son r�gne.
TACITE.
[5375] Tacite succ�da
� Aur�lien. Il avait soixante et quinze ans, et �tait dans la
Campanie lorsqu'il fut �lu par les gens Je guerre. Quand il eut
appris son �lection, il alla � Rome en habit de particulier, o� par
l'avis du S�nat et du peuple il prit la robe Imp�riale .Comme les
Scythes avaient pass� en ce temps l� la Palus M�otide, et la Phase,
et qu'ils couraient le Pont, la Cappadoce, la Galatie, et la
Cilicie, Tacite fondit sur eux avec Florien Pr�fet du Pr�toire, en
tua un grand nombre, et mit les autres ensuite. Les gens de guerre
ayant tu� au m�me temps Maximin gouverneur de Syrie, et parent de
Tacite en haine de ce qu'il abusait en cette Province du pouvoir qui
lui avait �t� confi�, et jugeant bien que l'Empereur ne laisserait
pas impuni un crime aussi atroce que celui-l�, ils le tu�rent
lui-m�me dans le septi�me mois de son r�gne selon quelques auteurs,
et � la fin de la seconde ann�e selon quelques autres.
PROBUS et
FLORIEN.
[5387] D�s que Tacite
eut �t� de cette sorte enlev� du monde deux Empereurs furent
proclam�s, savoir Probus en Orient par l'arm�e, et Florien � Rome
par le S�nat. Ils jouirent tous deux en diff�rent pays de cette
souverainet�. Probus en jou�t en �gypte, en Syrie, en Ph�nicie, et
en Palestine, et Florien dans toutes les contr�es qui s'�tendent
depuis la Cilicie jusques en Italie, et en Occident. Ce dernier n'en
jou�t que trois mois, � la fin desquels il fut tu� par les gens de
guerre que l'on dit que Probus avait gagn�s pour cet effet. Ainsi il
se vit seul en possession de tout l'Empire. On dit qu'il eut une
rare suffisance jointe � une extraordinaire valeur, par laquelle il
dompta plusieurs nations. On rapporte aussi qu'il assembla les gens
de guerre qui �taient coupables du meurtre des Empereurs
Aur�lien, et Tacite, et qu'apr�s leur avoir reproch� fortement
leur perfidie, il les condamna au dernier supplice. Saturnin Maure
de nation son intime ami ayant form� des desseins de r�bellion
contre lui, un particulier lui en donna avis : mais parce qu'il crut
que l'avis �tait faux,il fit ch�tier le particulier comme un
imposteur. Ce qui n'emp�cha pas que les gens de guerre ne se
d�fissent de Saturnin. Un autre se souleva en la grande Bretagne, o�
l'Empereur Probus lui avait donn� le commandement des troupes � la
pri�re de Victorin Maure de nation, son ami particulier.
L'Empereur s'en �tant plaint � Victorin celui-ci lui demanda
permission d'aller trouver le rebelle, et l'ayant obtenue il se
rendit en la grande Bretagne,o� il fit semblant de s'�tre sauv� pour
�viter les effets de la col�re de Probus, et ayant �t� re�u tr�s
civilement, il trouva moyen de tuer durant la nuit le rebelle, apr�s
quoi il retourna vers l'Empereur qui gagnait de jour en jour
l'affection de tout le monde par sa douceur, et par sa lib�ralit�.
L'arm�e romaine fut extr�mement incommod�e de la disette des vivres
pendant la guerre que l'Empereur fit aux Germains, qui attaquaient
diverses villes de son ob�issance. On dit qu'une grande pluie �tant
survenue, il se trouva du bl� m�l� avec l'eau, que les soldats s'en
�tant nourris, reprirent de nouvelles forces, et d�firent leur
ennemis. Outre les conjurations que je viens de remarquer, on en
forma encore une contre Probus. Carus qui commandait dans une
Province d'Europe ayant reconnu que ses soldats m�ditaient de lui
d�f�rer la souveraine puissance, en avertit l'Empereur, et le
supplia de le rappeler. L'Empereur ayant refus� de lui donner un
successeur, les soldats entour�rent Carus, l'oblig�rent malgr� qu'il
en e�t � accepter la couronne, et march�rent sous fa conduite vers
l'Italie. Probus assembla � l'heure m�me des troupes, et les envoya
sous un bon chef contre les rebelles. Mais d�s qu'elles eurent
appris que Carus �tait proche, ils se saisirent de leur chef, le
li�rent, le mirent entre les mains de leur ennemi, et s'y
rendirent elles-m�mes. Les gardes de Probus �branl�s par cet exemple
de la perfidie de l'arm�e, le tu�rent dans la sixi�me ann�e de son
r�gne.
CARUS.
[5417] CArus s'�tant
ainsi rendu ma�tre de l'Empire, mit le diad�me sur le front de ses
deux fils, Carin, et Num�rien, et partit � l'heure m�me avec ce
dernier pour aller faire la guerre aux Perses. Il s'empara d'abord
des Villes de Ct�siphon, et de S�leucie. Comme les Romains �taient
camp�s dans un fond, peu s'en fallut qu'ils ne fussent noy�s par le
fleuve que les Perses d�tourn�rent par un canal, et firent inonder
sur eux. Mais enfin Carus ayant remport� l'avantage retourna � Rome
avec une multitude innombrable de prisonniers, et un inestimable
butin. Il r�prima ensuite une r�volte des Sarmates, et les r�duisit
� son ob�issance. Il �tait Gaulois de nation, vaillant homme, et
exp�riment� dans l'art de la guerre. Les �crivains ne
s'accordent point en la mani�re de rapporter sa mort. Les uns disent
qu'il mourut dans une guerre contre les Huns. Les autres assurent
que comme il �tait camp� le long du Tigre, il fut frapp� de la
foudre, et que la tente en fut consum�e. Num�rien son fils �tant
rest� seul Empereur mena l'arm�e contre les Perses, donna bataille �
ces peuples, et la perdit. Quelques-uns dirent qu'il fut pris dans
la d�route des Romains, et �corch� vif. D'autres assurent que comme
il retournait de Perse il fut attaque d'un mal d'yeux, et que par la
perfidie de son beau-p�re, qui �tant Pr�fet du Pr�toire ne se
contentait pas de fa dignit�, et aspirait � la souveraine puissance.
Il ne jouit pas pourtant du fruit de son crime, parce que l'arm�e
�lut pour Empereur Diocl�tien, vaillant homme qui �tait pr�sent, et
qui s'�tait signal� dans cette derni�re guerre. Le premier exploit
de son r�gne depuis son arriv�e � Rome, fur la d�faite de Carin fils
de Carus, qui s'�tait rendu fort odieux par l'infamie de ses
d�bordements, et par l'exc�s de sa cruaut�, et de sa vengeance. La
domination de ces trois Princes ne dura pas plus de trois ans. Ce
fut en ce temps l� que le d�testable Manez Manez auteur de la secte
des Manich�ens partit de Perse pour r�pandre par tout le monde le
poison de ses erreurs. Il s'appelait quelquefois le Saint Esprit,
lui qui �tait visiblement poss�d� par un tr�s m�chant esprit.
Quelquefois il s'appelait Christ, lui qui n'avait point d'autre
onction que celle dont le D�mon consacre les ministres. Il menait
douze disciples qui �taient autant de pr�dicateurs de ses
extravagances, donc le m�lange confus �tait comport� du reste des
h�r�sies pr�c�dentes.
[5443] Denys apr�s
avoir conduit neuf ans l'�glise de Rome, eut F�lix pour successeur.
Celui-ci ayant surv�cu cinq ans, fut suivi d'Eutichien, qui n'exer�a
que dix mois cette charge pastorale,et& la laissa par sa mort �
Caius, qui gouverna l'�glise environ quinze ans, et Marcellin fut
choisi apr�s lui pour remplir sa place. Le temps de tous ces �v�ques
fut un temps de pers�cution, et de troubles.
[5451] Tim�e succ�da
� Domne dans le gouvernement de l'�glise d'Antioche, Cyrille �
Tim�e, et Tyran � Cyrille. Sous le pontificat de ce dernier les
fid�les furent extr�mement tourment�s par leurs ennemis, et opprim�s
par leurs ennemis, et opprim�s par la pesanteur d'une domination
tout � fait insupportable.
[5453] Him�n�e �v�que
deJ�rusalem �tant mort, Zabdas lui succ�da, et celui-ci �tant mort
aussi incontinent apr�s, Ermon fut plac� sur son si�ge, donc il fut
un grand ornement.
[5454] Maxime qui
avait succ�d� � Denys, et qui avait gouvern� dix-huit ans apr�s lui
l'�glise d'Alexandrie, la laissa par sa mort � Th�on, qui depuis la
laissa pareillement � Pierre qui re��t la couronne du martyre. Voil�
quelle fut la suite des �v�ques des grands si�ges.
DIOCL�TIEN.
[5457] Diocl�tien
�tait de Dalmatie, et de si basse naissance, que quelques-uns
assurent qu'il avait �t� l'affranchi d'un S�nateur, nomm� Anulin. De
simple soldat il devint g�n�ral des troupes de M�sie. D'autres
pr�tendent qu'il �tait Comte des domestiques, et quelques-uns
croient que ces domestiques �taient ceux qui composaient la
garde � cheval. En haranguant l'arm�e il protesta qu'il n'avait
point eu de part au meurtre de Num�rien, et s'�tant tourn� �
l'heure m�me vers Aper Pr�fet du Pr�toire, il dit voil� celui qui
lui a port� le coup de la mort, et en disant cette parole, il le
per�a de son �p�e. Quand il fut arriv� � Rome il se chargea de
l'administration de l'Empire, mais en ayant consid�r� le poids, et
ne s'�tant pas trouv� capable de le supporter seul, il le partagea
avec Maximien Herculius en la quatri�me ann�e, o� selon quelques
auteurs en la seconde ann�e de son r�gne. Ils excit�rent tous deux
ensemble d'un commun accord, une pers�cution plus violente, et plus
cruelle contre les Chr�tiens, que toutes celles qui avaient jamais
�t� excit�es par le pass�. Ils ne pr�tendirent rien moins que
d'exterminer du monde le nom du Sauveur, et ils massacr�rent
dans toutes les Provinces, et dans toutes les villes une si
prodigieuse multitude de ceux qu leur curent la g�n�rosit� de le
conseiller qu'il ne nous est pas possible de les compter; et
s'appliqu�rent � ces sanglantes ex�cutions, avec un soin
incomparablement plus grand qu'� toute autre affaire. Les habitants
de Busiris et de Copte Villes d'�gypte voisines de Th�bes s'�tant
soulev�s, Diocl�tien les assi�gea, et apr�s les avoir prises les
ruina de fond en comble. Celle d'Alexandrie avec l'�glise, prit
incontinent apr�s les armes contre les Romains � la persuasion
d'Achille ; mais les rebelles n'ayant pas eu des forces capables de
r�sister � la puissance de Diocl�tien, ils furent ch�ti�s avec
Achille leur chef.
[5479] Au reste les
Empereurs d�clar�rent tous deux leurs gendres C�sars, savoir
Diocl�tien honora de cette dignit� Maximien Gal�re, � qui il avait
donn� en mariage, Val�rie sa fille ; et Maximien Herculius honora de
la m�me dignit� Constance qui pour la p�leur de son visage avait �t�
surnomm� Clorus, et oui comme nous l'avons d�j� dit, �tait petit
fils de l'Empereur Claude. Il lui donna aussi en mariage Th�odore sa
fille. Ces deux C�sars �taient mari�s d�s auparavant. Mais ils
r�pudi�rent leurs femmes pour rentrer dans l'alliance des
Empereurs.
[5483] Maximien alla
dans les Gaules, o� il r�prima les entreprises d'un rebelle nomm�
Amand. Le Pr�fet Alcopiodote d�fit � peu pr�s au m�me tems Crassus,
qui depuis trois ans s'�tait empar� de la grande Bretagne. Herculius
dompta les Quinquegentiens qui pillaient l'Afrique. Constance C�sar
combattit les Allemands dans les Gaules, et en un m�me jour, fut
vaincu et vainqueur. Les Allemands fondirent d'abord avec une si
extr�me violence sur son arm�e, qu'ils la contraignirent de
tourner le dos. Constance se retira le dernier, et les ennemis
firent tous leurs efforts pour le prendre. Il courut sans doute le
dernier hasard, et n'eut jamais �vit� de tomber entre leurs mains,
si lorsqu'il fut arriv� � une ville o� il se voulait retirer, et
donc les portes �taient ferm�es, et n'e�t �t� tir� par dessus la
muraille avec des cordes. Il rallia � l'heure m�me ses troupes,
releva leur courage par ses discours, les mena contre les Allemands, en tua environ soixante mille sur la place, et remporta une tr�s
signal�e victoire.
[5495] Narzez r�gnait
alors sur les Perses, et �tait le septi�me depuis Artaxerxe, qui
comme nous l'avons vu avait r�tabli l'Empire de sa nation. Cet
Artaxerxe, ou Artaxare (car on l'appelle indiff�rement de ces deux
noms) eut Sapor pour successeur. Hormisdas succ�da � Sapor, Vararane
� Hormisdas, Vararace � Vararane un autre Vararane � Vararace, et
enfin Narsez � ce Vararane.
[5500] Comme ce Narsez faisait lz d�g�t dans la
Syrie, Diocl�tien se rendit en �thiopie par l'�gypte, et envoya
contre lui Maximinien Gal�re son gendre avec de bonnes troupes. Ce
Prince ayant �t� vaincu dans une bataille, Diocl�tien le renvoya
avec une arm�e plus puissante que la premi�re. Il remporta cette
seconde fois une victoire si enti�re, qu'elle effa�a toute la honte
de sa d�faite. La plus grande partie de l'arm�e des Perses fut
taill�e en pi�ces dans ce combat. Narsez y fut bless�, et poursuivi
jusques dans le c�ur de son pays. Ses femmes, ses s�urs, ses
enfants, et les premiers de son �tat y furent pris avec l'argent, et
le bagage. Lorsque Narsez fut gu�ri de sa blessure fit un trait� de
paix avec Diocl�tien et Gal�re, retira les femmes, et ses enfants
d'entre leurs mains, et leur abandonna les villes, et les pays
qu'ils voulaient. Diocl�tien, et Maximien achev�rent heureusement
plusieurs autres guerres, les unes par eux-m�mes, et les autres par
les C�sars leurs gendres, et par d'autres chefs, et accrurent
extr�mement l'�tendue de leur Empire. La gloire de ces succ�s donna
une si �trange vanit� � Diocl�tien, que ne le consentant plus
d'�tre salu� par les S�nateurs selon l'ancien usage, il voulut en
�tre ador�. Il enrichit d'or et de pierreries ses habits, et ses
souliers, et rendit les ornements Imp�riaux beaucoup plus pr�cieux
qu'ils n'avaient �t� auparavant : Car il est certain que les
Empereurs ses pr�d�cesseurs ne recevaient point d'honneurs
diff�rents de ceux que recevaient les consuls, et qu'ils n'avaient
point d'autre marque de dignit� que la robe de pourpre. Bien que la
pers�cution se fut r�pandue depuis plusieurs ann�es par tout
l'Empire, et qu'une quantit� incroyable de Chr�tiens tant hommes que
femmes, fussent morts constamment pour la d�fense de leur ma�tre,
il y avait encore un nombre innombrable de personnes qui faisaient
profession de cette Religion. Ce fut pour ce sujet qu'en la
dix-neuvi�me ann�e du r�gne de Diocl�tien les deux Empereurs firent
publier un �dit par lequel ils ordonnaient de d�molir les �glises
des Chr�tiens, de br�ler leurs livres et d'ex�cuter � mort leurs
docteurs, et leurs pr�tres, d'exclure des dignit�s, et de l'arm�e
ceux qui s'y trouveraient de cette secte, et de r�duire � la
servitude les personnes priv�es.
[5512] L'ann�e
suivante ces deux Princes d'un commun accord se d�mirent de la
souveraine puissance, protestant en public qu'ils ne se sentaient
pas des foces suffisantes pour en soutenir la pesanteur, et avouant
en particulier � leurs amis qu'ils ne s'en d�faisaient que par d�pit
de n'avoir pu abolir le nom Chr�tien. Ils renonc�rent le m�me jour �
l'Empire, savoir Diocl�tien dans Nicom�die, et Maximien dans Milan.
Apr�s quoi le premier demeura dans Salone ville de Dalmatie, d'o� il
avait tir� sa naissance, et l'autre demeura dans la Lucanie. Avant
n�anmoins cette solennelle renonciation ils jouirent de l'honneur du
triomphe pour l'heureux succ�s de la guerre contre les Perses. Les
femmes, les s�urs et les enfant de Narsez, les chefs et les g�n�raux
vaincus, le riche butin pris sur les ennemis servirent d'ornement �
cette pompe.
[5518] Il ne sera peut-�tre pas hors de propos d'expliquer en
cet endroit d'o� vient du nom de triomphe. Quelques-uns croient
qu'il vient du nom de Trion qui signifie des feuilles de figuier.
Car avant que l'art de faire des masques e�t �t� invent� les acteurs
se couvraient le visage de feuilles pour d�biter des railleries en
vers iambiques. Dans la c�r�monie des triomphes les soldats se
couvraient de semblables feuilles, quand ils se voulaient
moquer des vainqueurs. D'autres pr�tendent que le mot de
triomphe vient des trois ordres qui paraissaient dans ces actions si
solennelles, et qui marchaient s�par�ment savoir le S�nat, le
peuple, et l'arm�e.
[5524] Quand la c�r�monie fut achev�e, ils remirent
l'autorit� souveraine entre les mains des C�sars, et partag�rent
entre eux les Provinces en attribuant a Maximien Gal�re l'Orient, et
l'Illyrie, et � Constance Clorus l'Occident, et l'Afrique. Au temps
qu'on faisait ce partage de l'Empire, les soldats des gardes
proclam�rent Empereur dans Rome Maxence, fils de Maximien Herculius.
[5530] Entre ces trois princes, Constance qui commandait dans la grande
Bretagne, dans les Alpes Cottiennes, et dans les Gaules usait d'une
grande douceur envers tous ses sujets, et principalement envers les
Chr�tiens, et se montrait tout � fait au dessus de la passion du
bien. Maximien au contraire pers�cuta cruellement les Chr�tiens en
Orient, et gouverna les peuples avec la derni�re duret�. Comme il
�tait dans l'exc�s des d�bordements, il ne se contentait pas de
violer des personnes de m�diocre condition ; mais il enlevait les
femmes de la premi�re qualit� d'entre les bras de leurs maris, et
les leur renvoyait apr�s qu'il avait satisfait sa brutalit�, et ses
d�sirs. Il �tait fort adonn� � l'art de deviner, n'entreprenait rien
sans consulter les devins, et leur rendait de grands honneurs. Il
d�clara une guerre irr�conciliable � la pi�t�, poursuivant
impitoyablement des personnes irr�pr�hensibles, et confisquant
leur bien, quoi qu'il ne p�t les accuser d'aucun autre crime, que de
celui de conna�tre Dieu, et de l'honorer.
[5536] Maxence ne
commandait pas dans Rome avec plus de cl�mence, ni plus de justice.
Il imitait la cruaut� de Maximien contre les Chr�tiens, et sa
perfidie envers le reste des peuples. Il faisait mourir les
personnes les plus illustres sans aucune formalit� : il enlevait des
filles, et des femmes de condition : il prenait le bien des riches ;
et accablait le peuple d'impositions nouvelles, et insupportables.
Ayant un jour con�u une furieuse passion pour une dame romaine qui
n'�tait pas moins illustre par sa vertu que par sa naissance, il
l'envoya qu�rir par les ministres ordinaires de ses plaisirs. Quand
elle vit qu'elle ne se pouvait exempter d'�tre men�e � l'Empereur,
et que son mari qui �tait pr�sent n'osait s'opposer � cette
violence, elle demanda un peu de temps pour se parer. Elle avait
re�u le bapt�me, et. faisait profession de la Religion chr�tienne,
Quand elle fut feule dans son cabinet, elle s'enfon�a un poignard
dans le sein, pr�f�rant ainsi la chastet� � la vie, et se d�livrant
par une action si hardis des inf�mes poursuites de Maxence.
[5545] Sous le r�gne
de ces trois princes Diocl�tien, et Maximien. moururent dans une
condition priv�e bien que les �crivains ne conviennent point du
genre, ni des circonstances de leur mort. Car Eus�be dit, dans le
huiti�me livre de son histoire de l'�glise que Diocl�tien apr�s
avoir perdu l'usage de la raison, et avait �t� consum� d'une longue
maladie finit mis�rablement sa vie criminelle, et que Maximien
Herculius se pendit lui-m�me par d�sespoir. D'autres auteurs
rapportent que ces deux princes s'�tant repentis de s'�tre d�mis de
la souveraine puissance, et ayant entrepris de s'y r�tablir, furent
ex�cut�s � mort par arr�t du S�nat.. D'autres disent que Maximien
Herculius ayant con�u le d�sir de rentrer en possession de l'Empire,
il le communiqua � Diocl�tien, mais que celui-ci l'ayant rejet�,
Maximien entra dans le camp, et t�cha de persuader aux gens de
guerre, que son fils �tait incapable du commandement. Ils jug�rent
par son discours qu'il avait dessein de se rendre ma�tre du
pouvoir absolu, et en t�moign�rent de l'indignation ce qui l'obligea
� d�clarer qu'il n'avoir point eu d'autre intention que de fonder la
disposition de l'arm�e, et d'�prouver son affection envers son fils,
et que par ce moyen il l'apaisa. Ils ajoutent qu'il alla ensuite
dans les Gaules trouver le grand Constantin auquel il avait donn�
Fauste sa fille en mariage, qu'il t�cha d'usurper son �tat, et que
son dessein ayant �t� d�couvert, et ruin�, ce fut alors qu'il se
procura la mort. Mais enfin
ces deux princes finirent leur vie d'une des mani�res que je viens
de rapporter.
[5560] Constance
apr�s avoir gouvern� l'Empire onze ans avec beaucoup de douceur,
mourut dans la grande Bretagne au regret de ses sujets. Avant
sa mort il nomma pour successeur le grand Constantin, l'a�n� de ses
fils qu'il avait eu de sa premi�re femme. Car il en avait eu
d'autres de Th�odore fille d'Herculius, savoir Constantin,
Annaballien, et Constance. Constant pr�f�ra Constantin � ses fr�res,
parce qu'il les jugeait incapables de commander. Ou plut�t ce fut la
divine Providence qui le chois�t pour avancer sous son r�gne la
publication de la v�rit�, et pour d�livrer les peuples de la
tyrannie. On dit que comme Constance s'affligeait durant sa derni�re
maladie de l'incapacit� des trois plus jeunes de ses fils, un ange
lui apparut, et lui commanda de choisir Constantin
pour successeur.
[5568] Il l'avait mis dans sa jeunesse aupr�s de Gal�re
afin qu'il lui servit comme d'un gage de sa fid�lit�, et qu'il
appr�t sous lui l'art de la guerre. Gal�re con�ut de la jalousie de
son adresse, et de sa valeur, et il tendit des pi�ges dans un combat
contre les Sarmates. Il lui commanda d'attaquer leur chef qui le
faisait remarquer sur tous les autres par la beaut�, et par l'�clat
de ses armes. Constantin le prit, et le mena � Gal�re. Ce Prince lui
commanda une autre fois de combattre un effroyable lion. Il s'exposa
� ce danger, et en �chappa par une protection visible du Ciel, Mais
ayant reconnu par l'exc�s de la jalousie dont Gal�re �tait anim�
contre lui, et le d�sir dont il br�lait de le perdre, il se retira
avec ses amis, et alla trouver Constance son p�re. Voil� de quelle
mani�re il �vita les pi�ges de son ennemi, et parvint � l'Empire.
MAXIMIN.
[5576] Maximin
associa � l'Empire Licine originaire de Dacie et beau-fr�re du grand
Constantin, et le lassa dans l'Illyrie pour d�fendre la Thrace
contre les interruptions des �trangers. Quant � lui il alla � Rome �
dessein d'y combattre Maxence, ayant depuis con�u quelque soup�on de
la fid�lit� des troupes, et appr�hend� qu'elles ne se rendissent �
son ennemi, il jugea � propos de se retirer. Apr�s cela il se
repentit d'avoir associ� Licine � l'Empire, lui dressa des pi�ges,
et enfin l'attaqua � force ouverte. Mais ayant �t� vaincu, et
contraint de prendre la fuite, il se tua de d�sespoir.
[5582] D'autres
racontent sa mort d'une autre mani�re, et disent que par un effet
visible de la col�re du Ciel il fut ch�ti� de la fureur qu'il avait
fait para�tre contre la pi�t� chr�tienne. Un ulc�re form� dans les
parties que la pudeur ne permet pas de nommer, consuma en lui les
instruments de ses d�bauches. La corruption en �tait si horrible
qu'on en voyait sortir quantit� de vers. Les m�decins qui n'os�rent
entreprendre de le gu�rir furent �gorg�s sur le champ en punition de
leur retenue, et ceux qui l'entreprirent, et ne purent en venir �
bout furent ex�cut�s par des supplices nouveaux, exquis, comme des
criminels, qui avaient joint la perfidie � l'ignorance. Mais enfin,
cet impie s'�tant aper�u trop tard que le mal qu'il souffrait
�tait le juste ch�timent des violences qu'il avait exerc�es contre
l'innocence des chr�tiens, r�voqua les �dits qu'il avait auparavant
publi�s contre eux, leur permit l'exercice de leur religion, et leur
ordonna de faire des pri�res pour sa faute. On raconte ce fait en
deux diff�rentes sortes. La premi�re est, qu'apr�s qu'il eut
�t� gu�ri contre toute sorte d'esp�rance, au lieu de changer de
m�urs, il continua, et accrut la pers�cution jusques � ce qu'il e�t
bu toute la lie de la coupe que Dieu tient � sa main dans sa col�re.
D'autres soutiennent que bien loin de gu�rir de ce mal, il en
mourut, et que les accidents en furent si horribles qu'il jeta des
vers par sa bouche. Bien que je ne puisse marquer affirmativement
de quelle mani�re il finit sa vie, je puis avancer que ce fut de
l'une de celles que je viens de rapporter.
Marcellin �tant mort
apr�s avoir gouvern� deux
ans l'�glise
de Rome, Eus�be lui succ�da, ne lui
surv�cut qu'un
an, et eut Miltiade pour successeu. Celui-ci s'acquitta des
fonctions pastorales l'espace
de quatre ans,
apr�s lesquels Sylvestre fut choisi
pour remplir
sa place. Tiran exer�a pendant treize ans la charge �piscopale dans
Antioche. Vital lui succ�da,
et six ans apr�s Philog�ne succ�da � Vital.
Cinq ans apr�s
il eut Paulin pour successeur.
Apr�s que
Jabdas se fut acquitt� pendant dix ans du sacr� minist�re dans le
si�ge de l'�glise de J�rusalem, Hernom y fut �lev� en sa place.
Apr�s le
martyre de Pierre, qui avait honor� la chaise de l'�glise
d'Alexandrie l'espace de onze ans qu'il l'avait remplie,
Alexandre fut plac� dessus pour s'y acquitter des m�mes devoirs de
la charit� du sacerdoce.
Apr�s que
Sylvestre eut conduit vingt-huit ans les fid�les de la ville de
Rome, Jules lui succ�da qui les conduisit quinze ans. Lib�re Ies
conduisit apr�s lui six ans, et Damase vingt-huit apr�s Lib�re.
Sirice lui succ�da dans ce minist�re, dont il s'acquitta seize ans.
Innocent fut �lu apr�s sa mort, et enseigna pendant quinze ans le
peuple du Seigneur. Zosime fut plac� apr�s lui sur la chaise de
l'�glise romaine, o� il demeura douze ans, apr�s lesquels C�lestin
la remplit dix ans. Sixte lui succ�da, et lui surv�cut huit ans.
L�on qui fut choisi pour remplir fa place d�fendit pendant vint-
quatre ans la bonne doctrine. Hilaire succ�da � L�on, et six
ans apr�s donna lieu � l'�lection de Simplicius. Celui-ci ayant
rempli l'espace de dix-neuf ans les fonctions de son minist�re, le
laissa � F�lix qui s'en acquitta durant neuf, apr�s lesquels il fut
d�f�re � G�lase, qui l'exer�a cinq ans. Anastase fut �lu apr�s lui,
et quatre ans apr�s Simmaque lui succ�da. Il eut douze ans durant le
conduite des fid�les, laquelle fut confi�e ensuite � Hormisdas
; qui �tant mort dans la dixi�me ann�e de son pontificat, le laissa
� Jean qui l'exer�a trois. Quand Jean fut mort, F�lix fut �lev� sur
son si�ge, o� il demeura quatre ans. Boniface qui lui succ�da ne
jouit que deux ans de cet honneur.
Agapet
gouverna apr�s lui un pareil espace de temps le troupeau, que J�SUS
CHRIST le grand pasteur a dans Rome, et rendit ensuite le tribut d�
� la nature. Silv�re qui lui succ�da ne poss�da que deux ans la
dignit� �piscopale. Vigile son successeur la poss�da dix-huit, � la
fin desquels elle fut d�pos�e entre les mains de P�lage, qui n'en
jou�t que cinq. Apr�s lui le si�ge de Rome fut rempli pendant huit
ans par Jean, et apr�s Jean pendant quinze, par Gr�goire. On ne
trouve plus depuis ce temps-l� la fuite des �v�ques de cette ville.
Paulin ayant
�t� assis cinq ans sur le si�ge de l'Empire d'Antioche, Eustate lui
succ�da pendant dix-huit, et Euphrone succ�da � Eustate pendant huit
autres. Phlacite eut ensuite durant douze ans le gouvernement de
cette �glise, auquel Etienne sectateur d'Arius s'ing�ra trois autres
ans. L�once fut plac� ensuite sur le si�ge de cette �glise, qu'il
gouverna huit ans. Euxode ne la gouverna qu'un an apr�s lui, et la
laissa � Arien qui la gouverna quatre. M�l�ce la gouverna vingt-cinq
apr�s Arien, et Flavien vingt-six �pres M�l�ce. Th�odote qui lui
succ�da ne surv�cut que quatre ans. Jean son successeur en surv�cut
dix-huit. Domne fut �lu apr�s Jean, et exer�a huit ans les fondions
�piscopales. Maxime les exer�a quatre ans apr�s lui. Quand il fut
mort Martirius fut choisi en sa place qu'il remplit neuf ans. Julien
la remplit ensuite six. Apr�s sa mort Pierre la remplit pendant
trois ans, et Etienne la remplit trois autres ans apr�s la mort de
Pierre. Calandion succ�da � Etienne, et quarte ans apr�s un autre
Pierre fut mis sur la chaise de Calandion, et y demeura trois ans.
Pallade son successeur jou�t dix ans de cette dignit�, et Flavien
successeur de Pallade en jou�t treize. S�v�re prit sa place apr�s sa
mort, et sept ans apr�s la laissa � Euphrase, qui ne l'ayant tenue
que cinq ans, la laissa � Ephrem, qui la remplit dix-huit.
CONSTANTIN.
[1] Constantin ce
prince si c�l�bre parmi les Empereurs, et si religieux parmi les
Chr�tiens, succ�da aux �tats de son p�re de la mani�re que je viens
de rapporter. Constance l'eut d'H�l�ne au sujet de laquelle les
historiens ne sont point d'accord. Quelques-uns soutiennent qu'elle
fut femme l�gitime de Constance, & qu'elle ne fut r�pudi�e de lui
qu'au temps qu'il �pousa Th�odore fille de Maximien Herculius, et
qu'il fut d�clar� C�sar. Les autres pr�tendent qu'elle n'�tait point
sa femme, et qu'il ne l'avait prise que pour sa beaut�.
[5] Lorsqu'il se
mit en possession des �tats de son p�re qui contenaient la grande
Bretagne, les Alpes et les Gaules, il �tait encore contraire aux
Chr�tiens, et engag� dans la superstition, o� Fauste sa femme qui y
�tait elle- m�me fort attach�e le retenait. Fauste �tait fille de
Maximien Herculius, Constance et Constantin ayant �pous� les deux
soeurs.
[8] L'Empire �tant
alors partag� entre trois princes, savoir Constantin Licine et
Maxence, ce dernier abusait de son autorit� pour opprimer les
sujets, comme je l'ai d�j� remarqu�. Quand sa domination fut devenue
tout � fait insupportable aux peuples, ils suppli�rent Constantin de
les d�livrer de la tyrannie. Il leva donc une arm�e � la t�te de
laquelle il marcha vers Rome. Maxence demeura longtemps renferm�
dans la ville sans oser para�tre pour combattre ; ce qui donna lieu
de l'accuser de l�chet�, et de faire des railleries. Mais enfin il
mena son arm�e en campagne apr�s avoir ouvert des enfants pour tirer
des pr�sages par l'inspection de leurs entrailles, et apr�s avoir
fait d'autres c�r�monies impies, dont Constantin fut un peu
�pouvant�. Mais son �pouvante fut incontinent dissip�e par l'�clat
d'une croix qui lui parut dans le ciel avec cette inscription,
Vainquez par ce signe. Il fit faire � l'heure m�me une Croix d'or
sur le mod�le de celle qu'il avait vue dans le ciel, commanda de la
porter dans son arm�e en forme d'�tendard, donna bataille � Maxence,
tailla en pi�ces une grande partie de son arm�e, mit le reste en
d�route. Comme Maxence fuyait avec les autres, et qu'il passait �
cheval le pont, il tomba dans le Tibre, et s'y noya.
[17] Les Romains
d�livr�s, par cette victoire du joug de la tyrannie, ouvrirent leurs
portes � leur lib�rateur, le re�urent avec des acclamations de joie,
et lui �lev�rent une statue dans la place publique. Il voulut
qu'elle eut une Croix � la main, et d�fendit par �dit de pers�cuter
les Chr�tiens. Ayant ainsi joint Rome, et l'Italie � ses �tats il
n'eut plus que Licine son beau-fr�re pour compagnon de la souveraine
puissance. Celui-ci se d�fit du fils, et de la fille de Maximin, de
sorte qu'il ne restait plus que lui et Constantin sur le tr�ne, et
qu'il y avait apparence que si l'un des deux venait � manquer,
l'autre jouirait seul de tout l'Empire.
[23] Voil� comment quelques-uns
disent que Licine se rendit ma�tre des �tats de Gal�re. D'autres
rapportent l'affaire autrement, et assurent que quand Licine �pousa
la s�ur de Constantin, il fut proclam� C�sar par l'arm�e, qui en
cela m�me avait dessein de servir Constantin. On ajoute que Licine
ayant �t� envoy� contre Maximin, il le d�fit, et fut gratifi� par
son beau-fr�re des �tats du vaincu, � condition de ne faire aucune
pers�cution aux Chr�tiens. Mais au lieu d'observer cette condition,
il se porta contre la sainte Religion avec une fureur aussi aveugle
qu'aucun de ses pr�d�cesseurs, et exer�a contre elle des cruaut�s
inou�es.
[27] Le diff�rent que Constantin et Licine eurent pour ce sujet
fut un de ceux qui les engag�rent � la guerre, qui apr�s plusieurs
batailles se termina enfin par la victoire de Constantin. Il
f�t avec lui un trait� par lequel en consid�ration de sa soeur, il
le laissa jouir de l'autorit� souveraine. Mais Licine ayant
encore viol� l'accord avec son infid�lit� ordinaire, Constantin le
d�fit encore une fois, prit Byzance, et Chrysopole, et contraignit
le vaincu de se retirer dans Nicom�die. Alors la soeur de Constantin
le supplia de nouveau de laisser la souveraine puissance � son
mari, ce que n'ayant pu obtenir, elle lui demanda qu'au moins il lui
sauv�t la vie. Ainsi il eut ordre de demeurer � Thessalonique,
et d'y mener une vie priv�e. Les gens de guerre trouv�rent mauvais
que l'on �pargn�t ainsi un perfide qui avait viol� tant de fois ses
promesses, et sur leurs plaintes l'Empereur par ses lettres remit
l'affaire au jugement du S�nat. Quelques-uns disent que cette
compagnie l'abandonna � la discr�tion des gens de guerre, qui le
tu�rent ou � Thessalonique, ou proche de Serras. Les autres affurent
qu'au lieu de se tenir en repos dans Thessalonique, il t�cha de
remonter sur le tr�ne, en haine de quoi Constantin commanda de
l'ex�cuter � mort.
[41] On dit que dans les combats que Constantin donna
� ce Licine, et � Maxence, il vit � la t�te de ses troupes un
cavalier arm� qui portait Ie signe de la Croix en forme d'�tendard,
et qu'il vit � Andrinopole deux jeunes hommes qui taillaient en
pi�ces ses ennemis. Il vit aussi une nuit durant laquelle tout
le monde se reposait, un grand feu qui �clairait son camp aux
environs de Byzance. Ce qui lui fit croire que ces heureux succ�s de
ses victoires venaient du ciel.
[45] Quand il se fut ainsi rendu ma�tre
de tout l'Empire, il prit le nom de Flavius, et demeura, dans Rome,
et commen�a � s'y faire instruire des myst�res de la Religion
chr�tienne, bien qu'il n'e�t pas encore renonc� eaux superstitions
du Paganisme. Il contracta pat la suite du temps une maladie qui
consistait dans une corruption de la masse des humeurs et qui selon
le jugement des m�decins avait beaucoup de rapport avec la
l�pre. Les pr�tres de Jupiter Capitolin ayant �t� consult�s sur ce
sujet, r�pondirent que l'unique rem�de qui le p�t soulager �tait un
bain du sang encore tout fumant de jeunes enfants. On amassa donc
quantit� d'enfants de tous les pays de son ob�issance, et on
marqua le jour auquel on les devait �gorger. Comme il allait au
Capitole � dessein de se baigner dans le sang de ces enfants, il
entendit les cris des m�res, qui d�ploraient leur malheur, et
s'�tant comme r�veille d'un profond sommeil, il dit les paroles qui
suivent.
" L'impi�t� du
rem�de est manifeste, et le succ�s de la gu�rison est incertain.
Mais quand il serait certain, je devrais plut�t souffrir les
incommodit�s de ma maladie, que de m'en d�livrer par le massacre de
tant d'innocents, et par la douleur de tant de m�res. "
Il commanda
apr�s cela qu'on leur rend�t leurs enfants, et pour comble de leur
joie, il joignit la lib�ralit� � la justice, et leur fit donner de
l'argent.
[54] Quelque temps apr�s il crut voir durant la nuit deux hommes
qui lui dirent qu'ils �taient Pierre, et Paul ap�tres de Christ, et
que s'il d�sirait acqu�rir une parfaite sant� de corps et d'esprit,
il fallait qu'il envoy�t qu�rir l'�v�que Sylvestre qui le gu�rirait
de sa maladie, et lui donnerait une vie nouvelle et spirituelle.
Quand il fut �veill�, il manda Sylvestre,et l'ayant re�u avec
respect, je vous prie, lui dit il, de m'apprendre, si vous adorez
deux Dieux, dont l'un s'appelle Pierre, & l'autre Paul ? Nous ne
connaissons qu'un Dieu, r�partit l'�v�que, dont Pierre et Paul sont
les ministres. L'Empereur lui raconta ensuite son songe, apprit de
sa bouche les premi�res v�rit�s qui servent comme de fondement �
notre Religion, re��t le bapt�me par son minist�re, et trouva dans
ce bain sacr� et myst�rieux, une sant� parfaite de l'�me, et du
corps. Il publia ensuite des �dits en faveur des Chr�tiens, leur
permit d'ouvrir leurs �glises, et d'en b�tir de nouvelles, autorisa
l'exercice de leur religion, et condamna la superstition pa�enne,
faisant d�molir les temples profanes. Il n'usa de contrainte envers
personne ; mais il t�moigna qu'il approuvait ceux qui de leur bon
gr� faisaient profession de la pi�t�. Voil� comment il
re��t l'�vangile, et comment il d�livra de la crainte des
pers�cutions ceux qui l'avaient re�u, et qui le suivaient comme la
r�gie de leur vie.
[65] Au reste les
Juifs all�rent trouver la m�re de Constantin, et lui dirent qu'il
avait �t� tromp�, et qu'apr�s avoir fait une action pleine de pi�t�,
il s'�tait port� ensuite � un autre toute contraire. Ils lui
expliqu�rent leur pens�e, en disant que c'�tait une action de pi�t�
d'avoir aboli le culte des idoles, mais que c'�tait une impi�t� de
croire en J�SUS CHRIST. Ils ajout�rent qu'il n'y avait qu'un Dieu,
savoir celui qu'ils adoraient, et que J�SUS CHRIST n'�tait qu'un
fourbe, et un imposteur. H�l�ne ayant rapport� ce discours �
l'Empereur, il ordonna que les Juifs conf�rassent avec Sylvestre, et
d'autres Chr�tiens en sa pr�sence, et en celle de quelques S�nateurs
qu'il choisirait. Sylvestre parla si fortement dans la conf�rence
qu'il n'y avait point de doute qu'il n'en d�t remporter l'avantage.
C'est pourquoi
les Juifs qui en appr�hendaient l'�v�nement, d�clar�rent qu'ils ne
pouvaient r�sister � la subtilit�, et � l'�loquence de Sylvestre,
mais qu'ils �taient pr�ts de confirmer la v�rit� de leur doctrine
par l'�vidence des miracles. A l'heure m�me un imposteur d'entre eux
nomm� Zambrez demanda qu'on lui amen�t un b�uf sur lequel il put
faire voir la puissance de son Dieu. Quand on le lui eut
amen�, il s'en approcha, lui dit quelques mots � l'oreille, et �
l'heure m�me le b�uf fut agit� de tremblement, et de convulsions, et
tomba mort. Les Juifs tir�rent vanit� de ce prodige, et publi�rent
que le boeuf n'avait pu entendre le nom de leur Dieu sans mourir.
[79] Alors Sylvestre dit, celui qui parle de la sorte � l'oreille d'une
b�te, n'entend-il pas ses propres paroles, et ne meurt-il pas sur le
champ ; il ne s'agit pas maintenant de paroles, r�partit Zambrez, il
s'agit de preuves, et de miracles. Puisqu'il s'agit de miracles,
reprit Sylvestre, si par la force du nom de J�SUS CHRIST je
rends la vie � ce b�uf auquel vous l'avez �t�e, ne m'avouerez-vous
pas que j'aurai fait un plus grand miracle que vous. Le Juif en
�tant demeur� d'accord, et ayant jur� par le salut de l'Empereur que
quand il verrait le b�uf en vie, il croirait en J�SUS CHRIST.
Sylvestre s'�tant donc approch� du corps de cette b�te, et ayant
lev� les yeux au ciel dit � haute voix, si J�SUS CHRIST que je
pr�che est vrai Dieu, l�ve toi b�uf, et marche. Cet
animal se leva � l'heure m�me, et ceux qui �taient pr�sents
s'�cri�rent tout d'une voix que le Dieu de Sylvestre �tait un grand
Dieu. Les Juifs se jet�rent en foule aux pieds de ce saint �v�que,
et le suppli�rent de leur donner le bapt�me.
[88] La m�re de
l'Empereur qui n'�tait point encore instruite des v�rit�s de la
Religion chr�tienne, souhaita de les apprendre, et de recevoir les
sacr�s myst�res. D�s qu'elle connut le vrai Dieu elle eut la sainte
curiosit� de visiter les lieux qui avaient �t� autrefois honor�s de
sa pr�sence, et de voir les belles traces de ses pieds qui avaient
apport� la paix au monde. Elle partit donc avec le v�n�rable
Sylvestre, alla � J�rusalem, adora le tombeau du Sauveur, trouva la
Croix o� son corps avait �t� attach�, b�tit de magnifiques �glises,
retourna trouver Constantin son fils. Cet Empereur eut
trois fils de
Fauste fille de Maximien savoir Constantin, Constance, et Constant,
et une fille nomm�e H�l�ne qui fut depuis mari�e � Julien. Il
avait eu d�s auparavant d'une concubine un autre fils nomm� Crispe,
qui avait donn� des preuves de sa valeur dans la guerre contre
Licine. Fauste sa belle-m�re �tant devenue �perdument amoureuse de
lui, et n'en ayant pu obtenir ce qu'elle d�sirait, l'accusa devant
Constantin d'avoir attent� � son honneur. Ce prince trop cr�dule en
ce point le condamna � la mort. Mais ayant depuis reconnu la
fausset� de l'accusation, il en tira une terrible vengeance en
faisant �touffer Fauste dans un bain qui pour cet effet avait �t�
extraordinairement �chauff�. Voil� quel fut le ch�timent de son
impudicit�, et de sa calomnie. Les Sarmates et les Goths ayant fait
irruption sur les terres de l'Empire, et ravag� la Thrace, le grand
Constantin les combattit, et remporta sur eux une m�morable
victoire. Comme il avait dessein de fonder une ville selon l'oracle
qu'il avait re�u, et de lui donner son nom, il se r�solut d'abord de
choisir Sardique pour cet effet, puis il eut envie de l'�lever sur
le Sig�e qui est un promontoire de Troade, o� l'on dit m�me qu'il en
jeta les fondements. Enfin on assure qu'il commen�a de grands
�difices � Calc�doine, mais que des aigles y vol�rent qui prirent
les cordes et les mesures des ouvriers, et les apport�rent �
Byzance. Cet �v�nement ayant �t� rapport� � l'Empereur, il le prit
pour un avertissement visible du ciel, se rendit � Byzance, en
consid�ra la situation, la jugea propre pour son dessein, y fit
venir les ouvriers, y b�tit une ville, � laquelle il donna son nom,
et qu'il consacra � la m�re de Dieu.
[108]
L'ouvrage fut achev� le onzi�me
jour de mai de l'an cinq mille huit cent trente-huiti�me depuis la
cr�ation du monde, auquel Constantin en c�l�bra la d�dicace.
Quelques-uns ont �crit qu'il commanda � Valens le plus c�l�bre
math�maticien de son temps d'en faire l'horoscope pour juger combien
elle durerait d'ann�es. Valens ayant consid�r� le Ciel
r�pondit que le ville durerait six cent quatre-vingt treize ans.
Ce terme l� �tant expir� il y a longtemps, il faut croire que la
pr�diction de Valens �tait fausse et que son art �tait trompeur.
Ou bien il faut expliquer la pr�diction de la dur�e du gouvernement
pendant lequel le S�nat conservait son ancienne autorit�, et o� les
peuples �taient gouvern�s selon les lois, sans qu'ils eussent encore
subi le joug d'une tyrannique domination. Les Princes
n'usurpaient pas alors le bien public, comme s'il e�t �t� � eux en
particulier. Ils ne l'employaient pas � des plaisirs qui
souvent ne font ni honn�tes, ni l�gitimes. Ils n'en faisaient pas
des largesses superflues, ou extravagantes. Ils imitaient les
pasteurs qui en tondant leurs brebis ne leur �tent que la laine qui
les incommode, et qui ne tirent jamais leur lait qu'avec beaucoup de
retenue, et n'avaient rien de la cruaut� des voleurs qui ravagent le
troupeau, qui �gorgent les moutons, qui mangent leur chair, qui
sucent leur m�lle. Voil� comment l'Empereur fonda la ville de
Constantinople, au lieu m�me o� avait �t� celle de Byzance. Cette
derni�re �tait autrefois fort c�l�bre par la beaut� de son assiette,
par la bont� de ses murailles, par la multitude, la valeur, et les
richesses de ses habitants. Elle soutint un si�ge de trois ans sous
le r�gne de S�v�re comme nous l'avons vu en son lieu. Dion �crivant
l'histoire de ce Prince parle en ces termes de la puissance de cette
Ville. Les murailles de Byzance �taient extr�mement fortes. La face
qui paraissait au dehors �tait de pierres carr�es, li�es ensemble
avec des barres de fer. Le dedans �tait soutenu d'arc-boutants et
d'autres �difices qui semblaient ne faire qu'un seul corps avec la
muraille. Elle �tait embellie de quantit� de tours qui avaient des
saillies, et des ouvertures.
[120] "Elle
�tait haute � l'endroit de la terre, et basse � celui de la mer. Les
deux ports se fermaient avec des cha�nes, et �taient fortifi�s par
de bonnes tours. II y avait dans ces ports cinq cent vaisseaux, dont
la plupart n'avaient qu'un rang de rames, et les autres deux,
Quelques-uns avaient double gouvernail, l'un, � la poupe, et l'autre
� la proue, de sorte que sans se tourner ils pouvaient aller
ais�ment de c�t�, et d'autre, attaquer les ennemis."
[122] Dion ajoute
que depuis la porte de Thrace jusques � la mer il y avait sept tours
qui �taient faites de telle sorte que quand ou parlait, ou qu'on
faisait du bruit dans l'une des sept, � la r�serve de la premi�re,
la parole o� le bruit ne se communiquaient point aux autres. Mais
quand on parlait dans la premi�re, ou que l'on la frappait avec une
pierre, le son passait � la seconde, et aux autres ensuite dans leur
ordre.
[125] Tel �tait
l'�tat de Byzance, dont l'incomparable Constantin accrut extr�mement
l'�tendue et la beaut� par la magnificence des �glises, et ces
autres �difices qu'il y �leva. Un des plus riches ornements donc il
l'embellit, fut la colonne de porphyre que l'on dit qu'il fit
apporter de Rome, et qu'il pla�a dans la place publique par�e de
grandes pierres. Il mit tout proche la c�l�bre statue de
bronze dont on ne saurait assez admirer l'artifice, et la grandeur.
C'est un ouvrage auquel la main d'un des plus habiles ma�tres de
l'antiquit� semble avoir inspir� la vie. On dit que c'�tait une
statue d'Apollon qui avait �t� apport�e de Troie en Phrygie. Mais
l'Empereur y fit mettre son nom, et fit attacher � la t�te
quelques-uns des clous qui avaient attach� le Sauveur � la croix. Cette statue
est demeur�e jusques � notre temps sur une colonne. Mais sous le
r�gne d'Alexis Comm�ne fut renvers�e par le vent, et bris�e par la
violence de sa chute, par laquelle elle �crasa aussi plusieurs
personnes. Constantin fit apporter de Troie l'image si fameuse de
Pallas, et la mit � Constantinople dans la place dont j'ai parl�.
Parmi les privil�ges dont il releva la splendeur de cette ville, je
ne dois pas omettre de remarquer qu'il honora le si�ge de son �glise
du titre Patriarcal, au lieu qu'auparavant elle �tait d�pendante de
celle d'H�racI�e depuis que la Ville de Byzance avait �t� pris pat
S�v�re, et soumise � celle de Perinte, comme nous l'avons vu dans
l'histoire de ce Prince. Il laissa n�anmoins � l'�glise de Rome
l'honneur de sa primaut� � cause de son antiquit�, et du si�ge
de l'Empire qui avait �t� transf�r� � Constantinople.
[138] L'�glise de
Byzance �tait alors gouvern�e par un saint �v�que, nomm� M�trophane.
Il �tait fils de Domitius fr�re de l'empereur Probus. Ce Domitius
s'�tant converti, et ayant �t� oblig� de sortir de Rome pour �viter
la pers�cution que l'on y faisait aux Chr�tiens, alla � Byzance o�
il fut �lev� � la dignit� �piscopale. Son fils nomm� aussi Probus
lui succ�da, et � ce Probus succ�da M�trophane son fr�re.
[141] Ce fut sous le
r�gne de Constantin que parut Arius pr�tre de l'�glise d'Alexandrie
qui eut la t�m�rit� d'avancer que le Fils, et le Verbe de Dieu �tait
une cr�ature d'une nature diff�rente de celle du P�re, et qu'il
n'�tait point �ternel comme lui. Il faut pourtant avouer que ce ne
fut pas lui qui inventa ces pernicieuses erreurs, mais que ce
fut Orig�ne qui entre plusieurs h�r�sies qu'il d�bita, enseigna que
le Fils de Dieu �tait cr��, qu'il �tait d'une autre nature que le
P�re, et qu'il ne pouvait voir le P�re de la m�me sorte que le
saint Esprit ne pouvait voir le Fils. Orig�ne avait tir� ces
impi�t�s du mauvais tr�sor de son c�ur. Mais pendant qu'elles
n'�taient que dans les livres, elles y demeuraient comme ensevelies
sous le silence, et n'infectaient l'esprit de personne, au lieu
qu'Arius les a publi�es, et leur a donn� du cr�dit et a rempli les
assembl�es des fid�les de confusion, et de d�sordre.
[145] Constantin ne
fut pas plut�t inform� de la publication de cette mauvaise doctrine,
qu'il assembla un Concile d'�v�ques � Nic�e pour en arr�ter le
cours. Les saints P�res s'assembl�rent donc au nombre de trois cent
dix-huit. Il y avait parmi eux des pr�tres, des diacres, et des
moines. Le grand Athanase s'y trouva, bien qu'il ne f�t que dans
l'ordre des diacres. L'Empereur tr�s Chr�tien y assista, prit s�ance
parmi les �v�ques, fit examiner les propositions d'Arius pour
reconna�tre si elles �taient contraires aux sentiments orthodoxes.
Les �v�ques apr�s un examen tr�s exact d�clar�rent, Que le Fils de
Dieu est de m�me substance que son P�re, qu'il a la m�me �ternit�,
et qu'il m�rite les m�mes honneurs. Ils retranch�rent en m�me tems
de la communion des fid�les, Arius, et ses sectateurs. Eus�be
surnomm� Pamphile, �v�que de C�sar�e en Palestine suivit la doctrine
d'Arius. Mais on dit qu'il l'abandonna depuis pour embrasser celle
de la consubstantialit�, et de la co�ternit�, et qu'il fut re�u par
les saints �v�ques dans leur communion. Il para�t par les actes du
premier Concile qu'il d�fendit les fid�les avec beaucoup de vigueur.
Voil� ce que quelques-uns publient de lui, et la mani�re dont il
parle dans son histoire eccl�siastique semble rendre probable ce
qu'ils en disent. En effet il semble souvent y favoriser Arius ; en
effet en expliquant des le commencement ces paroles de David : Il
a parl�, et tout a �t� fait, il a command�, et tout a �t� cr��.
Il fait entendre que le P�re est le souverain qui donne les ordres
pour la cr�ation du monde, et que le Verbe est comme sous lui pour
les ex�cuter. Il dit encore que le Verbe �tant la puissance, et la
sagesse du P�re, il poss�de apr�s lui le commandement de l'Empire
sur tout l'Univers. Il enseigne encore un peu apr�s qu'il y a eu une
substance plus ancienne que le monde, et qui a servi au P�re � le
cr�er, et dont il pr�tend que Salomon parle quand sous le nom de la
Sagesse, il dit le Seigneur m'a cr�� au commencement de ses voies.
Apr�s avoir ins�r� d'autres discours, il ajoute ce qui suit. Le
Verbe de Dieu qui est avant les si�cles, et qui a re�u du P�re
l'honneur, et la gloire est ador� comme Dieu.
[156] Ces passages,
et quelques autres font voir qu'Eus�be a tenu la doctrine d'Arius,
si ce n'est que quelqu'un veuille dire qu'il avait compos� cet
ouvrage avant que de reconna�tre, et d'embrasser la v�rit�. Le
saint Concile ayant d�fini que le Fils de Dieu est de m�me
subsistance que son P�re, et qu'il est �ternel comme lui, composa
un Symbole o� il expliqua la divinit� du P�re et du Fils, et qu'il
finit par ces paroles, dont le r�gne n'aura point de fin. Car
la doctrine qui regarde le saint Esprit ne fut ajout�e que dans le
second Concile tenu contre les erreurs de Mac�donius, o� ces
questions furent agit�es.
[160] L'Empereur
�gal aux Ap�tres t�moigna aux �v�ques la joie qu'il avait de voir
leurs diff�rents termin�s, et la paix r�tablie parmi eux. Il baisa
les pr�cieuses marques que quelques-uns portaient de leur foi, et
les parties de leurs corps o� ils avaient souffert pour le
confession du nom du Sauveur, et ne pouvait se lasser de les
f�liciter du bonheur de leurs souffrances. Il ne voulut, ni lire, ni
juger les requ�tes qui lui avaient �t� pr�sent�es contre quelques
�v�ques. Mais il les jeta au feu, en disant ces paroles : Si je
voulais un �v�que faire une mauvaise raison, je le couvrirais de ma
robe. Il les mena ensuite dans sa ville Imp�riale, afin qu'ils
attirassent sur elle par leurs pri�res les b�n�diction du ciel, et
qu'ils �lussent un patriarche en la place de M�trophane qui �tait
mort. Ce qu'ils firent en �lisant Alexandre, apr�s quoi ils s'en
retourn�rent chacun en leurs �glises fort satisfait des honneurs, et
des pr�sents qu'ils avaient re�us de la lib�ralit� de Constantin.
[164]
H�l�ne m�re de ce prince mourut � l'�ge de quatre-vingts ans, et fut
enterr�e avec une grande magnificence dans l'�glise des saints
Ap�tres. L'Empereur ayant entrepris la guerre contre les Perses se
rendit par mer � Soscropole, que l'on appelle maintenant Pith�e, y
prit le bain des eaux chaudes qui y sont, et y fut a ce que l'on
dit, empoisonn� par ses fr�res de p�re. �tant all� de l� �
Nicom�die, il y mourut d'une lente maladie, � l'�ge de soixante et
cinq ans, dont il en avait r�gn� trente-deux, Constance �tant parti
en diligence d'Antioche o� il s'opposait aux desseins des Perses,
arriva assez t�t pour assister � sa mort, et pour prendre soin de sa
pompe fun�bre, et pour la rendre tr�s magnifique. Le corps fut
d�pos� dans une galerie de l'�glise des saints Ap�tres. Ce c�l�bre
Empereur fut accus� d'avoir lev� de trop grandes sommes d'argent, et
d'en avoir fait une trop grande profusion. Ainsi la grandeur de sa
d�pense au lieu d'�tre attribu�e � magnificence ne devrait �tre...
Interrompons notre discours pour ne rien dire contre un si grand
Prince.
[170]
C'est ce qui a donn� lieu � l'impie Julien de feindre dans
le livre des C�sars, un Dialogue o� Mercure demande quel est le
caract�re d'un bon Empereur, et o� Constantin r�pond, que
c'est d'avoir, et de d�penser beaucoup. On dit qu'il aimait les
sciences, et qu'il ne s'y �tait pas moins adonn� qu'aux armes. Il
parlait bien, et s'insinuait agr�ablement dans l'esprit. On dit
qu'il ha�ssait les m�chants, et qu'il disait qu'un Empereur ne
devait rien �pargner non pas m�me son propre corps quand il
s'agissait de conserver la tranquillit� publique. Il usait au
contraire de cl�mence envers ceux qui quittaient le crime, & disait
que s'il fallait couper les membres pourris de peur qu'ils ne
g�tassent le reste du corps, il fallait conserver ceux qui
commen�aient � gu�rir.
CONSTANTIN,
CONSTANCE, ET CONSTANT.
[175] Lorsque le
grand Constantin e�t pris possession du Royaume du Ciel, l'Empire
qu'il avait poss�d� sur la terre fut partag�, comme quelques-uns
disent suivant les ordres qu'il en avait donn�s, ou par un pur effet
du contentement de ses fils: Enfin de quelque autorit� qu'ait
proc�d� le partage, voici quel il fut. Constant eut l'Italie, Rome,
l'Afrique, la Sicile avec les autres �les, l'Illyrie, la Mac�doine,
l'Aca�e, et le Peloponn�s. Constantin eut les Alpes surnomm�es
Cottiennes dc Cottrus qui en �tait autrefois Roi, les Gaules, & le
d�troit des Pyr�n�es jusqu'au d�troit qui s�pare l'Espagne du pays
des Maures. Constance eut tout ce que les Romains poss�daient en
Orient, la Thrace, et la Ville que l'Empereur, son p�re avait
fond�e.
[181] D�s que ce
partage fut achev� il s'alla opposer aux courses que les Perses
avaient commenc� de faire sur les terres des Romains aussit�t qu'ils
avaient appris la mort du grand Constantin. Il s'�leva
cependant un diff�rent entre Constantin et Constant, couchant la
division de leurs provinces, le premier pr�tendant que le second
devait lui c�der une partie de ce qu'il retenait, ou qu'au moins ils
devaient faire ensemble un nouveau partage. Comme Constant
pr�tendait maintenir le partage qui avait �t� fait, et ne voulait
rien rel�cher de ce qui lui �tait �chu, Constantin prit les armes,
et entra dans son pays. Constant qui �tait alors en Dacie envoya des
troupes en h�te contre celles de son fr�re dans la r�solution d'y
aller bient�t lui-m�me avec de plus puissantes forces. Lorsque ceux
qu'il avait envoy�s furent proche de Constantin, ils dress�rent une
embuscade, commenc�rent le combat, et prirent la fuite. L'arm�e de
Constantin les ayant poursuivis, elle trouva d'un c�t� ceux qui
sortirent de l'embuscade, et de l'autre les fuyards qui �taient
retourn�s � la charge, et fut de la sorte accabl�e par la multitude.
Constantin fut tu� dans le combat, car son cheval s'�tant cabr� �
cause d'une blessure qu'il avait re�ue, et l'ayant jet� � terre, il
y fut perc� de plusieurs coups. Voil� comment il d�chut de ses
pr�tentions, et comment il perdit la vie, et l'Empire en punition de
l'injustice par laquelle il voulait usurper les �tats de son fr�re.
Constant devint ainsi ma�tre de tout l'Empire d'Occident, mais parce
qu'il s'abandonnait aux plus inf�mes plaisirs, et qu'il vivait dans
le dernier d�bordement, il p�rit par un effet de la trahison de
Magnence auquel il avait autrefois sauv� la vie, en le retirant
d'entre les mains des soldats mutin�s, qui avaient d�j� tir� leurs
�p�es pour se jette sur lui.
[192] Constance
�tait cependant occup� en Orient � faire la guerre � Sapor roi
des Perses, fils naturel de Narsez. Il avait eu trois fils de sa
premi�re femme, savoir Adanarse, Hormisdas, et un autre. Lorsqu'il
mourut, il e�t pour successeur Adanarse son fils a�n�. Mais sa
cruaut� le rendit si odieux � ses sujets, qu'ils le d�pos�rent. Je
rapporterai en cet endroit une preuve de la malignit� de son
naturel. Narsez son p�re lui ayant fait voir un jour une tente de
peaux de boeuf de diff�rentes couleurs qu'on lui avait apport�e de
Babylone, et lui ayant demand� s'il la trouvait belle, il r�pondit,
que quand il serait sur le tr�ne, il en ferait faire une plus belle
qui serait toute de peaux d'hommes. Voil� comment il faisait
para�tre son inhumanit� d�s son enfance.
[203]
D�s qu'il e�t �t� d�pouill�
de la souveraine puissance, Sapor en fut rev�tu, qui mit � l'heure
m�me Hormisdas en prison, et creva les yeux � son autre fr�re. La
m�re, et la femme du premier ayant gagn� ses gardes le visit�rent,
et lui donn�rent une lime, avec laquelle il lima ses cha�nes pendant
qu'on lui tenait des chevaux, et des courriers tout pr�ts pour
l'enlever. Sa femme ayant donc fait un festin � ses gardes, lors
qu'apr�s avoir bien mang�, et bien bu, ils furent dans un profond
sommeil, Hormisdas qui avait rompu les cha�nes, et ouvert la porte
de sa prison, s'�chappa, et se retira chez les Romains, dont il fut
re�u fort civilement. Sapor au lieu de t�moigner du d�plaisir de son
�vasion, n'en t�moigna que de la joie, comme se trouvant d�livr� de
I'appr�hension que lui causait sa pr�sence. Aussi bien loin de le
redemander comme un fugitif, il lui envoya sa femme. Cet Hormisdas
avait une force de corps tout � fait extraordinaire, et une si
grande adresse � jeter son javelot, qu'en le jetant il disait en
quel endroit il frapperait l'ennemi. Il servit Constance contre sa
nation, et commanda des troupes de cavalerie.
[213]
Cet Empereur donna
divers combats aux Perses, et y perdit toujours une partie de ses
gens. Les Perses y perdirent aussi quelques-uns des leurs, et Sapor
m�me y fut bless�. Magnence crut que le mauvais succ�s de cette
guerre lui fournissait une favorable occasion d'usurper la
souveraine autorit� � laquelle il aspirait depuis longtemps avec une
extr�me ambition. Il invita donc � un festin les principaux de la
ville d'Autun, sous pr�texte de c�l�brer son jour natal.
Quelques-uns des invit�s avaient eu communication de son
dessein, et les autres n'en avaient aucune connaissance. Apr�s avoir
continu� le festin bien avant dans la nuit, il se leva de table, et
se retira avec les marques de la dignit� Imp�riale, et avec un grand
nombre de gardes.
[219] Ce spectacle
�tonna ceux qui ne savaient rien de son dessein. Mais il gagna les
uns par ses discours, et emporta les autres de force. Il entra donc
avec eux dans le Palais, fit des largesses au peuple, mit des gardes
aux portes de la ville, avec ordre d'y laisser entrer tous ceux qui
le voudraient, et de n'en laisser sortir personne de peur que son
entreprise ne fut trop t�t publi�e. Il envoya � l'heure m�me des
gens de guerre pour faire mourir Constant. Il prenait alors le
divertissement de la chasse, � laquelle il �tait passionn�ment
adonn�, bien qu'il f�t presque toujours tourment� de la goutte qu'il
s'�tait attir�e par son intemp�rance. La chasse n'�tait quelquefois
qu'une couleur, dont il se servait pour cacher ses plaisirs, et pour
d�rober aux yeux du public les inf�mes divertissements que l'on
disait qu'il prenait avec de jeunes gar�ons d'une exquise beaut�, et
les rares parures entretenaient le feu de sa brutale passion. Il
recherchait aussi la solitude des for�ts � dessein de s'�loigner de
la pr�sence des personnes sages, et mod�r�es. Ceux que Magnence
avait envoy�s le trouv�rent proche du Rh�ne o� il s'�tait endormi au
retour de la chasse, et le tu�rent avec un petit nombre de
gardes qui �taient autour de lui. Quelques �crivains racontent l�
mort avec d'autres circonstances, et disent que quand il apprit la
conspiration, et
qu'il se vit abandonn� des siens, il se retira dans une �glise, et
il se d�pouilla de ses ornements, et d'o� il fut tir� de force, et
ensuite tu� en la dix-septi�me ann�e de son r�gne, et en la
trenti�me de son �ge.
[229]
On dit que l'Empereur son p�re fit autrefois
faire son horoscope, et que les astrologues pr�dirent qu'il serait
tu� sur le sein de son a�eule. La circonstance du sein de son a�eule
fut cause, parce qu'elle mourut avant lui. Mais la pr�diction du
lieu du massacre ne laissa pas d'�tre vraie. Il fut massacr� dans
une petite ville � laquelle on avait donn� le nom de l'Imp�ratrice
H�l�ne, et trouva dans sa mort tragique la peine de la vie
voluptueuse. Magnence s'�tant si heureusement rendu ma�tre de
l'Empire, se r�solut de tuer tout ce qu'il y avait de personnes
consid�rables dans l'�tat. Il les manda pour cet effet par des
lettres �crites sous le nom de Constant, et on fit assassiner la
plus grande partie sur les chemins, sans �pargner ceux qui avaient
favoris� sa r�volte, et conspir� avec lui contre leur souverain.
Pendant qu'il travaillait ainsi � affermir la puissance qu'il avait
usurp�e,
[237]
Constance qui avait appris la mort de Constant son
fr�re, doutait s'il devait continuer la guerre contre Sapor, ou
tourner les armes contre l'usurpateur pour venger la mort de son fr�re, et se rendre ma�tre de l'Empire d'Occident. Sapor qui avait
appris aussi bien que Constance la mort de Constant crut devoir
tirer avantage de l'occasion, entre sur les terres des Romains � la
t�te d'une formidable arm�e, prend plusieurs forts, et met le si�ge
devant Nis�be. Cette ville faisait autrefois partie de l'Arm�nie.
Mais elle fut prise par les Romains sur Mithridate, auquel Tigrane
roi d'Arm�nie l'avait donn�e en faveur de mariage. Sapor l'ayant
donc assi�g�e, employa toute sorte de machines pour la prendre, et
surtout des b�liers, et des mines, les assi�g�s se d�fendirent
vaillamment, de sorte que Sapor d�sesp�rant de les prendre par
force, t�cha de les s�duire par la disette des choses les plus
n�cessaires.
[245]
ll d�tourna pour cet effet le cours du fleuve qui
passait au milieu de la ville. Mais cet artifice ne lui ayant de
rien servi, parce que les assi�g�s avaient une quantit� suffisante
d'eau de puits, et de fontaines, il eut recours � un autre
stratag�me, qui fut de remonter � la source du fleuve, o� il est
extr�mement serr� entre des montagnes, d'en arr�ter le cours en cet
endroit l� par une digue, et puis de rompre la digue, et de l�cher
l'eau, dont la pesanteur et la violence ne manqua pas d'abattre une
partie de la muraille. Quand les Perses virent la ville ouverte, ils
ne se h�t�rent pas d'y entrer, tant parce que la nuit �tait proche,
que parce qu'ils esp�raient s'en rendre ma�tres le jour suivant sans
s'exposer au moindre hasard. Cependant les habitants bien
qu'�pouvant�s de la chute de leur muraille ne perdirent pas pour
cela courage, et travaill�rent toute la nuit a la r�parer. A la
pointe du jour Sapor condamna sa n�gligence, et ne laissa pas
n�anmoins de tenter divers moyens pour le rendre ma�tre de la place.
Il y perdit de la sorte vingt mille hommes, et leva enfin le si�ge
sur la nouvelle que les Massag�tes avaient fait irruption en Perse.
Constance eut donc moyen de r�parer les fortifications de Nisibe, et
d'y mettre toute sorte de rafra�chissements. Quand il se vit en
repos, et en assurance du c�t� d'Orient, il marcha vers l'Occident,
o� il apprit que V�tranion �tait d'intelligence avec Magnence.
[256]
Il
commandait les troupes d'Illyrie lorsqu'il re��t la nouvelle
de la r�volte de Magnence, et du meurtre de Constant, et au lieu de
suivre le parti de l'usurpateur, il en forma lui-m�me un nouveau, et
ne laissa pas d'�crire � l'Empereur pour l'exhorter � r�primer
l'insolence du rebelle, et pour l'assurer qu'il s'opposerait de
toute sa puissance � sa r�volte. Il ne laissa pas de traiter avec
Magnence, et quand ils furent d'accord, ils envoy�rent une ambassade
� Constance pour lui proposer de mettre les armes bas, et lui offrir
le premier rang. Ces ambassadeurs rencontr�rent Constance � H�racl�e
ville de Thrace. Comme il repassait leur proposition par son esprit,
et qu'il �tait agit� d'inqui�tudes, il eut un songe durant lequel il
crut voir Constantin son p�re qui tenait Constant son fr�re par la
main, et qui lui disait Constant votre fr�re quoi que descendu d'une
longue suite d'Empereurs a succomb� sous l'injustice, et sous la
violence d'un rebelle. Vous �tes oblig� de venger sa mort, et
d'emp�cher le d�membrement de l'Empire . H�tez-vous donc de r�primer
l'insolence de l'usurpateur. D�s que Constance fut �veill� il
commanda de mettre les ambassadeurs en prison, et se rendit �
Sardique.
[266] V�tranion �tonn� de l'arriv�e si prompte de l'Empereur
alla au devant de lui comme au devant de son ma�tre, et renon�a au
trait� qu'il avait fait avec Magnence, et � toutes les pens�es de
r�bellion. Constance le re��t civilement, lui fit l'honneur de le
mettre � sa table. La posture soumise, et respectueuse o� il avait
vu Vetranion lui avait sans doute inspir� ces sentiments de
cl�mence. Car ce rebelle avait pos� les marques de la dignit�
Imp�riale, s'�tait prostern� devant lui en habit de personne priv�e.
Ce fut ce qui porta Constance � l'appeler son p�re, � lui tendre la
main pour le soutenir, � le mettre � sa table, et � lui
assigner Pruse ville de Bithynie pour sa demeure, et des terres pour
sa subsistance. Il y passa six ans agr�ablement, et y mourut d'une
mort tranquille. L'Empereur marcha incontinent apr�s contre
Magnence, qui de Milan o� il �tait, avait envoy� dans les
Gaules D�cence son fr�re avec le titre de C�sar, pour y veiller � la
d�fense de ces importantes provinces. Sapor faisait cependant
un effroyable d�g�t en Orient, o� il ne trouvait nulle r�sistance.
Quand il fut las de courir, et de piller nos terres, il
retourna en son pays avec un riche butin, et un nombre innombrable
de prisonniers.
[276] L'empereur se
sentant press� de deux c�t�s, et un nombre d'ennemis et
d'inqui�tudes, chargea Gallus son cousin du soin de la guerre
d'Orient, apr�s lui avoir donne la dignit� de C�sar, et Constantie,
sa s�ur en mariage. Gallus C�sar �tant ainsi parti pour l'Orient,
Constance se pr�para � la guerre contre Magnence, il souhaita
pourtant de la terminer par un accord, de peur que ses sujets ne
trempassent leurs armes dans le sang de leurs proches, et pour cet
effet il envoya des personnes illustres en ambassade vers
l'usurpateur, avec une lettre par laquelle il lui promettait de lui
accorder amnistie de tout le pass�, pourvu qu'il m�t bas les armes,
et de le laisser jouir de l'autorit� souveraine dans l'�tendue des
Gaules. Magnence n'ayant rien de mod�r� dans ses pr�tentions, rejeta
les offres qui �taient faites, et pr�f�ra la guerre � la paix. Il
crut en devoir venir d'autant plus promptement aux mains, qu'un de
ses tribuns nomm� Sylvain l'avait abandonn� pour le rendre �
l'Empereur. Les deux arm�es s'�tant camp�es assez proche l'une de
l'autre, les deux chefs exhort�rent chacun leurs gens � faire
para�tre leur valeur. Magnence exhorta aussi ses soldats � lui �tre
fid�les, et leur promit de grandes r�compenses. Ils rang�rent leurs
arm�es en bataille de part et d'autre, et perdirent la meilleure
partie de la journ�e sans rien entreprendre.
[285]
Magnence eut aussi
recours � la magie, et �couta le conseil que lui donna une vieille
de sacrifie rune jeune fille, et de m�ler son sang avec du vin, et
de le donner � boire aux soldats, pendant qu'elle prononcerait
certains termes myst�rieux, et qu'elle invoquerait les D�mons, Le
combat ayant �t� commenc� sur le soir, il demeura
quelque temps douteux. Mais enfin l'Empereur remporta la victoire,
et plusieurs du parti de l'usurpateur furent tu�s sur la place.
Alors il ne mit plus l'esp�rance de son salut que dans la suite, et
pour faire accroire qu'il avait �t� tu�, il prit l'habit d'un
soldat, laissa aller son cheval sans lui �ter les ornements de la
dignit� Imp�riale, afin que ceux qui le verraient de la sorte,
crussent que l'Empereur avait �t� tu�, et qu'ils perdissent l'envie
de le poursuivre.
[291]
On dit que Constance ayant d�couvert le matin
suivant d'une hauteur o� il �tait mont�, la plaine qui avait servi
de champ � la bataille, il versa des larmes, et t�moigna plus de
regret de la perte des morts, que de joie de sa victoire. De
quatre-vingt mille hommes qu'il avait eus dans son arm�e, il en
avait perdu trente mille dans le combat, et de trente-six mille
qu'avait eu Magnence, il en �tait mort vingt-quatre mille. Il
commanda d'enterrer �galement tous les morts sans distinction de
parti, et de panser les bless�s, et tous ceux qui donnaient encore
quelque marque de vie. Magnence s'�tant heureusement sauv� rallia
ceux qu'il put trouver de son parti qui s'�taient �chapp�s de la
d�faite, en fit venir d'autres et envoya un s�nateur en ambassade �
Constance. Mais ce Prince persuad� qu'il n'�tait venu qu'� dessein
de d�couvrir l'�tat de son arm�e lui refusa audience. Magnence
envoya apr�s cela des �v�ques pour implorer sa cl�mence, et pour lui
demander permission de servir sous ses enseignes, comme un simple
volontaire. Ces pr�lats ayant �t� cong�di�s sans r�ponse favorable,
et Constance �tant parti � l'heure m�me vit diminuer le parti de son
ennemi par le concours de plusieurs qui l'abandonnaient chaque jour,
qui lui remettraient les places qu'ils gardaient, et qui se
soumettaient � son ob�issance.
[299] L'usurpateur esp�rant plus aucune
gr�ce, fit de nouvelles lev�es dans les Gaules, et se pr�para � la
guerre. Pour faire quelque sorte de diversion, et pour susciter
d'autres affaires � l'Empereur, il envoya � Antioche un homme qu'il
avait suborn� pour assassiner Galius. Cet assassin pour se mieux
cacher alla demeurer hors la ville dans la cabane d'une vieille �le
long des bords de l'Oronte, qui fut ainsi nomm� du nom d'un ils de
Cambyse Roi des Perses, lequel avait �t� noy� dans ses eaux. Il
s'appelait avant cela Ophite. Lorsque l'assassin eut gagn� plusieurs
soldats, et qu'il crut avoir fort bien pr�par� son dessein, il s'en
entretint un soir en soupant dans sa cabane sans se d�fier de la
vieille qu'il tenait incapable d'entendre ce qu'il disait. Elle
l'entendit pourtant fort bien, sans faire semblant de l'entendre, et
lorsque le conjur� eut bu avec exc�s, et qu'il se fut endormi, elle
sortit secr�tement de s� cabane, et alla � Antioche, o� elle avertit
Gallus de la conjuration form�e contre lui. Il envoya � l'heure m�me
arr�ter le coupable, qui ayant �t� press� par la douleur de la
question, avoua toute l'affaire, qui fut termin�e par son ex�cution,
et par celle de ses complices.
[306]
Cependant Magnence ayant lev� de
nouvelles troupes donna un second combat, o� il fut encore d�fait,
et mis en d�route. Ses soldats ne voyant aucune apparence de
ressource, crurent qu'il y aurait de l'extravagance � s'opini�trer �
soutenir un parti tout � fait ruin�, et r�solurent de se saisir de
lui, et de le livrer � l'Empereur. Ayant donc entour� le lieu o� il
logeait, ils l'envelopp�rent comme s'ils eussent en dessein de lui
servir de gardes, de peur qu'il ne leur �chapp�t. Lorsqu'il reconnut
leur intention, il se porta avec une fureur d�sesp�r�e � tuer tout
ce qu'il avoir de parents, de proches, et d'amis, � donner plusieurs
coups � D�sid�rius son fr�re, dont aucun ne se trouva mortel,
et enfin � se tuer soi-m�me, de peur de tomber entre les mains de
Constance, et de souffrir avant la mort un long supplice.
[312]
D�cence
son fr�re auquel il avait donn� le titre de C�sar, n'eut pas sit�t
appris cette nouvelle, que d�sesp�rant de soutenir son parti
s'�trangla dans les Gaules. D�sid�rius gu�rit des blessures que
Magnence son fr�re lui avait faites, et se rendit volontairement �
Constance. Ce prince reprit de la sorte tout ce que Magnence avait
usurp�, se vit en possession par sa mort de tous les �tats de
Constantin son p�re. L'Occident �tait alors en repos. Mais l'Orient
�tait en trouble. Gallus enfl� de fa fortune usait insolemment de
son pouvoir dans Antioche, et traitait injurieusement les peuples,
tant par sa propre inclination qu'� la persuasion de sa femme.
[318]
L'Empereur qui appr�hendait que press�s par l'impatience, et par le
d�sespoir, ils n'excitassent une guerre civile, envoya � Antioche
Domitien pr�fet du Pr�toire homme d'un �ge avanc�, avec un ordre
secret de persuader � Gallus de s'en retourner � Constantinople.
Mais au lieu de m�nager adroitement une affaire de cette importance,
il ordonna ouvertement � Gallus d'aller trouver Constance, et le
mena�a de retrancher les vivres � ses gens, s'il ne partait �
l'heure m�me. Gallus qui �tait naturellement fort port� � la col�re
le fit arr�ter et garder par les soldats, et parce que le tr�sorier
nomm� Montius lui repr�senta que c'�tait une entreprise qui tendait
� une r�bellion manifeste, il le fit charger de cha�nes. �tant
ensuite excit� � la vengeance par les discours de sa femme, dont
l'humeur �tait extraordinairement imp�rieuse, et violente, il les
mit tous deux entre les mains des gens de guerre qui les trait�rent
outrageusement par la place publique, et qui apr�s leur avoir fait
souffrir divers tourments les jet�rent enfin dans l'Oronte.
[323] Quand la
nouvelle de cette ex�cution eut �t� port�e � Constance, il envoya
des gens de guerre pour lui amener Gallus. Ne pouvant se dispenser
d'ob�ir, il fit partir Constantie sa femme la premi�re, afin
qu'elle apais�t l'Empereur son fr�re. Mais elle mourut en
chemin. D�s que Constance sut sa mort, il d�pouilla Gallus de la
dignit� de C�sar, et le rel�gua. Peu apr�s il envoya � la
suspication de quelques-uns de sa Cour des soldats pour le tuer.
Puis s'�tant repenti d'avoir donne cet ordre, il le r�voqua. Ceux
qui �taient charg�s de cette r�vocation furent retenus par les
ennemis de Gallus, et principalement par l'eunuque Eus�le qui avait
la charge de grand Chambellan, et qui �tait en grand cr�dit aupr�s
de l'Empereur : de sorte qu'ils n'en avertissent point ceux qui
devaient tuer Gallus qu'apr�s qu'il eut �t� ex�cut�. Voil� de quelle
mani�re il fut enlev� du monde.
[330] Sylvain
excellent homme de guerre fut envoy� en ce temps-l� vers le Rhin
pour r�primer les courses, et les irruptions des belliqueuses
nations qui habitent au del� de ce fleuve. Mais l'Empereur ayant
trop l�g�rement ajout� foi selon son inclination et sa coutume � des
rapports d�savantageux qu'on lui avait faits de ce g�n�ral, prit
r�solution de le perdre. D�s que Sylvain en eut avis, il se d�clara
ouvertement contre l'Empereur, et prit l'habit de C�sar. Cette
r�volte n'e�t aucune suite, parce qu'Ursicin que Constance avait
envoie pour l'assoupir, eut l'adresse de gagner par argent quelques
soldats pour leur faire assassiner le rebelle.
[336] Comme
Constance retournait d'Occident � Constantinople, il re�ut dans la
ville de Sirmium des ambassadeurs de Sapor, qui lui redemand�rent la
M�sopotamie, et l'Arm�nie, comme des provinces qui depuis longtemps
avaient appartenu aux Perses, moyennant quoi ils entretiendraient la
paix, sinon qu'ils prendraient les armes. Constance leur fit
r�ponse, qu'il s'�tonnait de ce qu'ils ignoraient que les Perses
avaient autrefois �t� sujets des Mac�doniens, et que les Romains en
soumettant les Mac�doniens, � leur ob�issance, y avaient aussi
soumis les Perses. Sapor irrit� de cette r�ponse, prend les armes,
assi�ge Nisibe, et en ayant �t� repouss�, attaque d'autres villes
avec aussi peu de succ�s, et enfin se rend ma�tre de celle d'Amide.
[344] Cependant
Constance ne se trouvant pas capable de gouverner seul un Empire qui
n'avait point d'autres bornes que celles de l'univers, manda
d'Ath�nes Julien fr�re de Gallus, le d�clara C�sar, et lui donna en
mariage H�l�ne sa soeur. On dit qu'au temps que sa m�re �tait
enceinte de lui, elle eut un songe, o� elle crut accoucher, et
mettre Achille au monde. D�s qu'elle fut �veill�e, elle raconta son
songe � son mari, et au m�me instant accoucha de Julien, presque
sans douleur. Cette naissance extraordinaire ayant donn� lieu au
p�re, et � la m�re de concevoir de grandes esp�rances de leur fils,
ils le mirent entre les mains d'Eus�be �v�que de Nicom�die, afin
qu'il lui enseign�t les saintes �critures.
[348] Constance
l'ayant donc d�clar� C�sar, comme je viens de le dire, l'envoya dans
les Gaules avec fort peu de troupes, ce qui fit juger qu'il avait
moins dessein de l'associer � l'Empire, que de lui tendre un pi�g�
en l'exposant aux ennemis sans lui donner des forces suffisantes
pour leur r�sister. Le bonheur seconda pourtant de telle sorte ses
entreprises, qu'il vainquit les ennemis, et apr�s m�me qu'ils eurent
amass� de nouvelles troupes, et qu'ils furent revenus l'attaquer, il
les d�fit une seconde fois, en tailla en pi�ces un grand nombre, en
poussa un grand nombre dans un fleuve, o� ils se noy�rent, et en
prit un grand nombre prisonniers. On dit que la d�livrance d'onze
mille Romains fut le fruit de cette victoire. Il f�t apr�s cela la
guerre aux Allemands avec un pareil bonheur, leur accorda la paix,
et retira les prisonniers qu'ils avaient entre leurs mains.
[353] La prosp�rit�
de ses armes lui ayant inspir� de la vanit�, o� la connaissance
qu'il avait du naturel de Constance lui ayant donn� lieu
d'appr�hender les effets de la jalousie ; semblables � ceux qu
'avait senti Gallus son fr�re, il entreprit de secouer le joug de
son ob�issance. Il gagna d'abord l'amiti� de quelques tribuns qui
�branl�rent la fid�lit� des soldats, qui ayant excit� s�dition, le
proclam�rent Empereur, et tenant leurs �p�es nues, menac�rent
de le tuer, s'il n'acceptait cette dignit�. Il l'accepta de la sorte
pour �viter les effets de la col�re des gens de guerre, et peut-�tre
contre son inclination. On chercha longtemps un diad�me sans en
pouvoir trouver, et Julien protesta avec ferment qu'il n'en avait
point. On voulut employer un collier de femme pour en faire un, mais
il s'y opposa, en disant que cela blessait la biens�ance. Enfin un
tribun donna un carquant d'or enrichi de pierreries, que l'on lui
mit sur la t�te en forme de diad�me.
[359]
Il d�p�cha � l'heure m�me
Pentade ma�tre des offices avec des lettres pour l'Empereur, par
lesquelles il assurait que ce n'�tait point par son inclination
qu'il avait accept� le titre d'Empereur, mais par un effet de la
violence des gens de guerre,qui pour pouvoir esp�rer d'obtenir un
jour la r�compense de leurs services avaient refus� de combattre
sous lui en qualit� de C�sar. Il le suppliait par les m�mes lettres
de lui faire l'honneur de l'associer � l'Empire, ce qui serait sans
doute avantageux � l'�tat, et en ce cas-l� lui promit de lui envoyer
tous les ans des chevaux d'Espagne, selon la coutume, et des hommes
des Gaules. Dans la souscription, il ne prit que la qualit� de
C�sar, de peur que s'il e�t pris celle d'Empereur, Constance ne
rejet�t ses lettres, et ne refus�t de les lire.
[361] Il
les re��t � C�sar�e en Cappadoce, et en con��t une tr�s grande
col�re, qu'il t�cha pourtant de mod�rer en se tenant dans le
silence. Il commanda � l'heure m�me � son arm�e de marcher contre
les Perses, et au m�me temps d�p�cha L�onas questeur vers Julien
avec une lettre par laquelle il se plaignait de ce que sans son
contentement il avait accept� la qualit� d'Empereur, et lui
reprochait qu'il lui �tait honteux de l'avoir re�ue du suffrage
d'une multitude tumultueuse au lieu de l'attendre de son jugement.
Il lui conseillait ensuite de s'abstenir des fonctions d'une charge
o� il �tait parvenu par de mauvaises voies, et de se contenter
de celle qu'il tenait de lui. Outre cela il donna ordre � L�onas, de
casser le Pr�fet du Pr�toire, et le reste des officiers qui �taient
aupr�s de Julien, et d'en �tablir d'autres en leur place qu'il lui
avait nomm�s. Lorsque L�onas fut arriv� dans les Gaules, il d�clara
� Julien les intentions de Constance. Voici � peu pr�s le sens
de ce qu'il lui dit au nom de ce Prince.
[365] "Vous deviez
conserver le souvenir des gr�ces que vous aviez re�ues de ma bont�.
Je ne vous ai pas seulement �lev� � la dignit� de C�sar, mais j'ai
pris un soin tout particulier de vous d�s votre enfance, et vous ai
fait instruire dans le temps que vous �tiez orphelin, et que vous
n'aviez point d'autres parents qui se chargeassent de la peine de
votre �ducation."
Qui a �t�
cause, repartit Julien, que j'aie perdu mon p�re d�s mon bas �ge,
sinon celui qui l'a enlev� du monde ? Ne juge-t-il pas bien
que ce faux reproche qu'il me fait de des pr�tendus bienfaits n'est
propre qu'� renouveler le sentiment de ses v�ritables outrages, et �
aigrir ma douleur ? Il lut apr�s cela la lettre de Constance, o�
ayant trouv� le conseil qu'il lui donnait de quitter l'habit
d'Empereur, et de reprendre celui de C�sar, il dit qu'il le suivrait
pourvu que les l�gions y consentissent. L�onas qui appr�hendait
d'�tre mis en pi�ces par les gens de guerre, supplia Julien de ne
leur rien expliquer du contenu de la lettre de l'Empereur.
Comme il
d�lib�rait d'ex�cuter les ordres qu'il avait re�us, il se contenta
de prendre la r�ponse de Julien pour la porter � son ma�tre. Elle
�tait pleine d'invectives contre l'Empereur, de reproches des
injures qu'il avait faites � sa famille, de menaces de venger le
sang de ceux qui avaient �t� ex�cut�s � mort par une violence
tyrannique. Julien ayant cependant consid�r� qu'il avait � sa suite
un grand nombre de personnes affectionn�es � Constance, les renvoya
toutes, et se pr�para � la guerre civile.
[374] Sa femme mourut en
ce temps-l�. Quelques-uns disent qu'elle �tait encore alors avec
lui, et d'autres qu'il l'avait r�pudi�e. Julien ayant donc assembl�
ses troupes leur persuada de ne point perdre de temps, et
de pr�venir Constance. Il avait d�s lors renonc� au fond de son c�ur
� la Religion chr�tienne. Mais il tenait son apostasie secr�te par
l'appr�hension qu'il avait d'une grande partie des gens de guerre,
dont il connaissait la pi�t�. L'artifice dont il usa pour d�guiser
ses sentiments fut de permettre d'un c�te l'exercice de toute sorte
de Religions, et d'un autre de faire sa pri�re dans l'�glise des
Chr�tiens le jour de No�l, afin que les gens de guerre le crussent
de leur sentiment. Il donna ensuite les charges � ceux pour lesquels
il avait le plus d'estime, et d�clara qu'il n'avait point intention
d'employer ses armes contre Constance, mais seulement d'assembler
les troupes d'Orient, et d'Occident afin que d'un commun accord
elles �lussent un Empereur. Il avait aussi la vanit� de dire qu'il
savait le jour auquel Constance devait mourir, et qu'il lui avait
�t� r�v�l� pendant son sommeil par des vers qu'il r�citait, et dont
le sens �tait que Julien perdrait par la mort, l'Empire qu'il
exer�ait sur l'Asie, lorsque la plan�te de Jupiter se trouverait
dans le signe du verseur d'eau.
[384]
Constance retournait de la guerre
contre les Perses lorsqu'il mourut, et le Roi de Perse retournait au
m�me temps en son pays. L'inqui�tude dont il �tait agit� sur le
point d'entreprendre la guerre civile, lui causa une fi�vre, et un
d�voiement dont il mourut � Mopsicr�ne ville au pied du Mont Taurus.
On dit qu'en mourant il t�moigna le repentir de trois choses. De
s'�tre d�fait de ses proches. (Car il ne s'�tait pas d�fait
seulement de Gallus, mais encore de ses oncles.) D'avoir
d�clar� Julien C�sar; et d'avoir introduit des nouveaut�s dans la
Religion. Il usait de cl�mence envers ses sujets, gardait la justice
dans le jugement des affaires, la temp�rance dans son boire, et son
manger, et la biens�ance dans la distribution des charges, et des
emplois. Il n'admit jamais personne dans le S�nat qui ne f�t savant,
et qui ne f�t capable d'�crire en prose, et en vers. Pour ce qui est
de la Religion, il ne la conserva pas dans toute sa puret�. Au lieu
de suivre l'exemple de Constantin son p�re, il favorisa les erreurs
d'Arius. Il voulut � la suscitation d'Eus�be premier de ses �v�ques
contraindre Alexandre qui avait succ�d� � M�trophane dans le
gouvernement de l'�glise de Constantinople, de recevoir Arius � sa
communion, et sur le refus que cet �v�que en fit, il indiqua un
Concile. Comme le jour auquel le Concile avait �t� convoqu� �tait
proche, Alexandre entra seul dans l'�glise, et s'�tant
prostern� contre terre, pria Dieu de ne pas permettre qu'un loup
aussi furieux qu'Arius entr�t dans sa bergerie, protestant qu'il
serait plus ais� de mourir que de voir son troupeau en proie. Le
jour suivant, qui �tait celui auquel le Concile avait �t� convoqu�,
Arius parut avec une extr�me insolence; mais ayant �t� saisi d'une
grande douleur, il se retira dans un lieu secret ou il jeta ses
entrailles arec ses excr�ments, et p�rit mis�rablement.
[398] Le patriarche
Alexandre mourut heureusement
apr�s
s'�tre acquitt� l'espace de vingt-trois ans des fonctions du
Sacerdoce. Les Orthodoxes �lurent en sa place Paul qui durant la
pers�cution avait conseill� g�n�reusement le nom de J�SUS CHRIST.
Mais Constance �tant retourn� d'Antioche � Constantinople, le chassa
du si�ge �piscopal, pour mettre Eus�be auparavant �v�que de
Nicom�die, protecteur passionn� de l'Arianisme. Paul se r�fugia �
Rome, o� il obtint du Pape Jules son r�tablissement sur le si�ge de
l'�glise de Constantinople. Mais il en fut chass� une seconde fois
par ordre de l'Empereur, et tu� par la fureur des Ariens dans le
lieu de son exil. Macedonius qui fut surnomm� Pneumatomaque, � cause
de la guerre qu il avait d�clar�e au saint Esprit, fut �lev� par les
h�r�tiques sur le si�ge l'�glise de Constantinople d�s qu'Eus�be
l'eut laiss� vacant par sa mort. Il y tint un an, et eut la vanit�
d'�ter le corps de Constantin de l'�glise des saints Ap�tres, pour
le mettre dans celle de saint Acace martyr. En haine de quoi
Constance le rel�gua, et mit en sa place Eudoxe Arien, qui poss�da
dix ans cette dignit�, et remit le corps de Constantin dans l'�glise
d'o� il avait �t� tir� par son pr�d�cesseur. Le m�me Empereur fit
porter � Constantinople les corps de saint Andr�, & de saint Luc, et
les fit placer sous l'autel de l'�glise des saints Ap�tres par les
soins, et par le minist�re d'Art�me, qui �tait alors gouverneur
d'Alexandrie, et qui fut depuis c�l�bre
martyr et Sauveur. Ce Prince eut pour femme Eus�bie, qui avait une
excellente beaut�, mais qui fut peu heureuse dans son mariage, �
cause des indispositions continuelles, et de la froideur naturelle
de l'Empereur son mari. Elle en tomba dans une si profonde
tristesse, qu'elle mourut avant lui sans avoir jamais eu d'enfants.
Quelques-uns assurent qu'avant que de mourir elle perdit l'esprit
par la violence, et par la malignit� des vapeurs qui lui mont�rent
au cerveau. On dit que Constance �tait fort adroit � monter �
cheval, et � tirer, et que pour les lettres, il y avait �t� si bien
instruit qu'il faisait des vers.
JULIEN.
[410] LA nouvelle de
la mort de Constance n'eut pas sit�t �t� port�e � Julien, que les
l�gions firent de grandes acclamations en son honneur, et le
salu�rent en qualit� d'Empereur. Pour lui, il affecta de para�tre
triste et afflig� de la mort de Constance, ordonna qu'on en f�t un
deuil public, en prit l'habit, et quitta ses ornements Imp�riaux. Il
le rendit apr�s cela � Constantinople, d'o� le S�nat, et le peuple
sortirent pour aller au devant de lui, et pour le conduire dans le
Palais avec des cris de joie. Le corps de Constance ayant �t�
apport� peu apr�s sur un char, et conduit par son arm�e, pour �tre
mis dans l'�glise des saints Ap�tres, il alla au devant sans avoir
le front ceint de son diad�me, et le suivit par honneur. D�s
le commencement de son r�gne il fit mourir plusieurs personnes de la
Cour, en rel�gua plusieurs autres, et les d�pouilla de leur bien. Il
ajouta aux autres charges de l'Empire, le soin de juger, les
diff�rends des particuliers. Comme on plaidait un jour devant
lui une cause, o� il s'agissait d'une accusation de p�culat, et o�
l'accus� niait constamment qu'il e�t jamais d�tourn� les deniers
publics, l'accusateur lui dit: Seigneur, s'il suffisait � un accus�
de nier son crime, jamais personne ne serait trouv� coupable. Il lui
r�partit, s'il suffisait � un accusateur d'avancer des faits en
l'air, et s'il en �tait cru sur sa parole, jamais personne ne serait
trouv� innocent. Il donna audience � des ambassadeurs de diverses
nations, qui avaient �t� envoy�s vers Constance, fit la revue des
troupes, et r�forma une grande partie des officiers de sa maison.
Comme il avait un jour demand� un barbier, et que celui qui
avait autrefois servi Constance s'�tait pr�sent� � l'heure m�me dans
un �quipage fort propre, et fort leste, Julien, dit qu'il avait
demand� un barbier, et non un s�nateur, ni un homme de condition, et
le renvoya. Un cuisinier de la vieille Cour ayant paru un autre jour
devant lui, avec un trop bel habit, il envoya qu�rir le sien, et
demanda � ceux qui �taient pr�sents, lequel des deux ils prenaient
pour un cuisinier. Ils r�pondirent que c'�tait celui qui �tait le
plus mal habill�, et � l'heure m�me il ch�tia l'autre. Il ne faisait
tout cela que par vanit�, et qu'� dessein de para�tre temp�rant, et
tel qu'un vrai philosophe doit �tre. Il fit des largesses aux
soldats, et se pr�para � la guerre contre les Perses.
[429] Lorsqu'il cr�t
son autorit� bien affermie, il se d�clara ouvertement pour le
paganisme. J'ai d�j� dit que d�s auparavant il avait renonc� dans le
secret de son coeur � la religion chr�tienne, mais qu'il n'avait os�
faire protection publique de l'impi�t�. On dit qu'au temps qu'il
cachait comme sous la cendre d'une fausse modestie le feu de
l'ambition dont il br�lait, il consulta les devins pour savoir
s'il parviendrait � l'Empire, et que ce furent eux qui lui
corrompirent l'esprit, et qui l'engag�rent dans l'idol�trie. Lors
qu'il eut entre les mains l'autorit� qu'il avait si ardemment
souhait�e, il en usa si cruellement, que par un jugement
imp�n�trable de Dieu, il fit remporter � plusieurs la couronne du
martyre. La fureur dont il �tait anim� contre les Chr�tiens alla �
un tel exc�s qu'il leur voulut interdire l'�tude des lettres
profanes, sous pr�texte, que puisqu'ils les d�criaient comme des
fables, il n'�tait pas juste qu'ils en re�ussent aucun avantage, ni
qu'ils en tirassent des armes pour combattre l'ancienne religion. On
dit donc qu'en ce temps-l� auquel on d�fendait aux enfants la
lecture des po�tes pa�ens, Apollinaire fit en vers une paraphrase
des Psaumes, et que Gr�goire si savant en Th�ologie, composa
diverses po�sies, afin que les enfants des Chr�tiens s'en pussent
servir pour apprendre la langue grecque, et l'art de faire des vers.
[435] Julien permit aux Jjuifs de reb�tir leur temple en J�rusalem. Mais
comme ils commen�aient � creuser la terre pour jeter les
fondements, on dit qu'il en sortit un feu qui br�la les ouvriers, et
qui emp�cha la continuation de l'ouvrage. Il fit ex�cuter � mort
Eus�be eunuque pour avoir autrefois conseill� le meurtre de Gallus
son fr�re, et chassa de la Cour tous les autres eunuques. Comme il
se promenait un jour aux environs de Calc�doine, Maris �v�que de
cette ville l'appela perfide, et apostat. Il affecta de para�tre
mod�r� et patient, et au lieu de se venger de sa libert�, il
se contenta de lui dire: Retire-toi mis�rable, et d�plore la perte
de ta vue. Maris reprenant apr�s cela la parole lui dit : Je rends
gr�ces � J�SUS CHRIST mon Sauveur, de ce qu'il m'a envoy� cette
incommodit� qui m'emp�che de voir un visage aussi ex�crable que le
v�tre.
[441] Dans le temps qu'il se pr�parait � la guerre contre les
Perses, et qu'il �tait � Tarse ville c�l�bre de Cilicie, Att�me
pr�tre du temple d'Esculape lui demanda des colonnes qu'un �v�que en
avait tir�es pour les faire servir � son �glise. Il commanda �
l'heure m�me que les colonnes fussent remises aux d�pens de
l'�v�que dans le temple b�ti � Eges ville renomm�e de la m�me
province, en l'honneur d'Esculape. Les Pa�ens d�plac�rent aussit�t
une de ces colonnes, et la tra�n�rent avec de grands frais, et avec
beaucoup de peine jusques � la porte de l'�glise sans pouvoir jamais
la tirer plus loin. Mais apr�s la mort de Julien l'�v�que la releva
sans aucune peine, et la remit en sa place. Comme Julien �tait �
Daphn�, et qu'il y offrait souvent des sacrifices devant l'image
d'Apollon qui �tait un excellent ouvrage de l'art, les habitants
d'Antioche le raill�rent de sa superstition, et dirent qu'il �tait
un sacrificateur,et non un Empereur. Ils l'appel�rent bouc � cause
qu'il avait une grande barbe, qu'ils disaient �tre propre � faire
des cordes. Il repoussa ces railleries par d'autres railleries qu'il
f�t de la vanit� de leur d�licatesse, et de leur luxe, je ne
voudrais pas, dit-il, donner ma barbe pour faire des cordes, de peur
qu'elles ne fussent trop rudes, et que des mains aussi
d�licates que celles des Antiochiens n'en fussent �corch�es. Il fit
aussi une satire contre eux � l'occasion de l'aversion qu'ils
avaient t�moign�e de sa barbe. Il sacrifiait cependant des
h�catombes � Apollon pour obtenir de lui une r�ponse sur le succ�s
de la guerre, sur laquelle il le consultait. Mais comme l'oracle
demeurait dans le silence, il en demanda la raison aux pr�tres, qui
lui r�pondirent que leur Dieu �tait offens� de ce qu'il y avait des
corps morts enterr�s aux environs. Les corps qui y �taient, �taient
des corps de martyrs, et principalement de saint Babilas. L'Empereur
commanda qu'on les �t�t, et qu'on les m�t ailleurs. La nuit suivante
le tonnerre tomba sur le temple, et sur l'image d'Apollon, et les
consuma, mais attribuant ce malheur aux Chr�tiens, il commanda de
fermer leurs �glises, et d'ex�cuter � mort le c�l�bre Art�me, qu'il
accusait d'avoir �t� auteur de la mort de Gallus. Il fit aussi
souffrir le martyre � Eug�ne, et � Macaire pr�tres. Il le fit aussi
souffrir � Manuel, � Sabel, et � Ismael qui avaient �t�
envoy�s de Perse vers lui en qualit� d'ambassadeurs, et. enfin il le
fit souffrir � plusieurs autres.
[458] Au reste le
commencement de la guerre qu'il fit aux Perses fut assez heureux. Il
prit d'abord quelques villes, et tailla en pi�ces un grand nombre
d'ennemis, prit quantit� de prisonniers, et de bagage, et mit le
si�ge devant Ct�siphon. Mais le sort des armes s'�tant chang� tout
d'un coup, l'Empereur p�rit mis�rablement dans un pays �tranger avec
la plus grande partie de son arm�e. Comme les Perses d�sesp�raient
de vaincre les Romains � force ouverte, quelques-uns d'entre eux se
refus�rent de s'exposer a un p�ril �vident pour leur causer quelque
perte consid�rable. Il y en eut donc deux qui se pr�sent�rent comme
des transfuges � Julien, et qui lui promirent une victoire ais�e,
s'il voulait prendre le chemin court et assur�, qu'ils lui
montreraient pour entrer jusques dans le c�ur de la Perse, et s'il
br�lait ses vaisseaux, de peur qu'ils ne servissent � ses ennemis.
Ce pernicieux prince ajouta follement foi � ces promesses, et
quelques remontrances qu'Hormisdas et plusieurs autres lui puissent
faire pour l'emp�cher de tomber dans ce pi�ge, il mit le feu � ses
vaisseaux; il n'en r�serva en tout que douze, bien qu'il e�t au
commencement de la guerre sept cents gal�res, et quatre cents
b�timents propres � porter des vivres. Lorsque tous ses b�timents
eurent �t� r�duits en cendres, il �tait pr�t de suivre les guides
qui offraient de le conduire, et ne d�f�ra qu'� peine aux pressantes
instances des tribuns qui soutenaient que c'�taient des imposteurs,
et qui demandaient qu'on les m�t � la question. Quand on les y e�t
mis la violence des tourments tira de leur bouche la confession de
la v�rit�. Voil� la mani�re dont quelques-uns rapportent que Julien
fut tromp�.
[471] D'autres disent que comme il d�sesp�rait de se rendre
ma�tre de Ct�siphon, � cause de ses fortifications, et � cause aussi
que son arm�e manquait de vivres, il prit r�solution de se retirer.
Ils ajoutent que comme il se retirait les Perses charg�rent son
arri�re garde, et la mirent en d�sordre. Les Gaulois qui avaient �t�
mis derri�re pour la soutenir signal�rent leur valeur dans cette
rencontre et tu�rent non seulement un grand nombre non seulement
soldats, mais aussi d'officiers des Perses. Mais enfin les Romains,
�tant press�s par la faim, et n'ayant aucune connaissance du pays,
Julien sans savoir ce qu'il faisait, prit le chemin des montagnes.
Les Perses les y ayant attaqu�s � l'heure m�me, le sort des armes
fut fort diff�rent, l'aile droite des Romains ayant �t� d�faite, et
la gauche �tant demeur�e victorieuse. Comme Julien courait au
secours de ceux qui �taient press�s par les ennemis, et que ne
pouvant supporter la chaleur du soleil, ni la pesanteur de sa
cuirasse, il l'�ta, et fut bless� au c�t� d'un coup de fl�che. On
dit qu'il s'�leva un si grand vent, que l'air fut couvert d'un si
�pais nuage, et obscurci d'une si prodigieuse quantit� de poussi�re
que les deux arm�es avaient �lev�es, qu'on ne se pouvait plus
conna�tre, et qu'aucun ne sachant ni ce qu'il faisait, ni o�
il �tait, on ne put remarquer d'o� vint le trait dont l'Empereur fut
perc�, si bien que l'on doute encore s'il part�t de la main d'un
Romain, ou de celle d'un Perse, ou s'il fut envoy� du ciel. Ceux qui
croient que le coup venait du Ciel, disent que Julien re��t dans le
creux de sa main quelques gouttes de son sang, et que les jetant en
l'air il dit, tiens Nazar�en, voil� de quoi te rassasier. Sa vie
criminelle fut termin�e par cette mort sanglante. Son r�gne ne fut
que de deux ans. Les gens de guerre port�rent son corps �
Tarse, et l'enterr�rent dans un faubourg. On mit sur Ion tombeau une
�pitaphe, dont voici � peu pr�s le sens. Julien prince aim� de
ses sujets, et redout� de ses ennemis, g�t ici sur tes bords du
Cidne, o� il a �t� arr�t� par les eaux, de l'Euphrate, et par les
armes des Perses.
[486] Son corps fut
depuis tir� de l�, et port� � Constantinople. Il avait un d�sir
insatiable de la gloire, tirait vanit� des moindres choses. Il
souffrait volontiers que ses amis l'avertissent de ses fautes. Il
�tait habile en toute sorte de sciences, et surtout dans les plus
cach�es. Il �tait si temp�rant que jamais il ne crachait, et jamais
n'avait de rapports. Il avait accoutum� de dire qu'un philosophe
devait vivre dans une si extr�me mod�ration, qu'il devait presque
s'abstenir de respirer. On dit que pendant son sommeil il vit �
Antioche un jeune homme d'une chevelure blonde qui lui pr�dit qu'il
mourrait en Phrygie. C'est pourquoi d�s qu'il se sentit bless�, il
demanda le nom du lieu o� il �tait, et quand on lui eut r�pondu
qu'il s'appelait Phrygie, il s'�cria, � Soleil, vous avez perdu
Julien. On dit que sa mort fut sue dans Antioche le jour m�me
qu'elle arriva. On pr�tend qu'un homme du pays, qui y avait une
charge de judicature, et qui faisait profession de la m�me Religion
que Julien, vit une multitude d'�toiles dont l'assemblage
formait ces paroles, aujourd'hui Julien est tu� dans la Perse. Cette
vision fut l'occasion de la conversion de ce Juge. Au reste Julien
fut tu� de la sorte � l'�ge de trente et un an.
JOVIEN.
[498] Jovien, tribun
fut choisi pour remplir le tr�ne qui vaquait par la mort de Julien.
C'�tait un homme de pi�t�. Il �tait fils du Comte Varronien,
et r�futa d'abord l'autorit� qui lui �tait d�f�r�e, et quand on lui
en demanda la raison, il s'�cria, c'est que je luis Chr�tien, et que
je ne veux point commander � des Pa�ens. Les gens de guerre s'�tant
�cri� tout d'une voix, et comme de concert qu'ils �taient
Chr�tiens aussi bien que lui, il accepta la qualit�
d'Empereur, et fit avec les Perses un trait� peu honorable, mais que
le temps rendait n�cessaire. Il leur c�da deux villes c�l�bres
Ninive, et Singare, et en transf�ra ailleurs les habitants, qui
press�s par la violence de la douleur, lui parl�rent en des termes
fort �loign�s du respect qu'ils lui devaient. Il leur abandonna des
provinces et des droits qui appartenaient depuis longtemps aux
Romains. Lorsque les otages eurent �t� donn�s de c�t�, et d'autre,
les Romains partirent pour retourner en leur pays, mais ils
souffrirent de grandes incommodit�s durant tout leur voyage, et
furent extr�mement press�s par la faim et par la soif.
[508] Jovien �tant
pourtant retourn� � Antioche apr�s de longues fatigues, rappela tous
les Chr�tiens qui avaient �t� exil�s sous le r�gne pr�c�dent, et
principalement Athanase ce c�l�bre �v�que d'Alexandrie. D'Antioche
il se rendit � Tarse, o� il fit embellir le tombeau de Julien. Il
alla ensuite � Ancyre ville de Galatie et de l� � Dadastane qui n'en
est �loign�e que d'une journ�e, o� il mourut subitement,
quelques-uns disant que ce fut d'avoir mang� des champignons
empoisonn�s, car il ne mangeait rien que de fort commun. Les autres
assurent qu'ayant pass� la nuit dans un b�timent neuf o� l'on avait
allum� grande quantit� de charbon � cause de la rigueur du froid, la
chaleur du feu tira de la chaux une prodigieuse quantit� de vapeurs,
dont il fut �touff� durant son sommeil. On ajoute aussi qu'il avait
bu alors avec exc�s, et qu'il �tait fort adonn� au vin.
L'Imp�ratrice sa femme, et Varronien leur fils qui �taient partis
avec un �quipage magnifique pour l'aller trouver, ne purent arriver
avant sa mort.
[513] Les gens de guerre afflig�s de cet accident
s'assembl�rent � Nic�e pour y d�lib�rer touchant l'�lection d'un
autre Empereur. On en proposa plusieurs pour les �lever � cette
haute dignit�. Salluste Pr�fet du Pr�toire eut un grand nombre de
voix en sa faveur. Mais il s'excusait sur son �ge d'accepter cette
charge, et quand on la lui offrit pour son fils, il dit qu'il �tait
trop jeune, et qu'il avait trop peu d'exp�rience. Il nomma apr�s
cela Valentinien quoique absent, et son choix fut confirm� par le
suffrage de l'arm�e.
[518] Jovien e�t toujours de bons sentiments touchant
la Religion. Il fut d'un naturel lib�ral, et bienfaisant. Il ne
laissa pas d'avoir des d�fauts et d'�tre fort sujet au vin, et fort
adonn� � ses plaisirs. Il fut d'une haute stature, et e�t quelque
teinture des sciences. Comme il suivait un jour en qualit� de
tribun, l'Empereur Julien qui montait une hauteur, il marcha sur le
bas de sa robe, dont Julien prit un pr�sage qu'il serait son
successeur, et dit � l'heure m�me, plaise au Ciel que tu le sois,
quoi que tu sois un homme. Il r�gna un peu moins de huit mois. Son
corps fut port� � Constantinople, et enterr� dans l'�glise des
Saints Ap�tres, ou celui de Carito sa femme fut aussi mis depuis. Il
v�cut trente-trois ans..
VALENTINIEN.
[526] Vaentinien
ayant �t� �lu de la sorte fut ensuite proclam� Empereur, et rev�tu
des ornements convenables � cette haute dignit�. Salluste lui ayant
demand� � l'heure m�me la gr�ce d'�tre d�charg� de sa charge de
Pr�fet du Pr�toire en reconnaissance des offices qu'il lui avait
rendus pour m�nager son �lection, il lui dit, �tait-ce donc �
dessein de vous d�livrer enti�rement du soin des affaires publiques,
que vous me les avez mises entre les mains ? Il �tait de Pannonie et
faisait profession de la pi�t� chr�tienne, en haine de quoi il avait
�t� banni par Julien. Mais depuis il avait �t� rappel�, et honor�
d'une charge de tribun.
[534] Il avait une
grande force de corps, un z�le ardent pour la Justice, qui le porta
� r�primer tr�s s�v�rement les violences des Magistrats. Il avait
accoutum� de dire que le soin de faire observer la justice �tait le
principal soin que dut avoir un Souverain. Il associa Valens son
fr�re � l'Empire, lui laissa l'Orient, et alla en Occident, o� il
remporta plusieurs victoires sur diverses nations. Il d�clara
Empereur Gratien, qu'il avait eu de S�v�re sa femme avant que d'�tre
parvenu � l'Empire. Il �pousa Justine, bien que sa premi�re
femme v�c�t encore, et eut d'elle le jeune Valentinien, et trois
filles, savoir Justa, Grata, et Galla.
[540] Eudoxe qui avait de
mauvais sentiments, concernant la Religion, �tant mort sous son
r�gne, D�mophile, qui tenait les m�mes sentiments gouverna apr�s lui
l'�glise de la nouvelle Rome l'espace de douze ans. Ce fut
aussi sous son r�gne, et de son consentement qu'Ambroise fut �lu
�v�que de Milan. Quand il sut que Valens son fr�re favorisait
l'Arianisme, et contraignait chacun de l'embrasser, il l'en reprit
par ses lettres avec beaucoup dr force. Mais Valens, au lieu
de profiter de ces r�primandes, suivit plus aveugl�ment que jamais
le mouvement de sa passion.
[545] Rodane, grand Chambellan qui �tait
en grand cr�dit � la Cour de l'Empereur, ayant �t� accus� devant lui
d'avoir fait une injustice � une femme femme nomm�e B�r�nice, et le
crime ayant �t� clairement prouv�, Valentinien commanda qu'il lui
fit r�paration. Comme il se fiait en son cr�dit, et qu'il n�gligeait
de satisfaire aux ordres du Prince, B�r�nice se plaignit derechef de
ce qu'elle n'avait re�u aucune r�paration, alors l'Empereur lui �ta
la charge, et en un jour auquel on c�l�brait des jeux publics, le
fit promener devant le peuple pendant que des h�rauts r�citaient �
haut voix l'injustice qu'il avait faite � B�r�nice, et le
m�pris qu'il avait eu des ordres de l'Empereur. Il fut apr�s cela
br�l� et la confiscation donn�e � cette dame, qu'il avait outrag�e.
Au reste Valentinien mourut dans les Gaules � l'�ge de
quatre-vingt-quatre ans, dont il en avait r�gn� onze. Il
laissa Gratien son fils successeur de son Empire d'Occident.
VALENS.
[556] VAlens
partisan et d�fenseur des Ariens pers�cuta les Orthodoxes, et leur
fit souffrir de grands maux � la persuasion de Domnine sa femme.
Quatre-vingt pr�tres d�put�s par des Catholiques �tant all�s le
trouver � Nicom�die, il commanda qu'on les br�l�t avec le vaisseau
sur lequel ils �taient venus, ce qui fut ex�cut�. Le feu fut mis au
vaisseau en pleine mer, et les pr�tres furent br�l�s de la
sorte avec le vaisseau,qui arriva pourtant jusqu'aux environs de
Dacibize. Gr�goire le Grand Th�ologien a parl� de cette cruelle
ex�cution. Valens non content de pers�cuter les Orthodoxes, chassa
les �v�ques catholiques pour donner leurs �glises aux Ariens. On dit
que les Catholiques qui avaient �t� chass�s de l'�glise de Nic�e,
eurent recours au grand Basile, qui se chargea d'aller repr�senter a
Valens l'injustice de ce traitement. Quand il vit qu'il n'en pouvait
rien obtenir, il lui dit, faisons Dieu juge de ce diff�rend. Fermons
la porte de l'�glise, que les Ariens fassent leur pri�re pour en
obtenir l'ouverture, et s'ils l'obtiennent, qu'ils en jouissent. Que
s'ils ne la peuvent obtenir, nous ferons notre pri�re � notre tour,
et si la porte de l'�glise s'ouvre, vous nous permettrez de la
poss�der. Que s'il arrivait que notre pri�re ne f�t pas �cout�e de
Dieu, et que la porte demeur�t ferm�e, nous consentirons encore en
ce cas, que les Ariens demeurent en possession de l'�glise. Valens
agr�a la condition. L'�glise de la ville de Nic�e fut ferm�e. Les
Ariens pri�rent � la porte tout le jour, et se retir�rent sur le
soir sans avoir rien obtenu. Alors les Catholiques conduits par le
grand Basile s'approch�rent, et � peine eurent-ils commenc� leur
pri�re, que les serrures et les verrous se rompirent, et que les
portes s'ouvrirent pour donner entr�e aux fid�les. Valens permettait
aux pa�ens d'offrir des sacrifices, favorisait les Juifs, et ne
pers�cutai que les Orthodoxes.
[573] Comme il
partait pour s'aller opposer aux courses, et aux brigandages que les
Scythes faisaient dans la Thrace, et dans la Mac�doine, il fut
rencontr� par le c�l�bre Isac qui lui dit: Sachez que si vous
r�tabliriez les Orthodoxes dans la possession des �glises vous
retournerez victorieux, et que si au lieu de les r�tablir vous
continuez � faire la guerre � Dieu, vous ne rentrerez jamais dans
votre Palais. Ce prince impie irrit� de cette libert�, commanda que
l'on arr�t�t le serviteur de Dieu, et que l'on le gard�t jusques �
ce qu'il fut de retour. Isac lui dit alors, si vous revenez de ce
voyage, Dieu n'aura point parl� par ma bouche. Valens eut ensuite un
songe o� il crut voir un homme qui lui disait, qu'il part�t
promptement pour aller trouver le grand Mimas, et pour �tre accabl�
des douleurs de la mort. Quand il fut �veill� il demanda ce que
c'�tait que Mimas. Un homme savant qui �tait � sa suite, car en ce
temps-l� les cours des Empereurs avaient des hommes savants, et
pl�t � Dieu qu'elles en eussent encore aujourd'hui.! Un homme
savant, dis je, lui dit que Mimas �tait un mont d'Asie proche de la
mer, dont Hom�re avait parl� dans l'Odyss�e, et qu'il appelait
venteux. Pourquoi faut-il, r�partit Valens, que j'aille � ce
mont-l�, et que j'y meure; Il donna bataille aux Scythes dans la
Thrace, et apr�s l'avoir perdue, il se sauva dans une maison, o� il
se cacha. Il y fut depuis br�l� par les vainqueurs dans le
temps que courant le pays des vaincus, ils y mettaient le feu
partout. Isac eut r�v�lation de sa mort dans sa prison, et dit au
moment qu'elle arriva que Valens �tait br�l� vif.
[590] Procope cousin
de Julien conspira contre Valens, et se rendit maure de
Constantinople. Mais ayant �t� trahi, et livr� par ceux de son
parti. Il fut attach� � deux arbres que l'on avait courb�s avec
violence, et mis en pi�ces lorsque ces arbres reprirent leur
situation naturelle.. Les murailles de Calc�doine furent d�molies �
cette occasion sur ce que les habitants �taient accus�s d'avoir
favoris� l'usurpateur, on trouva dans les ruines une table o� cette
inlscription �tait grav�e.
[594] Quand de
jeunet beaut�s de mille attraits par�es.
Par cent nobles rivaux humblement ador�es
Feront retentir l'air de leurs charmants accents,
Et donneront aux sens des plaisirs innocents.
Quand de l'antique mur les pierres d�tach�es
Pour faire un bain public se verront rapproch�es,
Des peuples inconnus qui n 'auront rien de doux
Seront les messager du c�leste courroux.
A travers le Danube ils se feront passage,
Et sur le Scythe errant exerceront leur rage.
Mais quand de l'�pre Thrace ils toucheront le bord,
Et que portant partout le fer, le feu et la mort,
Au timide habitant ils donneront la fuite :
Peuples, rassurez-vous, n'en craignez plus la suite,
Mars les arr�tera dans leur rapide cours,
Et Cloto coupera la trame de leurs jours.
[596] Valens employa
les d�molitions des murailles de Calc�doine � la construction d'un
aqueduc auquel il donna son nom. Son dessein �tait que la ville
Imp�riale eut de l'eau en abondance pour toute sorte d'usages, et
surtout pour la commodit� des bains. Le Pr�fet de la Ville fit
faire un r�servoir de Taurus. La construction de ces ouvrages
fut suivie l'irruption des barbares qui p�rirent en Thrace selon la
pr�diction, dont je viens de parler.
[599] On dit que sous le r�gne de
Valens, Libanius et Jamblique ma�tre de Proclus entreprirent de
deviner par le moyen d'un coq, celui qui parviendrait apr�s lui �
l'Empire. Voici quelle est cette mani�re de deviner. On imprime sur
la poussi�re vingt-quatre lettres, sur chacune desquelles on met un
grain de bl�, et un grain d'orge. On r�cite apr�s cela certains vers
charm�s, et on laisse aller un coq. On remarque les grains qu'il
prend, et on croit que les lettres d'o�, il les tire, signifient ce
que l'on d�sire savoir. Libanius et Jamblique ayant donc fait la
c�r�monie que je viens de dire, le coq prit les grains sur T, H, E,
O, D. Ce qui ne formait qu'une pr�diction incertaine, parce qu'on
doutait s'ils signifiaient Th�odose, Th�odote ou Th�odore.
Valens, ayant eu avis de cette affaire, fit mourir plusieurs
personnes qui avaient ces noms-l�, et chercha les auteurs de la
c�r�monie. Jamblique prit du poison pour �viter les effets de la
col�re de Valens qu'il savait �tre implacable. Il est vrai aussi
qu'il ne pardonnait point, et qu'il avait accoutum� de dire que
quiconque renonce � la s�v�rit�, renonce � la justice. Il r�gna
treize ans et quatre mois, et eut une mort digne de sa vie.
GRATIEN.
[613] Gratien fils
de Valentinien, et le jeune Valentinien fr�re de Gratien poss�d�rent
ensemble l'Empire Romain. Gratien avait �t� d�clar� Empereur par
Valentinien son p�re, comme nous l'avons dit, et n'avait point �t�
pr�sent � sa mort. L'arm�e salua aussi le jeune Valentinien en
qualit� d'Empereur, bien qu'il n'e�t encore que quatre ans. Quand il
fut de retour, il reprit les gens de guerre avec beaucoup
d'aigreur de ce qu'ils avaient os� proclamer son fr�re
Empereur, sans avoir auparavant obtenu son consentement, et en
ch�tia quelques-uns pour ce sujet. Il ne refusa pas pour cela de
partager avec son fr�re la souveraine puissance. Il imita la pi�t�
de son p�re, et comme Valens son oncle lui demandait du secours
contre les Scythes, il le lui refusa, en disant qu'il ne lui �tait
pas permis de s'allier avec un ennemi de Dieu. Il permit par �dit
aux �v�ques de retourner � leurs �glises, d'o� ils avaient �t�
chass�s.
[622] Comme les Scythes enfl�s des avantages qu'ils avaient
remport�s sur Valens couraient et pillaient la Thrace, et qu'il ne
paraissait aucun moyen de r�primer leurs courses, et leurs
brigandages, l'Empereur manda d'Espagne, qui est la principale ville
de l'Ib�rie europ�enne, Th�odose homme recommandable par la
grandeur de son courage, et par l'ardeur de sa pi�t�, et lui donna
le commandement des troupes destin�es contre ces barbares. Cet
excellent g�n�ral les chargea si rudement, qu'il en tua le plus
grand nombre, mit les autres en fuite, qui furent ou pris par le
victorieux, ou �cras�s par ceux de leur parti dans le d�sordre de
leur d�route ; de sorte qu'il y en eut fort peu qui �chapp�rent.
Th�odose laissa ses troupes dans le pays, et alla porter lui-m�me �
Gratien la nouvelle de sa victoire. La promptitude avec laquelle
elle avait �t� obtenue sur des peuples, dont la r�putation �tait
grande pour les armes, la rendit tout � fait incroyable. Mais
quand le temps en eut confirm� la v�rit�, l'Empereur l'admira,
et la releva par des louanges extraordinaires. Alors consid�rant
qu'il ne pouvait soutenir seul le poids de l'Empire depuis que les
Provinces qui avaient �t� gouvern�es autrefois par Valens lui
�taient �chues, il l'associa, et le pla�a sur le tr�ne de la
nouvelle Rome pour y commander sur l'Orient, et sur la Thrace. Il se
r�serva l'Occident et alla alla dans les
Gaules, o� six ans apr�s la mort de son p�re, il fut tu� par un
effet de la trahison d'Andragathe.
VALENTINIEN LE JEUNE, ET
TH�ODOSE.
[631] L'Emire
d'Occident �tant tomb� apr�s la mort de Gratien entre les mains du
jeune Valentinien qui �tait encore en bas �ge, son esprit fut de
telle forte corrompu par Justine sa m�re qui favorisait les Ariens,
qu'il suivit lui-m�me leurs erreurs, et le d�clara contre la foi.
Maxime s'�tant soulev� contre lui, et ayant remport� de l'avantage
en plusieurs rencontres, il implora le secours de Th�odose. Ce
religieux Empereur lui manda d'abord qu'il n'y avait pas lieu de
s'�tonner qu'un sujet rebelle remport�t de l'avantage sur un Prince
qui ne reconnaissait plus son Seigneur, et qui mettait au rang des
cr�atures et des sujets le Fils qui a cr�� le monde, et qui est �gal
� son P�re en nature, et en puissance. Bien qu'il lui e�t fait cette
r�ponse, il ne laissa pas de l'assister, et de punir de mort Maxime,
et Andragathe qui �tait celui, qui comme nous l'avons dit, avait tu�
Gratien par surprise. Eug�ne forma depuis le dessein d'une r�volte,
dont Valentinien fut si fort �pouvant� qu'il s'�trangla.
[638] Th�odose
prit les armes contre ce rebelle. �tant all� � Thessalonique � la
t�te de son arm�e, il y fut injurieusement trait� par le peuple, et
le Pr�fet y fut tu� dans une s�dition excit�e pour quelque sujet. Il
crut n�anmoins que la circonstance de la guerre l'obligeait �
dissimuler son ressentiment. Mais depuis il y indiqua une courte de
chevaux, et quand le peuple fut assembl� au th��tre pour en
�tre spectateur, il le fit envelopper par les gens de guerre, qui
tu�rent � coups de traits jusques � quinze mille habitants. Quand il
eut ainsi satisfait sa col�re, il alla � Milan, o� il fut forcement
repris par le grand Ambroise de ce massacre, interdit de l'entr�e de
l'�glise, o� il ne fut re�u qu'apr�s qu'il eut fait publier une loi,
par laquelle il �tait ordonn� que les condamnations � mort
n'auraient lieu que trente jours apr�s qu'elles auraient �t�
prononc�es. Ce terme l� fut pris pour donner lieu � l'Empereur de
mod�rer sa col�re � laquelle il �tait fort port� de son naturel, et
d'examiner ses sentences, et faire ex�cuter quand il en aurait
reconnu la justice, et d'en arr�ter l'ex�cution quand il trouverait
qu'elles auraient �t� rendues par passion. Il donna combat dans les
Gaules � Eug�ne usurpateur de l'autorit� souveraine, le vainquit, le
prit, et le fit mourir. Avant que de monter sur le tr�ne il �pousa
Phlacille, qui avait de la pi�t�, de la modestie, de la charit�, et
de la compassion pour les pauvres. Il eut d'elle Arcadius, et
Honorius, et la d�clara Imp�ratrice.
[649] Quand elle f�t morte, il �pousa
Galla fille de Valentinien; Pendant qu'il �tait en Occident les
Juifs de Constantinople � la faveur d'Honorat, Pr�fet de la Ville
pa�en dont ils avaient gagn� les bonnes gr�ces, �lev�rent avec
beaucoup de d�pense une Synagogue dans la place des Calcoprates. Le
peuple ne pouvant voir cette entreprise sans indignation se plaignit
du silence, et de la n�gligence du Pr�fet, et fur le m�pris que !e
Pr�fet fit de ses plaintes, mit le feu � la Synagogue. Le Pr�fet
ayant envoy� une relation de cette affaire � l'Empereur, il commanda
que ceux qui avaient br�l� la Synagogue en payeraient le dommage, et
que les Juifs auraient la libert� de la reb�tir.
[657] Le grand Ambroise
ayant �t� averti de cet ordre prit le temps auquel Th�odose entrait
un jour de Dimanche dans!'�glise de Milan pour lui parler en cet
termes,
"Pourquoi
d�shonorez- vous le Seigneur, qui vous a honor� de la charge, et de
la conduite de son peuple, et qui vous a mis le diad�me sur le
front; pourquoi pr�f�rez-vous ceux qui le m�prisent � ceux qui le
servent ? Pourquoi voulez-vous qu'au milieu d'une ville, o� la
doctrine du Sauveur est enseign�e, et o� la Croix est ador�e, on
�l�ve une Synagogue pour assembler les auteurs de sa mort?
l'Empereur ayant demand� � Ambroise, si dans un �tat bien polic� ou
devait laisser au peuple une licence absolue de faire ce qu'il lui
plairait: On ne doit pas sans doute, r�partit le grand �v�que,
laisser au peuple cette licence absolue. Mais on ne doit pas aussi
donner libert� aux Juifs, d'avoir une Synagogue au milieu d'une
ville chr�tienne, et d'offenser par leurs blasph�mes les oreilles
des fid�les."
[661] Th�odose se
rendant � cette raison du grand Ambroise, d�chargea les habitants de
Constantinople du r�tablissement de la Synagogue, et d�fendit aux
Juifs d'en avoir dans cette ville. Il fit de nouvelles importions
sur les habitants d'Antioche, qui ayant excit� s�dition pour ce
sujet, renvers�rent les statues qu'on avait �lev�es dans la place
publique en l'honneur de l'Imp�ratrice Flaccille, et les tra�n�rent
par les rues. En punition de cette insolence, l'Empereur �ta � la
ville ses privil�ges, l'assujettit � celle de Laodic�e, et l'aurait
trait�e avec une rigueur encore plus grande si l'�v�que FIavien
n'e�t �t� implorer la cl�mence en faveur de son troupeau, et n'e�t
apais� sa col�re. Ce fut en ce temps-l� que le c�l�bre Jean
Chrysostome pr�tre de l'�glise d'Antioche composa les Oraisons, qui
pour ce sujet sont intitul�es les Statues. Ce fut au m�me temps que
le savant th�ologien Gr�goire qui enseignait auparavant le peuple en
secret dans l'�glise de saint Anastase, � cause du pouvoir, et de la
violence des Ariens, commen�a � jouir de l'effet de la gr�ce
que Th�odore avait faite aux Orthodoxes en leur ouvrant les �glises,
et � pr�cher hautement que le Fils de Dieu est de m�me substance que
son P�re, et que le saint Esprit est digne du m�me respect, et des
m�mes honneurs que le P�re, et le Fils.
[667] Mac�donius qui, comme je
l'ai d�j� dit, fut durant peu de temps Patriarche de Constantinople
ne pouvait souffrir que l'on appel�t le saint Esprit Dieu, ni que
l'on d�t qu'il avait la m�me nature, et la m�me puissance que le
P�re, et le Fils. Ce fut pour ce sujet que le second Concile de
Constantinople fut convoqu� par l'Empereur. Cent cinquante �v�ques y
assist�rent, les deux Gr�goires, savoir le Th�ologien, et l'�v�que
de Nisse, et Amphiloque �v�que d'Icone eurent la principale part �
l'examen des mati�res. Les saints P�res d�clar�rent que le saint
Esprit est Dieu, et qu'il est �gal au P�re, et au Fils en dignit�,
et en puissance. Ils retranch�rent de l'�glise Mac�donius, et ses
sectateurs, et ajout�rent au Symbole les articles, dont le premier
commence par
ces paroles :
Je crois au saint Esprit, et confirm�rent le Concile pr�c�dent.
Quelques
�v�ques qui
enviaient � Gr�goire le Th�ologien le si�ge de l'�glise de
Constantinople, dirent qu'il ne lui pouvait appartenir, puisqu'un
autre avait �t� �lu avant lui pour l'occuper. Ce saint �v�que
bien loin de contester pronon�a un discours sur ce sujet, renon�a �
la dignit� d'�v�que de Constantinople, et se retira � Nazianze ville
de sa naissance. Celui sur lequel on avait jet� les yeux pour le
placer sur la chaise de cette �glise �tait Nectaire homme du S�nat,
qui avait exerc� auparavant des charges du si�ge. Ce fut dans ce
Concile que le second rang fut attribu� au si�ge de la nouvelle
Rome, imm�diatement apr�s le si�ge de l'ancienne.
[673] Ce fut aussi en ce
temps-I� qu' Amphiloque supplia l'Empereur de chasser les Ariens de
Constantinople, ou au moins de leur d�fendre d'y continuer leurs
assembl�es. Comme ce Prince ne se pressait pas de lui accorder sa
pri�re, il pris le temps auquel il �tait dans son conseil ayant
Arcadius son fils assis proche de lui, et apr�s avoir rendu �
Theodose les respects, et les honneurs qui font dus aux souverains,
et traita Arcadius avec beaucoup de familiarit�, en lui disant,
bonjour mon enfant. L'Empereur ayant t�moign� de l'indignation de ce
proc�d�, Amphiloque lui dit, si vous qui n'�tes qu'un homme ne
pouvez souffrir que votre fils soit m�pris� : Dieu n'a-t-il pas de
l'horreur, et de l'ex�cration pour ceux qui outragent par leurs
blasph�mes son Fils unique, et n'entre-t-il pas dans une juste
col�re contre ceux, qui permettent que ces blasph�mateurs demeurent
parmi les Orthodoxes, et qu'ils en corrompent plusieurs par le
poison de leur mauvaise doctrine ? Alors l'Empereur admirant
l'adresse de ce saint �v�que, d�fendit les assembl�es des
h�r�tiques.
[679] Apr�s qu'il eut d�truit, comme nous l'avons vu, la
puissance d'Eug�ne le dernier des deux usurpateurs, il jou�t seul de
tout l'Empire, auquel il alloua ses deux fils. Le d�sir qu'il avait
de les bien �lever le porta � mander de Rome Ars�ne diacre de
l'�glise de cette ville, homme c�l�bre par son �rudition, et par sa
vertu.
[682] Th�odose lui commanda d'instruire les deux fils, et de les
consid�rer en les enseignant, non comme des Princes, mais comme des
particuliers, et des sujets, et de ne leur pardonner aucune faute.
L'Empereur lui fit de grands pr�sents, et lui rendit de grands
honneurs. Il entra un jour dans le lieu o� Ars�ne faisait la le�on �
ses fils, et trouva que les deux Princes �taient assis, et que le
pr�cepteur �tait debout. Il commanda � ses deux fils de se tenir
debout durant leur le�on, et au pr�cepteur de s'asseoir: ce qu'ils
firent toujours depuis. Arcadius irrit� du ch�timent qu'il en avait
re�u., entreprit de se d�faire d'Ars�ne, et suborna un homme pour
l'assassiner. Ars�ne ayant d�couvert ce dessein, partit sourdement
du Palais, et se retira dans les d�serts de Sceris, o� il mena une
vie toute ang�lique. Th�odose le fit chercher sans le pouvoir jamais
trouver. Ce Prince mourut � Milan apr�s avoir r�gn� dix-sept ans,
cinq mois. Son Empire fut partag� de telle sorte entre les deux
fils, qu'Arcadius eut l'Orient, la nouvelle Rome, et les pays
d'alentour, et Hononus l'ancienne Rome, avec les Provinces
d'Occident.
ARCADIUS, ET HONORIUS.
[690] LES deux fils
de Th�odose gouvern�rent s�par�ment la partie de l'Empire qui leur
�tait �chue. Quand ils furent qu'Ars�ne menait une vie solitaire
dans Sc�tis, ils lui �crivirent plusieurs fois pour implorer le
secours de ses pri�res. Arcadius lui �crivit en particulier, pour
lui demander pardon du dessein qu'il avait form� de le perdre, et
lui offrit l'imposition d'une ann�e sur l'�gypte, afin qu'il
l'employ�t � tel usage qu'il lui plairait. Ars�ne ne leur voulut
point faire de r�ponse par �crit. Il se contenta de dire � ceux
qu'ils avaient envoy�s, qu'ils leur rapportassent, qu'il
priait Dieu qu'il leur pardonn�t leurs p�ch�s, et qu'i leur fit la
gr�ce d'accomplir sa volont�. Que pour lui depuis qu'il �tait mort
au monde, il n'avait plus besoin d'argent.
[694] Arcadius fonda
une ville en Thrace, lui donna son nom, et pla�a sa statue au haut
d'une colonne dans le quartier du Xerolophe. Apr�s la mort de
N�ctaire patriarche de Constantinople, il choisit Jean pr�tre
de l'�glise d'Antioche pour lui succ�der, et l'envoya qu�rir pour
cet effet de cette ville d'Orient. Orcadius �tait d'un naturel lent,
n'avait aucune force d'esprit, et se laissait gouverner par Eudoxie
sa femme, Princesse fi�re, et avare. Le saint pr�lat s'�tant souvent
oppos� � ses passions avec vigueur �piscopale, et lui ayant
repr�sent� l'injustice avec une g�n�reuse libert�, elle en con��t un
furieux d�pit, et r�solut de s'en venter.
[699] Elle trouva Th�ophile
�v�que d'Alexandrie fort dispos� � se rendre ministre de ses
vengeances, persuada ensuite � l'Empereur d'exiler le grand
Chrysostome. Quand il eut �t� emmen� de Constantinople, le peuple de
cette grande ville pleura son absence, et excita du tumulte.
Arcadius le rappela aussit�t par un effet de sa timidit� naturelle.
Mais comme ce saint �v�que avait un courage invincible, qu'il
n'�pargnait jamais le vice, Eudoxie s'appliqua par le t�moignage
particulier de sa conscience, les discours que Jean faisait en
g�n�ral contre les d�sordres de son si�cle. Elle aigrit donc contre
le saint, l'esprit du Prince son mari, qu'elle tournait comme il lui
plaisait, et lui persuada de l'exiler une seconde fois. Il fut
arrach� avec violence du sein de son �glise, emmen� par de mauvais
chemins dans des pays d�serts et expos� aux incommodit�s qu'il a
d�crites dans ses lettres avec son �loquence ordinaire. Il fut
conduit d'abord � Cucuse, puis � Pirionte, et enfin � Comanes, ville
de Cappadoce, o� il mourut � l'�ge de cinquante-deux ans, et apr�s
en avoir pass� cinq et demi sur le si�ge de Constantinople. Dieu ne
diff�ra pas longtemps le ch�timent de la malheureuse Eudoxie,
puisque trois mois apr�s il la retira du monde par une mort
violente, et mourut en couche avec des douleurs effroyables, et
l'enfant dont elle �tait grosse mourut avant elle dans son ventre.
Arsace fut choisi pour remplir la place de Chrysostome, et ne
l'occupa que deux ans, � la fin desquels il mourut. Il eut Attique
pour successeur.
[714] Arcadius ne surv�cut pas longtemps � Eudoxie. Il ne
r�gna que douze ans, trois mois, et quelques jours depuis la mort de
Th�odose son p�re. On dit que la colonne qui est au quartier nomm�'
les Pittaces, est un ouvrage d'Eudoxie. Arcadius laissa pour
successeur Th�odose son fils, qui fut surnomm� le jeune, soit par
rapport � son a�eul, ou par rapport � son �ge qui n�tait que de sept
ans. Nous parlerons de lui d�s que nous aurons rapport� en peu de
paroles ce qui s'est pass� sous Honorius.
[720] Il n'avait que
dix ans lorsqu'il prit possession de l'Empire d'Occident. Mais
Stilicon que Th�odose son p�re lui avait donn� pour tuteur,
gouvernait sous son nom. Il �pousa Marie fille de Stilicon, laquelle
�tant morte, on dit qu'il �pousa Theumatia s�ur de Marie, bien
qu'elle ne f�t pas encore en �ge de pubert�, et cette Theumatia
mourut peu de temps apr�s elle-m�me.
[724] Comme il avait reconnu que sa
stupidit� l'avait rendu odieux aux personnes de qualit� de Rome, et
leur avait donn� lieu de former diverses entreprises contre sa
personne, il se retira � Ravenne, et envoya des ambassadeurs �
Alaric Roi des Vandales, ou des Goths pour l'exciter � mettre
le si�ge devant Rome. Alaric attaqua cette grande Ville, mais au
lieu de la ruiner, il s'accorda avec les habitants, re��t d'eux les
tr�sors de l'Empereur, Placidie sa s�ur qu'il mit entre les mains du
Comte Constance pour la garder. Ce Constance trahissant Alaric, la
mena � Honorius, qui la lui donna en mariage, le mit dans le S�nat,
et depuis l'associa � la souveraine puissance, � cause qu'il n'avait
point d'enfants entre les mains desquels il p�t la laisser en
mourant. Constance fut tu� incontinent apr�s, et laissa deux
enfants de Placidie, savoir Valentinien, et Honoria. Voil� de quelle
mani�re quelques-uns rapportent cette affaire. D'autres disent
que Stilicon fut tu�, et qu'Honorius devint odieux aux Romains
depuis qu'il se fut retir� � Ravenne.
[733] Alaric m�prisant la l�chet� de
cet Empereur, assi�gea Rome, et la prit. Quand cette nouvelle fut
port�e � Honorius, il trembla de tout le corps, et frappant ses
cuisses, s'�cria. il n'y a qu'un moment que Rome �tait ici, et
comment est-ce qu'elle a �t� perdue ? Celui qui apportait la
nouvelle s'�tant aper�u de l'�quivoque, lui r�partit en jetant un
profond soupir qu'il ne parlait pas de sa grande poule qui
s'appelait Rome et dont il regrettait la perte, mais qu'il
parlait de la
capitale d'Occident, qui �tait tomb�e
sous la domination des �trangers. Il mourut
d'hydropisie �
l'�ge de quarante ans, dont il en
avait pass�
trente sur le tr�ne sans y avoir acquis aucune r�putation. Jean qui
s'�tait empar� dans Rome de l'autorit� souveraine, en chassa
Placidie s�ur d'Honorius, avec Valentinien son fils, et Honoria sa
fille.
TH�ODOSE LE JEUNE.
[740] Le jeune
Th�odose �tait �lev� � Constantinople par les soins de Pulch�rie sa
soeur, sans que personne os�t se soulever contre lui, � cause qu'Idiger
Roi de Perse avait �t� nomm� son tuteur par le testament d'Arcadius
son p�re. Ce roi ayant accept� la tutelle, envoya Antiochus le
premier de ses eunuques � Constantinople pour veiller � la
conservation de la personne, et des int�r�ts de son pupille, et
�crivit aux principaux de la Cour qu' ils gardassent la fid�lit�
qu'ils devaient � leur souverain, et que s'ils y manquaient leur
perfidie ne demeurerait pas impunie.
[745] D�s qu'il eut atteint l'�ge de
pubert�, Pulch�rie sa s�ur lui fit �pouser Eudoxie native d'Ath�nes,
personne d'une excellente beaut�, et d'un rare savoir. Elle �tait
fille du philosophe L�once, et s'appelait Ath�na�s. Le p�re ayant
jug� par la connaissance qu'il avait de l'avenir, qu'elle
parviendrait un jour � une haute fortune, ne lui laissa par son
testament que cent pi�ces d'or, et nomma Val�re, et Gen�se ses deux
fils ses h�ritiers. Ils le saisirent du bien de leur p�re apr�s sa
mort, et chass�rent leur soeur de la maison. Elle se retira chez une
de ses tantes, qui l'amena � Constantinople, et la pr�senta �
Pulch�rie pour se plaindre � elle de l'injustice du testament, et de
la violence de ses fr�res. Cette princesse ayant admir� sa beaut�,
et. appris qu'elle �tait encore fille, eut soin qu'elle f�t
instruite des v�rit�s de la religion chr�tienne, qu'elle re��t le
bapt�me, et lui changea son nom, et la nomma Eudocie, et la fit
�pouser � Th�odose son fr�re.
[756] Apr�s que l'Empereur eut contract� ce
mariage, il �ta la charge de ma�tre de sa Chambre � Antiochus le
plus puissant de ses eunuques, qui gouvernait l'Empire, non avec la
retenue d'un ministre, mais avec un pouvoir aussi absolu, que s'il
e�t �t� ind�pendant et souverain. Il fut en m�me temps d�pouill� de
son bien, ras�, et mis � Calc�doine dans le clerg� de l'�glise de la
c�l�bre martyre Euph�mie, o� il ne surv�cut pas longtemps � sa
fortune. Eudocie �tant parvenue � la souveraine puissance de la
mani�re que nous l'avons vu, bien loin de concevoir des sentiments
de col�re, et de vengeance contre ses fr�res qui l'avaient chass�e
de la maison de leur p�re, crut leur en �tre oblig�e, puisque ce
mauvais traitement avait �t� l'occasion de sa grandeur, obtint de
l'Empereur la charge de Pr�fet du Pr�toire de l'Illyrie, pour
Gen�se, et celle de Ma�tre pour Val�re.
[760] Attique patriarche de
Constantinople expliqua en ce temps-l� les v�rit�s de notre Religion
� un Juif qui �tait paralytique, le lava de ses p�ch�s par les eaux
du bapt�me, et le gu�rit de sa maladie. Ce fut aussi lui qui mit
dans les diptyques de l'�glise le nom de Jean Chrysostome, lequel
n'y avait point encore �t�; parce qu'il �tait accus� de tenir la
doctrine d'Orig�ne. Cet Attique gouverna durant vint ans les fid�les
de la ville imp�riale, et eut pour successeur Sisinius, qui ne lui
surv�cut que deux ann�es, et mourut dans la vingt-deuxi�me du r�gne
de Th�odose. Nestorius fut mis en sa place, qu'il ne remplit que
deux ans. Il enseigna que la Vierge ne devait point �tre appel�e
M�re de Dieu, que J�SUS CHRIST n'�tait qu'un homme dans lequel le
Fils de Dieu �tait descendu, comme dans un proph�te. Ainsi niant que
le Verbe de Dieu e�t pris chair dans le chaste sein de la Vierge, il
s�parait le Fils de Dieu de J�SUS CHRIST, et soutenait que
J�SUS CHRIST n'�tait Fils de Dieu que par adoption, et n'�tait Dieu
que par gr�ce.
[765] Quand les patriarches C�lestin de Rome, Cyrille
d'Alexandrie, Jean d'Antioche, Juv�nal de J�rusalem eurent
connaissance de ces erreurs, ils en avertirent Th�odose et
Pulch�rie, et les suppli�rent de convoquer un Concile, o� cette
mati�re f�t examin�e. Il y eut donc � �ph�se un Concile compos� de
deux cents �v�ques, dont le tr�s saint Cyrille �tait le
Pr�sident. Il tenait la place de C�lestin pape de Rome, � qui les
indispositions n'avaient pas permis de s'y rendre. La doctrine de
Nestorius y fut examin�e, et condamn�e comme une doctrine
dangereuse. Il fut d�cid� que la sainte Vierge devait �tre appel�e,
et crue M�re de Dieu, et d�clar� que son Fils qui avait pris
un corps dans son sein sans avoir eu de p�re sur la terre, �tait
Dieu. Cyrille pour confirmer de plus en plus la v�rit� de la
doctrine catholique, et pour ruiner enti�rement celle des
h�r�tiques, composa douze Chapitres, et d�posa Nestorius.
[770] Au reste
trois jours apr�s que le Concile eut �t� commenc� Jean �v�que
d'Antioche, Th�odore, �v�que de Cir, Ibas �v�que d'�desse, et
quelques autres arriv�rent � �ph�se, et se f�ch�rent de ce que
Cyrille pr�sident de l'assembl�e ne les avait pas attendus. Ils
trouv�rent � redire � la mani�re dont Nestorius avait �t� d�pos�, et
d�pos�rent Cyrille, et Memnon, �v�que d'�ph�se. Th�odoret �crivit
contre les douze Chapitres de Cyrille, et composa pour cet effet des
ouvrages, dont Cyrille d�couvrit manifestement les erreurs; de sorte
que Jean d'Antioche, et les autres �v�ques de son parti furent
condamn�s par le Concile, et qu'ils se s�par�rent de la communion
des Orthodoxes. L'Empereur ne pouvant souffrir que les �v�ques
demeurassent divis�s de la sorte, le manda � Constantinople, o�
apr�s que leurs diff�rends eurent �t� examin�s en sa pr�sence,
Nestorius fut exil� en Orient. Jean, et Th�odoret re�urent la
d�cision du Concile, qu'ils n'avaient rejet�e auaravant que par
quelque forte de col�re et d'emportement.
[775] Comme Nestorius inspirait
ses erreurs � plusieurs personnes dans le lieu de son exil, Jean
�v�que d'Antioche en donna avis � Th�odose, et l'exhorta � l'envoyer
plus loin. Il fut donc envoy� � Oasis pays d�sert d'Arabie, et
expos� � des vents dangereux. Maximien pr�tre fut mis en fa place
sur le si�ge de la nouvelle Rome. Il ne le remplit que deux ans,
apr�s lesquels Proclus disciple de eau Chrysostome, fut �lu
Patriarche. Sis�nnius l'avait d�sign� d�s auparavant �v�que de
Cyzique. Mais les habitants de cette ville-l� n'ayant pas voulu le
recevoir, parce qu'ils en avaient �lu un autre, il �tait demeur�
sans emploi. D�s qu'il fut en possession de cette dignit�, il
supplia l'Empereur de permettre que le corps de Chrysostome f�t
apport� de Pitionte � Constantinople, de peur que ce saint �v�que ne
f�t encore exil� apr�s sa mort. L'empereur y consentit. Le corps fut
apport� � Constantinople, re�u honorablement, et enterr� dans
l'�glise des saints ap�tres. Th�odose ayant r�solu d'accro�tre la
ville en donna l'ordre � Cirus qui en �tait Pr�fet, et qui apporta
une telle diligence, qu'en soixante jours il fit achever la muraille
qui s'�tend depuis une mer jusques � l'autre. Le peuple
admirant la diligence des ouvriers, et la beaut� de l'ouvrage
s'�cria, Constantin � fond� cette ville. Mais Cirus l'a accrue, et
embellie. Ces acclamations populaires ayant rendu Cirus suspect, et
odieux � Th�odose, il fut ras� contre son consentement et mis dans
le Clerg�, et depuis fait �v�que de Smyrne.
[785] Proclus �tant mort apr�s
avoir gouvern� douze ans les fid�les de Constantinople, Flavien fut
mis en sa place. Ce fut en son temps qu'un abb� nomm� Eutichez
enseigna que notre Seigneur J�SUS CHRIST n'avoir point retenu deux
natures depuis son Incarnation. Mais que ces deux natures-l� avaient
�t� m�l�es, et confondues en une. Comme il soutenait cette doctrine
pernicieuse avec une opini�tret� invincible, Flavien le retrancha du
corps de l'�glise, de peur qu'il n'infect�t les parties qui �taient
saines et enti�res. Entichez eut recours � Chrisaphe qui tenait les
m�mes erreurs que lui, et qui avait beaucoup de cr�dit aupr�s
de l'Empereur, et par son moyen obtint de ce Prince, que la doctrine
f�t examin�e � �ph�se par Dioscore qui avait succ�d� � Cyrille dans
le gouvernement de l'�glise d'Alexandrie, et par les �v�ques des
autres si�ges en pr�sence de Flavien.
[790] Dioscore qui s'accordait
parfaitement avec Eutichez ayant assembl� dans �ph�se quelques
�v�ques du m�me sentiment, approuva la mauvaise doctrine. Comme
Flavien s'y opposait de tout son pouvoir, Dioscore se jeta avec
fureur sur lui, et le chassa � coups de pieds, et de poings hors de
l'assembl�e. Flavien mourut trois jours apr�s des coups que Dioscore
lui avait donn�s dans l'estomac. Il y avait deux ans qu'il honorait
par sa vertu le si�ge de la nouvelle Rome, lorsqu'il fut ainsi
enlev� du monde. Au reste Dioscore appuy� par la puissance de
l'eunuque Chrisaphe, qui avait dispos� des hommes arm�s aux environs
du lieu o� se tenait le Concile, �pouvanta si fort les autres
�v�ques, qu'il les contraignit d'approuver par �crit ses sentiments.
[795] Domne �v�que d'Antioche qui s'�tait laiss� emporter par cette
violence � signer comme les autres, r�clama depuis contre sa
signature, et d�testa l'impi�t� qu'il semblait avoir approuv�e.
Quand Th�odose apprit la mort de Flavien, et le reste des violences
exerc�es dans le Concile, il en rejeta la faute sur Crisaphe. Mais
Dioscore, conseilla � cet eunuque de faire en sorte que ce Prince
nomm�t Anatolius son Apocrisiaire ou son Agent, patriarche de
Constantinople, afin qu'il re��t Eutichez � la communion, et que
l'on ne f�t aucune recherche de la mort de Flavien.
[798] Crisaphe
persuada sans peine � Th�odose tout ce qu'il voulut, et fit placer
Anatolius sur la chaise de l'�glise patriarcale, le m�me eunuque
abusant de la faiblesse de l'Empereur, et �tant appuy� du cr�dit d'Eudocie,
�loigna Pulch�rie de la Cour, et lui �ta le maniement des affaires.
Elle se retira � l'Hebdome, o� elle mena une vie priv�e. L'Empereur
�tant � peine revenu � lui, et ayant reconnu la cruaut� du meurtre
de Flavien, et l'injustice de la disgr�ce de Pulch�rie la rappela,
et punit Crisaphe comme le v�ritable auteur de ces d�sordres, en le
rel�guant, et en confisquant son bien.
[802] Pulch�rie �tait une princesse
tr�s avis�e qui par sa prudence r�parait les fautes de son fr�re, et
couvrait ses d�fauts. On dit qu'il signait tout
indiff�remment, sans prendre garde � ce que l'on lui pr�sentait pour
signer. Quand elle l'en avertissait, il lui r�pondait qu'il savait
bien ce qu'il faisait, et que personne ne pouvait le tromper. Voici
donc l'agr�able invention donc elle usa pour le convaincre de son
peu d'application. Elle composa un �crit par lequel il lui vendait
Eudocie, et le lui pr�senta � signer. Elle retint apr�s cela Eudocie,
et lorsque Th�odose la demanda, elle lui montra l'�crit qui lui
donnait droit de la retenir, et lui fit avouer qu'il signait des
ordres dont il n'avait point de connaissance, et de
l'ex�cution
desquels il aurait du d�plaisir.
[812] Apr�s cela elle lui renvoya Eudocie,
qui tomba bient�t apr�s dans la disgr�ce pour le sujet que je vais
dire.
Comme l'on
avait pr�sent� un jour � Th�odose une pomme d'une extraordinaire
grosseur, il l'envoya � Eudocie, qui la donna � Paulin homme d'une
grande �rudition, et pour lequel elle avait une estime particuli�re.
Paulin qui ne savait d'o� elle venait la montra � l'Empereur � cause
de sa raret�. Ce Prince l'ayant reconnue, et l'ayant cach�e fit
venir l'Imp�ratrice sa femme, et lui demanda o� �tait la pomme qu'il
lui avait donn�e. Eudocie craignant que l'Empereur ne con��t le
soup�on qu'il avait d�j� con�u, r�pondit qu'elle l'avait mang�e. Sur
ce qu'il la pressa de dire la v�rit�, elle assura avec serment
qu'elle la disait. Alors l'Empereur transport� de col�re lui montra
la pomme, et la convainquit de mensonge. Cet accident accr�t de
telle sorte la jalousie, et les soup�ons de Th�odose qu'il fit
mourir Paulin, bien qu'il f�t tr�s innocent. Eudocie voyant qu'elle
avait encouru la haine de l'Empereur son �poux, lui demanda
permission d'aller � J�rusalem. Elle fit de grandes d�penses, et
employa de grandes sommes au soulagement des pauvres, au
profit des monast�res, et � la construction, et � l'embellissement
des �glises. Elle y fit encore un second voyage depuis la mort de
l'Empereur son mari, et y finit ses jours. Les Centons qu'elle
a faits des vers d'Hom�re font des preuves de sa rare �rudition. Un
patrice les avait commenc�s, et ne les avait pu achever. Mais elle y
mit la derni�re main, et les laissa dans la perfection o� nous les
voyons, comme il para�t par une inscription en vers h�ro�ques, qui
est au commencement.
[832] Th�odose mourut � cinquante ans, qu'il passa
presque tous sur le tr�ne, savoir quelques-uns avec Arcadius son
p�re, et les autres seul. Les uns attribuent sa mort � une
maladie ordinaire, et les autres � un accident par lequel �tant � la
chasse, il tomba avec son cheval, s'offensa les parties nobles, et
mourut peu apr�s. Il avait quelque teinture des lettres, avait assez
bien appris les Math�matiques, et surtout l'Astronomie. Il �tait
excellent homme de cheval, et tirait de l'arc avec une adresse toute
singuli�re. Il avait aussi appris quelque chose de la peinture, et
de la sculpture. Il avait d'un naturel lent, et mol, et peu propre
aux affaires. Cette faiblesse de son naturel avait donn� lieu aux
eunuques de prendre un grand pouvoir sur son esprit, et d'abuser de
celui qu'il leur donnait, comme firent Antiochus, Amantius, et
depuis Crisaphe. Ce fut sous son r�gne qu'il arriva un grand miracle
� Constantinople.
[838] Un jour que, l'�v�que Proclus, le
clerg�, et le peuple faisaient leurs pri�res, un enfant fut enlev�
en l'air. Le peuple surpris de cet �v�nement, cria � haute voix :
Seigneur, ayez piti� de nous. L'enfant ayant �t� remis sur la terre,
rapporta que dans ce ravissement, il avait appris qu'au Trisagion,
il ne fallait point ajouter ces paroles, qui a �t� crucifi� pour
nous.
MARCIEN.
[841] PUlch�rie tint
la mort de Th�odose son fr�re la plus secr�te qu'il lui fut
possible, envoya qu�rir Marcien homme d'un �ge avanc�, et d'une
prudence consomm�e, et lui dit: Je vous ai choisi sur tous pour vous
mettre entre les mains la souveraine puissance, � condition que vous
consentirez que je garde � Dieu la virginit� que je lui ai vou�e. Il
lui promit ce qu'elle souhaitait, et � l'heure m�me re��t de sa main
le diad�me en pr�sence du patriarche, et du S�nat.
[843] Il n'�tait
recommandable ni par sa naissance, ni par aucune charge qu'il e�t
exerc�e. Au temps de sa jeunesse auquel il �tait simple soldat, il
partit pour aller
avec sa l�gion
au lieu o� elle �tait command�e. Il fut surpris
en Lycie d'une maladie qui l'emp�cha
de suivre ses
compagnons et l'obligea � demeurer chez
deux fr�res,
dont l'un se nommait Jules, et l'autre Tatien. Lorsqu'il fut
gu�ri, il alla un jour � la chasse avec eux, la fatigue de ce
violent exercice les ayant oblig�s � descendre de cheval sur le midi
pour prendre un peu de repos, ils s'endormirent.
Tatien s'�tant r�veill� le premier aper�ut une aigle qui voltigeait
sur la t�te de Marcien, et le couvrait de ses ailes, il �veilla
Jules son fr�re pour lui faire remarquer ce rare �v�nement qu'ils
admir�rent ensemble, et qu'ils regard�rent comme un pr�sage certain
de l'Empire auquel Marcien �tait destin�. D�s qu'il fut �veill�, ils
racont�rent ce qu'ils avaient vu, lui firent promettre qu'il se
souviendrait d'eux, lorsqu'il serait sur le tr�ne, et en prenant
cong� de lui, lui donn�rent deux cents pi�ces d'or. Dans le temps
qu'il servait sous Aspar, il fut pris avec beaucoup d'autres par les
Vandales. Le Prince de ces Barbares regardant un jour par une
fen�tre les prisonniers qui �taient enferm�s dans une cour, vit une
aigle qui faisait ombre � Marcien pendant qu'il dormait, crut aussi
que c'�tait un pr�sage de sa future grandeur, et le mit eu libert�,
apr�s avoir tir� promesse de lui, que quand il serait sur le tr�ne,
il ne ferait point la guerre aux Vandales. Lors donc qu'il e�t entre
les mains la puissance � laquelle longtemps auparavant le ciel avait
paru si visiblement le destiner, il s'en servit pour donner des
marques de sa reconnaissance a ses deux fr�res qui la lui avaient
pr�dite. Il fit Tatien pr�fet de Constantinople, et Jules pr�fet
d'Illyrie, et de sentir les effets de la cl�mence, et de la bont� �
tous les sujets.
[860] Ce fut en ce temps-l�, que Pulch�rie fit �lever �
Blaquernes une �glise en l'honneur de la sainte Vierge, et que
Marcien convoqua un quatri�me Concile g�n�ral � la pri�re de L�on
Pape de l'ancienne Rome, et d'Anatolius, patriarche de la nouvelle
qui lui avaient demand� l'examen, de la doctrine d'Eutichez, et de
la mort de Flavien. Six cent trente �v�ques remplis de l'esprit le
Dieu s'assembl�rent � Calc�doine dans l'�glise le sainte Euph�mie
martyre. Les principaux �taient L�on pape de Rome, Anatolius de
Constantinople, et Juv�nal de J�rusalem. Le sujet de leur assembl�e
�tait d'examiner la doctrine de Dioscore, et d'Eutichez qui
enseignaient que J�SUS CHRIST n�tre Seigneur avait pris une chair
d'une autre condition que la n�tre, et qu'il n'avait qu'une nature;
de sorte qu'ils rendaient la divine sujette aux souffrances, et aux
passions. L'opini�tret� avec laquelle ils soutinrent leurs erreurs
obligea les Saints P�res � les d�poser, et � prononcer contre eux
l'anath�me. Ils re�urent Th�odoret, et Ibas, et condamn�rent
Nestorius avec les ouvrages qui avoient �t� compos�s par un d�sir
indiscret de contester. Ils approuv�rent aussi les trois Conciles
pr�c�dents, avec le Symbole. Ils prononc�rent l'anath�me contre ceux
qui admettent deux fils, contre ceux qui disent que la divinit� est
passible, contre ceux qui avaient la hardiesse le m�ler, ou de
confondre les deux natures, contre ceux qui s'imaginaient vainement
qu'avant l'union il y avait eu deux natures en J�SUS CHRIST, mais
que depuis l'union, il n'y en avait plus qu'une, contre ceux
qui avan�aient que le corps que le Sauveur avait pris �tait un corps
c�leste, ou un corps d'une autre condit:on que les n�tres. Ils
d�clar�rent que J�SUS CHRIST notre Seigneur a toute la perfection de
la nature divine, et de la nature humaine, qu'il est vraiment Dieu,
et vraiment Homme, que l'humanit� qu'il a prise est compos�e d'une
�me raisonnable, et d'un corps, que selon la nature divine, il est
semblable � son P�re, que selon la nature humaine, il est semblable
� nous en toute choses, except� le p�ch�, qu'il est un en deux
natures sans confusion, sans changement, sans division, sans
r�paration, et que l'union hypostatique conserve dans une m�me
personne les propri�t�s des deux natures. Apr�s que les saints P�res
eurent port� ce jugement touchant la doctrine en pr�sence de
l'Empereur, Dioscore fut rel�gu� � Gangre par son ordre. Eutichez ne
re��t pas pareil traitement, parce qu'il �tait d�j� mort. Prot�re
homme d'une rare vertu, et d'une saine doctrine fut mis en la place
de Dioscore sur la chaise de l'�glise d'Alexandrie.
[871] Comme les
sectateurs qu'Eutichez, et Dioscore avaient dans Constantinople,
faisaient tous leurs efforts pour ruiner le Concile, en publiant que
ces d�cisions au lieu d'�tre appuy�es sur la v�rit�, n'�taient
soutenues que par la puissance de l'Empereur, le patriarche
Anatolius les assembla, et leur tint en pr�sence de ses suffragants
le discours qui suit.
Puisqu'au lieu
de reconna�tre vos erreurs, vous continuez � les soutenir, et que
vous avez la t�m�rit� de nous attribuer celles des Nestoriens, �
cause que nous faisons profession de croire, qu'il y a dans Ie
Sauveur deux natures, dont chacune conserve ses propri�t�s, sans se
m�les, se confondre avec l'autre : Voulez-vous que nous remettions
au jugement de Dieu la d�cision de cette question ? Que l'on �crive
votre sentiment, et le n�tre, et que l'on mette les deux �crits dans
la Chasse de l'illustre martyre Euph�mie.
[873] Les h�r�tiques
ayant accept� la condition, on fit deux �crits, que l'on mit sur
l'estomac de la sainte, puis on referma la chasse. On se mit apr�s
cela en pri�res, et on demanda � Dieu qu'il eut la bont� de d�clarer
lequel des deux sentiments �tait v�ritable. On ouvrit trois jours
apr�s la chasse en pr�sence de l'Empereur, et par un miracle
surprenant, on vit l'�crit des h�r�tiques aux pieds de la Sainte, et
celui des Catholiques dans sa main, que l'on dit m�me qu'elle
�tendit pour le pr�senter � l'Empereur, et au patriarche. Ce
jugement remplit les catholiques de joie, et couvrit les h�r�tiques
de confusion, de sorte qu'ils se retir�rent tristes et afflig�s. Il
y en eut m�me quelques-uns d'entre eux qui se convertirent.
[878] L'Imp�ratrice
Pulch�rie finit en ce temps-l� sa vie d'une mani�re aussi pleine de
gloire que conforme � la pi�t�, puisqu'avant que de mourir elle
distribua tous ses biens aux pauvres, et attira sur elle la
mis�ricorde de Dieu, par le soin qu'elle prit de soulager les
mis�rables. Valentinien empereur d'Occident, neveu d'Honorius, et
fils de Placidie sa s�ur, �pousa Eudoxie fille du jeune Th�odose,
mais ce Prince adonn� � ses plaisirs m�prisa sa femme, quoiqu'elle
e�t une excellente beaut�, et en rechercha d'autres avec une licence
scandaleuse. Il eut aussi une curiosit� fort dangereuse de
s'instruire de l'art magique. Le malheur de sa mort r�pondit au
d�r�glement de sa vie. Maxime patrice fils du tyran du m�me nom, qui
fut vaincu par la valeur de Th�odose, tua Valentinien au milieu de
son Palais, viola Eudoxie sa femme, et se rendit ma�tre de
l'autorit� absolue. Cette princesse d�sol�e, ne sachant � qui avait
recours depuis la mort de Th�odose son p�re, et depuis celle de
Pulch�rie sa tante, implora la puissance de Genz�ric roi des
Vandales, et le supplia de venger son injure, et de la d�livrer de
la tyrannie de Maxime. Genz�ric se rendit aussit�t au port de Rome
avec une grande flotte, et une nombreuse arm�e
[887]
qui �pouvanta si fort Maxime par son arriv�e, qu'il prit la fuite,
pendant laquelle il fut tu� par les siens ; r�duisit sans peine Rome
sous sa puissance, pilla toutes ses richesses , enleva les vases des
�glises, et ceux m�mes que Tite avait apport�s du temple de
J�rusalem qui �taient aussi des vases d'or, et emmena en Afrique
Eudoxie, et ses deux filles. Il donna Eudocie en mariage � Hunneric
son fils a�n�, et garda Placidie qu'il savait �tre promise �
Olibrius. Deux ans apr�s Eudoxie retourna avec Placidie �
Constantinople, o� Marcien r�gnait encore alors, et laissa en
Afrique Eudoxie son autre fille, qui apr�s avoir v�cu seize ans avec
son mari, et en avoir eu un fils nomm� Hilderic, le quitta � cause
de l'attachement qu'il avait aux erreurs d'Arius, et se retira
pareillement � Constantinople, o� Eudoxie sa m�re �tait d�j� morte.
Elle alla apr�s cela � J�rusalem, o� elle mourut elle-m�me.
[894]
Marcien mourut apr�s avoir r�gn� s�x ans, et quelques mois.
Quelques-uns n'attribu�rent sa mort qu'� une maladie ordinaire. Mais
d'autres l'attribu�rent � un poison qu'ils pr�tendent lui avoir �t�
donn� par l'ordre d'Aspar Patrice. Il �tait fort �g�, d'un esprit
doux, et fort port� au soulagement des peuples. Il avait accoutum�
de dire qu'un Empereur ne devait jamais faire la guerre, quand il
�tait en son pouvoir d'entretenir la paix. Quelque autorit� que le
Patrice Aspar e�t acquise, il ne fut pas pourtant �lu Empereur, �
cause que l'habitude dont il �tait li� avec le parti des Ariens lui
avait fait encourir la haine du peuple. Il d�clara donc soit de sa
propre autorit�, ou au nom, et du contentement du peuple, L�on
Empereur, � condition qu'il ferait un de ses fils C�sar. Ce L�on
avait eu le maniement des affaires d'Aspar. Quelques-uns disent
qu'il avait �t� Tribun, et qu'il avait �t� charg� du soin de lever
les impositions de S�livr�e. Il y en a qui croient qu'il �tait de
Thrace, et d'autres qui se persuadent qu'il �tait de la Dace
d'Illyrie.
L�ON.
[902]
D�s que L�on fut en possession de l'autorit� absolue, Aspar le
pressa de s'acquitter de la promesse qu'il lui avait faite, de
conf�rer � un de ses fils la dignit� de C�sar. Comme il diff�rait,
Aspar lui dit en prenant le bout de sa robe, �Il n'est pas permis �
celui qui porte cette robe, de manquer � sa parole. -Je demeure
d'accord , repartit L�on , qu'il ne doit pas manquer � sa parole :
mais aussi ne doit-il pas �tre contraint par force d'agir contre son
inclination, ni �tre trait� comme un esclave.� Ne pouvant pourtant
r�sister longtemps aux ardentes sollicitations d'Aspar, il c�da
enfin � la n�cessit�, et d�clara C�sar un de ses fils qui auparavant
�tait Patrice. Cette d�claration d�plut au S�nat, et excita le
peuple � s�dition, parce qu'il appr�hendait que quand la souveraine
puissance serait tomb�e dans la famille d'Aspar qui favorisait les
Ariens, ces h�r�tiques ne pers�cutassent impun�ment les Orthodoxes
avec une violence encore plus insupportable qu'ils n'avaient fait
par le pass�. Les Eccl�siastiques, les Moines, et ceux du peuple qui
�taient dans les bons sentimcnts, s'�tant assembl�s, suppli�rent
l'Empereur de choisir une personne de m�me religion que lui pour
l'honorer de la dignit� de C�sar. L�on n'oublia rien de ce qu'il
devair ou dire, ou faire pour apaiser la s�dition, et quelque temps
apr�s d�couvrit une conjuration qu'Aspar avait form�e contre lui ,
pour raison de quoi il le fit ex�cuter � mort avec Ardabure son
fils. Un homme savant nomm� Isocase Qu�teur ayant �t� accus� au m�me
temps de quelques crimes, et entre autres d'�tre fort attach� � la
superstition Pa�enne , il lui �ta sa charge, et le mit entre les
mains du Pr�fet, afin qu'il lui fit son proc�s.
Lorsqu'il fut amen� devant lui en l'�quipage o� l'on a
accoutum� de mettre les condamn�s, il lui dit : Vous voyez Isocase �
quel �tat vous �tes r�duit. Je le vois bien, r�partit Isocase, et ne
trouve point �trange, qu'�tant homme, je sois sujet aux m�mes
accidents et aux m�mes malheurs que les autres. Je fuis content que
vous me fassiez la m�me justice, que vous aviez faite autrefois avec
moi. Le peuple loua en cette rencontre la pi�t� de L�on, et emmena
Isocase � l'�glise o� il fut baptis�, dont l'Empereur re��t beaucoup
de joie. Il eut V�rine pour femme, et eut d'elle deux filles, savoir
Ariane qui fut mari�e a Z�non, et L�oncie qui le fut � Marcien
patrice, fils d'Anth�me, qui a command� dans l'ancienne Rome avec un
pouvoir absolu.
[919] Il arriva sous son r�gne dans Constantinople un
horrible embrasement qui s'�tendit depuis une mer jusques � l'autre
; c'est � dire depuis le c�t� de Septentrion jusques � celui de
Midi. En longueur depuis le Bosphore jusques � l'�glise de saint
Jean Calibite. Du c�t� de Midi depuis l'�glise de saint Thomas
ap�tre, jusques � celle de saint Serge, et de saint Bacchus martyrs.
Vers le milieu de la ville depuis le quartier du Palais de Laufus
jusques � celui de Taurus. On dit qu'Aspar porta lors par la ville
de l'eau sur les �paules, et que non content d'exciter le peuple par
son exemple � �teindre le feu, il donna une pi�ce d'argent � chacun
de ceux qui voulurent bien y travailler. L'embrasement dura quatre
jours, et consuma le lieu o� se faisaient les assembl�es des
S�nateurs, et des plus consid�rables d'entre les citoyens, et o�
l'Empereur prenait sa robe consulaire. Il consuma un autre b�timent
fort ample situ� vis avis, et qui a �t� nomm� Ie Nimph�e, parce
qu'il servait � faire la c�r�monie des noces � ceux qui n'avaient
point de maison propre � cet effet. Il br�la encore un superbe
�difice dans le quartier de Taurus, des �glises fort magnifiques, un
grand nombre de maisons particuli�res. On dit que sous le m�me r�gne
la ville d'Antioche fut �branl�e, et presque ruin�e par un furieux
tremblement de terre, et que dans le territoire de Constantinople,
il tomba une pluie de cendre de la hauteur de quatre doigts.
L'Empereur �pouvant� de ces prodiges sortit de sa capitale, demeura
longtemps � saint Mamas.
[928] Il donna le
commandement des arm�es � Rustine homme vaillant, et habile dans
l'art de la guerre. Apr�s sa mort il donna cette importante charge �
Basilique, fr�re de V�rine sa femme. Il fut envoy� avec une
puissante flotte en Afrique contre Genz�ric, par lequel il fut
vaincu, soit qu'il n'e�t pas eu le courage ou l'adresse, ou qu'il
e�t re�u de l'argent des ennemis pour trahir l'int�r�t de son pays.
On dit que peu apr�s le commencement du combat, il se retira sur son
vaisseau, abattit par sa retraite le courage des siens, releva celui
des ennemis, se sauva avec un petit nombre de ses gens et abandonna
tous les autres, dont aucun n'�chappa.
[932] L�on avait
d'Ariane sa fille, et de Z�non son gendre un petit fils nomm� L�on
comme lui, auquel il attacha le diad�me sur le front, bien qu'il f�t
encore en bas �ge. Ce qui l'obligea � faire ce choix est, qu'il ne
voyait dans Z�non nulle qualit� de corps, ni d'esprit qui le rendit
propre � poss�der l'autorit� souveraine. Il avait en effet fort
mauvaise mine, & l'esprit beaucoup plus mal fait que le corps.
Quelques-uns assurent que l'Empereur ne se porta � faire mourir
Aspar, et Ardabure, que par le d�sir qu'il avait d'�lever L�on son
petit-fils sur le tr�ne, et par la crainte que ces puissants favoris
ne m�prisassent la jeunesse de ce Prince, et n'usurpassent
l'autorit� absolue. Ce fut sous son r�gne
que la tr�s pr�cieuse robe de la tr�s sainte Vierge fut apport�e de
Palestine � Constantinople, et mise dans l'�glise de Blaquernes dans
une chasse d'argent, d'o� l'�glise m�me a �t� depuis appel�e la
sainte chasse. Anatolius patriarche de Constantinople �tant mort
apr�s avoir gouvern� huit ans l'�glise de cette grande ville,
Gennade lui succ�da, et la gouverna treize ans, apr�s lesquels Acace
fut chois� pour remplir sa place.
[939] L�on, mourut de maladie dans la
dix-huiti�me ann�e de son r�gne, et laissa pour successeur L�on son
petit-fils. Il avait d'excellentes qualit�s, et surtout une cl�mence
singuli�re. Aussi avait-il accoutum� de dire que le Prince devait
faire sentir les effets de cette vertu � tous ceux qui s'approchent
de lui, comme le soleil communique la chaleur � toutes les cr�atures
qu'il �claire.
L�ON LE JEUNE.
[941] L�on parvint � l'Empire d�s son
enfance,et ne le poss�da qu'un an. Il eut pour successeur Z�non son
p�re, auquel il attacha de ses propres mains le diad�me sur le
front.
Z�NON.
[942] Z�non �tait de l'inf�me nation des
Isauriens, mal fait de corps, et d'esprit. Il gouverna, non en
Prince l�gitime, mais en tyran. Il avait un fr�re plus m�chant que
lui, nomm� Conan, homme cruel, et dont le plus grand plaisir �tait
de r�pandre le sang humain. Basilisque dont nous avons
ci-devant parl�, �tant appuy� du cr�dit de V�rine sa s�ur, et de
quelques-uns du S�nat prit en Thrace les armes contre Z�non, qui
s'enfuit comme un l�che dans son pays avec Ariane sa femme.
BASILISQUE
[946] Basilisque s'�tant rendu �
Constantinople, et ayant �t� salu� dans le champ en qualit�
d'empereur, d�clara Z�nonide sa femme imp�ratrice, Marc son fils
C�sar. Il n'avait pas de meilleures qualit�s que Z�non son
pr�d�cesseur. Ses sentiments touchant la Religion n'�taient point
orthodoxes. Il favorisait par complaisance pour sa femme le parti de
Dioscore, et d'Eutichez, pers�cutait les fid�les, et entreprit de
ruiner par un �dit l'autorit� du concile de Chalc�doine. Il usa de
violence envers le patriarche Acace pour l'obliger � improuver ce
concile dans une assembl�e d'�v�ques. Mais le peuple catholique
s'�tant assembl� loua les d�cisions de ce concile, et fit des
impr�cations contre l'Empereur, que son impi�t� avait rendu l'objet
de la haine publique.
[952] Il envoya
contre Z�non une arm�e dont il donna le commandement � Ille, et �
Trocande. Ces deux g�n�raux investirent et assi�g�rent ce prince
d�pouill� dans l'esp�rance . de le prendre vif. Mais quand ils
virent que Basilisque avait peu de soin de s'acquitter des promesses
qu'il leur avoir faites, et que d'ailleurs il �tait devenu fort
odieux aux gens de guerre depuis que le S�nat leur avait trac� une
image affreuse de ses crimes dans une lettre qu'il leur avait
�crite, ils s'accord�rent avec Z�non, et. ses ennemis devinrent ses
sujets, et l'emmen�rent avec eux.
[956] Basilisque envoya contre Z�non,
Armace son parent avec des troupes lev�es en Thrace. Cet Armace
l'ayant rencontr� proche de Nic�e, et s'�tant laiss� corrompre par
la promesse que Z�non lui fit de d�clarer son fils Basilisque que
C�sar, prit son parti, et lui donna lieu de se rendre �
Constantinople,o� il fut re�u par le S�nat et par le peuple.
Basilisque qui s'�tait r�fugi� dans une �glise avec sa femme, et ses
enfants, en fut tir� sous la promesse qu'on lui fit de lui sauver la
vie, et conduit � un fort, o� il mourut de faim. Quelques-uns dirent
que sur le chemin il fut tu� avec sa femme et ses enfants. Z�non
chassa V�rine sa belle-m�re. [964] Ce fut sous le r�gne de Basilisque
qu'il arriva � Constantinople un embrasement qui ayant commenc� aux
Calcoprates, br�la les �difices d'alentour, les galeries, les
logements qui �taient au-dessus, la basilique, et la biblioth�que o�
il y avait six-vingt mille volumes. On dit qu'il y avait un intestin
de serpent long de six-vingt pieds, o� l�Iliade, et l�Odyss�e
�taient �crites en lettres d'or. Malque a fait mention de cet
ouvrage dans l�histoire qu�il a laiss�e des Empereurs. Le feu
consuma les principaux ornements du Palais, et les statues renomm�es
de la Junon de Samos de la Minerve de Linde, de la V�nus de Cnide.
[967] Lorsque Z�non
se fut ainsi remis en possession de l'autorit� souveraine, il
s'acquitta de la promesse qu�il avait faite � Armace de d�clarer son
fils C�sar et donna � Armace m�me le commandement de ses arm�es.
Cette charge n'emp�cha pas qu'il ne le fit mourir bient�t apr�s sous
pr�texte qu'il y avait apparence qu'il lui manquerait de fid�lit�,
puisqu'il en avait manqu� � Basilisque. A l'�gard de son fils qu'il
avoir d�clar� C�sar il le contraignit d'entrer dans le clerg�. Il
fit mourir Ille ma�tre des Offices qui avait m�dit� d'usurper
l'autorit� souveraine, pour �viter un pi�ge qu'Ariane du
contentement de Z�non, avait dress� pour le perdre. Le m�me empereur
fit encore mourir P�lage patrice, tr�s homme de bien et tr�s habile.
Le pr�texte qu'il prit fut de l'accuser de faire profession de la
religion pa�enne. Mais le v�ritable motif �tait qu'il appr�hendait
sa libert�. Car comme il �tait homme de coeur il ne pouvait voir les
d�r�glements du prince, sans lui en t�moigner franchement ses
sentiments. Il fit mourir outre cela plusieurs personnes illustres,
tomba dans des erreurs grossi�res, commit des crimes atroces, et
finit sa vie d'une mani�re tragique. On ne convient pas n�anmoins du
genre de sa mort. Quelques-uns disent que comme il avait accoutum�
de boire, et de manger avec exc�s, et jusques � perdre la raison, le
mouvement, et le sentiment, un jour qu'il avait bu. de la sorte,
Ariane sa femme qui ne l'aimait pas, le fit mettre dans le tombeau
des empereurs, qui fut ferm� d'une pierre d'une pesanteur
extraordinaire. Quand il fut �veill� et qu'il se trouva en cet �tat,
il jeta des cris lamentables, et n'excita pourtant la compassion de
personne. D'autres disent qu'ayant �t� attaqu� d'une maladie
dangereuse, et tourment� de douleurs aigu�s on le crut mort, et on
le mit dans le tombeau. Il y revint � lui, jeta de grands cris, et
implora le secours de ses domestiques auxquels Ariane sa femme
d�fendit de l'assister.
ANASTASE.
[979] Z�non �tant ainsi mis�rablement p�ri,
Ariane par l'avis du S�nat et de l'arm�e, et par les intrigues
d'Urbice eunuque qui avait alors le plus grand cr�dit, �leva sur le
tr�ne Anastase Dicore qui n'avait point eu d'autre charge que celle
de Silentiaire, qui n'en pas une charge forts relev�e. Il fut
surnomm� Dicore, � cause qu'il avait les prunelles de diff�rentes
couleurs, l'une noire, et l'autre verd�tre.
[982] Avant qu'il
fut couronn�, le patriarche Euph�me lui fit promettre par �crit
qu'il n'apporterait aucun changement � la doctrine l' �glise. Cet
Euph�me �tait un tr�s saint pr�lat, et tr�s orthodoxe qui avait
succ�d� � deux autres qui n'avaient rien de ces bonnes qualit�s. Car
Acace qui avait occup� dix-sept ans le si�ge de cette c�l�bre
�glise, avait tr�s mal trait� les d�fenseurs des bons sentiments.
Fravica son successeur avait imit� son impi�t�, et celle de Z�non,
et ne lui avait surv�cu que trois mois et demi apr�s lesquels
Euph�me fut �lu. Il �ta des diptiques le nom de Pierre Monge, comme
le nom 'un h�r�tique qui s'�tait intrus dans le gouvernement de
l'�glise d'Antioche, et mit celui de F�lix Pape de Rome, et tr�s
orthodoxe, qui avait repris Z�non et Acace par ses lettres de ce
qu'ils �taient unis de communion arec Pierre Monge, qui �tait
infect� des erreurs d'Eutichez, et de Dioscore, & avait m�me envoy�
� Acace un �crit, par lequel il le d�posait en haine de quoi cet
Acace avait �t� son nom des diptyques. Lors donc qu'Euph�me
patriarche eut re�u d'Anastase un �crit par lequel il promettait
d'embrasser la doctrine de l'�glise, et d'observer tous les d�crets
du concile de Calc�doine, il le couronna. D�s qu'il fut en
possession de l'autorit� souveraine, il remit g�n�reusement �
plusieurs particuliers les sommes qu'ils devaient au tr�sor public,
rechercha Ariane en mariage, et l'�pousa quarante jours apr�s que la
pompe fun�bre de l'empereur Z�non eut �t� achev�e. Il abolit l'imp�t
nomm� Chrisargire, qui �tait n imp�t fort incommode, que les
pauvres, les courtisanes, et les affranchis payaient chaque ann�e
dans les villes, et � la campagne. On ne le levait pas seulement sur
les hommes, on le levait aussi sur les chevaux, sur les mulets, sur
les boeufs, sur les �nes, et sur les chiens. On levait une pi�ce
d'argent sur chaque homme, sur chaque cheval, sur chaque mulet, sur
chaque b�uf, six petites pi�ces nomm�es folles, sur chaque �ne, et
sur chaque chien. Anastase fit donc br�ler dans le cirque les
registres de cet imp�t qui avait si fort surcharg� les peuples, et
qui avait tir� de leurs bouches tant de plaintes, Il faut avouer
qu'il est louable � cet �gard, qu'il gouverna l'�tat d'une mani�re
fort g�n�reuse, et qu'il abolit le commerce des charges, et ne les
donna qu'au m�rite. Mais aussi ne peut-on excuser ses sentiments
touchant la religion, puisqu'il suivit les erreurs des Sinchiriques
qui confondent les deux natures en J�sus-Christ depuis l'union,
qu'il pers�cuta les orthodoxes, et ne se laissa jamais fl�chir aux
.raisons, ni aux pri�res de leurs �v�ques. Il exila le patriarche
Euph�me en haine de ce qu'il refusait de prononcer anath�me contre
le concile de Calc�doine. Avant que de l'exiler il tira d'entre ses
mains, soit par ruse, ou par force l'�crit par lequel il lui avait
promis de ne rien changer dans la Religion. Il fit le m�me
traitement � Mac�donius qui lui avait succ�d�, et qui �tait un
pr�lat de grande vertu et le rel�gua � Euchaites en haine de ce
qu'il. condamnait ses sentiments Il mit en la place Timoth�e qui les
approuva.
[1002] Il r�duisit �
son ob�issance Longin fr�re de Z�non qui avait entrepris d'usurper
l'autorit� souveraine, et l'exila � Alexandrie, o� il mourut apr�s y
avoir �t� ordonn� pr�tre. Il chassa aussi de Constantinople quantit�
d'Isauriens qui y demeuraient. Un autre Longin s'�tant mis � la t�te
de ces �trangers, et ayant couru et pill� avec eux les provinces
d'Orient, fut vaincu, et vit tailler en pi�ces tous ces Barbares qui
l'avoient suivi. On dit qu'en ce temps-l� Th�odoric gouverneur
d'Afrique, qui �tait Arien, ayant vu qu'un diacre de ses amis avait
suivi le parti d'Arius par complaisance pour lui, le fit mourir, en
disant qu'il ne pouvait esp�rer qu'il lui f�t fid�le, puisqu'il ne
l'avait pas �t� � Dieu. Anastase pape de Rome �tant mort, le peuple
se partagea au sujet de l'�lection d'un successeur, les uns voulant
�lever Laurent � cette dignit�, et les autres qui �taient orthodoxes
y voulant �lever Symmaque. Th�odoric de qui Rome relevait alors, s'y
rendit en diligence au premier bruit de cette s�dition, et y ordonna
la c�l�bration d'un concile o� Symmaque fut pr�f�r� � son
comp�titeur. On dit que ce fut en ce temps-l�, que la nation des
Bulgares qui n'avait point encore �t� connue, commen�a � courir et a
piller l'Illyrie, et la Thrace. Il fit la paix avec les Agar�niens
ou Sarrasin, qui ravageaient l'Orient, et donna charge � Marien de
r�primer l'insolence de Vitalien natif de Thrace, qui ayant amass�
des M�siens, et des Scythes faisait le d�g�t dans le territoire de
Constantinople, et incommodait extr�mement cette ville par la
pr�sence de son arm�e navale. La flotte des Barbares fut dissip�e
par la valeur des Romains, et embras�e par l'adresse de Proclus
excellent ing�nieur qui outre les machines d'Archim�de, dont il
avait une parfaite connaissance, en avait invent� de nouvelles. On
dit qu'il attacha aux murailles de la ville des miroirs d'airain, o�
les rayons du soleil s'�tant r�unis lanc�rent comme des feux qui
br�l�rent les vaisseaux et les Scythes qui �taient dessus de la m�me
sorte que les miroirs d'Archim�de avaient autrefois br�l� les
navires des Romains qui assi�geaient Syracuse. Comme Anastase
suivait les erreurs d'Eutichez, il entreprit d'ajouter � l'hymne du
Trisagion la clause, qui a �t� crucifi� pour nous. Le logoth�te, et
le pr�fet �tant entr�s dans l'�glise, et ayant commenc� � y lire
d'un lieu �lev� un �dit, les orthodoxes coururent sur eux pour les
mettre en pi�ces. Cette populace transport�e de col�re n'ayant pu se
saisir d'eux, pilla leurs maisons, les ruina de fond en comble, et
tua plusieurs personnes. Elle avan�a cependant des discours fort
contraires au respect de l'Empereur et d'autres fort avantageux �
Vitalien, par lesquels elle semblait le juger digne de poss�der
l'autorit� souveraine. Ces s�ditieux mirent le feu � des maisons, et
tu�rent quelques personnes, en entre autres un moine fort aim� de
l'Empereur, et qui demeurait proche de la citerne nomm�e la citerne
de saint Mocius et qui avait �t� faite par l'ordre de l'empereur
Anastase. Ils firent aussi mourir une religieuse recluse proche de
la porte Xilocerce, qui �tait fort estim�e de l'Empereur. Ils
tra�n�rent les corps par les rues apr�s leur mort, et les br�l�rent.
[1019] Sous le r�gne
de cet Empereur, Alamoudare, prince des Sarrasins fut instruit par
les Orthodoxes des v�rit�s de n�tre Religion, et re�ut le Bapt�me
.S�v�re lui envoya aussit�t deux �v�ques de sa secte de l'attirer �
leur communion. Mais ce Prince pour r�futer l'h�r�sie qu'ils
soutenaient de la confusion des deux natures en J�sus-Christ d'o� il
s ensuivait que la Divinit� avait �t� sujette aux souffrances, et �
la mort, fit semblant de pr�ter l'oreille � ce que lui disait un de
ses domestiques auquel il avait donn� ordre en secret de lui parler
de la sorte. Quand ce domestique eut achev� de lui parler, il fit
para�tre sur son visage des marques de tristesse, et de douleur,
dont ces deux �v�ques lui ayant demand� la cause, il leur r�pondit
qu'il venait d'apprendre la mort de l'archange saint Michel. Les
deux �v�ques lui ayant r�parti que la nouvelle �tait fausse, et que
saint Michel �tait immortel, le Prince reprit la parti de pour leur
dire : si vous avouez que les anges sont immortels, comment
osez-vous avancer que la Divinit� a souffert, et est morte avec le
corps, avec lequel elle �tait m�l�e, et confuse ? Ces �v�ques ayant
reconnu sa p�n�tration par cette r�ponse perdirent l'esp�rance de
l'attirer � leur parti.
[1027] Les Bulgares
ayant fait une nouvelle irruption en Illyrie, et quelques troupes
romaines ayant entrepris de s'y opposer, elles furent presque toutes
taill�es en pi�ces. Quelques-uns attribu�rent cette victoire aux
secrets de la magie, et � des enchantements dont ces barbares
avaient us�. La d�faite des Romains avait �t� pr�sag�e par une
com�te chevelue, et par une troupe de corbeaux qui voltig�rent
devant l'arm�e de ces Barbares, et enfin par le son triste et
lugubre que les trompettes rendirent, au lieu de rendre le son
ordinaire de la guerre. Timoth�e, dont j'ai parl� ci-devant, �tant
mort, apr�s avoir caus� une infinit� de maux aux Orthodoxes., Jean.
de Cappadoce fut charg� du. gouvernement de l��glise, duquel il
s�acquitta pendant deux ans. L'imp�ratrice Arranne mourut en m�me
temps. On a. �crit que sous le r�gne d'Anastase on voyait �
Constantinople l'image de la fortune de la ville. Elle. �tait en
bronze, et renfermait une femme qui avait un pied sur un vaisseau de
m�me m�tal. On raconte quelques pi�ces de ce. vaisseau ayant �t�
rompues ou arrach�es � dessein, les navires n�abord�rent plus depuis
� Constantinople, et que si l�on ne les e�t d�charg�s. avec. des
barques. Les habitants eussent manqu� de vivres. La cause de ce
malheur ayant �t� d�couverte par la conjecture d'un homme d'esprit,
on rechercha. les morceaux du vaisseau de bronze, et d�s qu�on les
e�t r�unis ensemble, les navires abord�rent au port comme
auparavant. On eut la curiosit� d'approfondir la. v�rit� de ce fait,
et de s�parer les morceaux de ce vaisseau, et � l'heure m�me on vit
avec �tonnement que les navires qui approchaient du bord en �taient
repouss�s par la violence du vent, et ainsi on prit un soin tout
extraordinaire de r�parer ce vaisseau, de la conservation duquel
d�pendait l'entr�e des provisions dans la ville.
[1041] Anastase
ayant eu avis, un peu avant sa mort d�une conjuration qui avait �t�
form�e contre lui fit arr�ter plusieurs coupables, et entre autres
Justin, et Justinien qui parvinrent depuis � l'Empire. Comme il
m�ditait de les laisser mourir, il en fut emp�ch� par un songe, o�
il crut voir un homme d�un aspect affreux qui lui dit que Dieu
voulait se servir de Justin, et de Justinien, et qui lui d�fendit de
leur faire aucun mauvais traitement. On dit qu'apr�s qu'il leur eut
pardonn�, il eut un autre songe, o� il vit un homme, qui tenant un
livre � la main, lui dit d'une voix �tonnante : Voil� qu'� cause de
votre impi�t�, je retranche quatorze ann�es de votre vie. Comme il
�tait persuad� que sa destin�e �tait de mourir d�un coup de
tonnerre, il fit faire un d�me bien vo�t� pour s'en garantir. Mais
cette pr�caution l� lui fut inutile car un jour que l'air �tait
rempli d'�clairs et que les tonnerres grondaient dans les nues il
passa d'appartement en appartement, et fut enfin trouv� mort dans
une chambre. Il v�cut quatre-vingt huit ans, et en r�gna
vingt-sept, et trois mois. Il y eut sous son r�gne un horrible
tremblement de terre, dont quantit� de maisons de Constantinople
furent renvers�es, et Antioche fut presque toute d�truite, et les
habitants accabl�s sous les ruines.
[1051] Anastase fit
b�tir la longue muraille pour arr�ter les incursions des M�siens ou
Bulgares, et des Scythes. Il �leva sa statue de bronze, sur une
colonne au quartier de Taurus, o� il y en avait eu une de l�empereur
Th�odose le grand, qui �tait tomb�e.
JUSTIN
[1053]
Justin natif de Thrace, homme de basse naissance fut �lu empereur.
Il n�y avait rien de si raval� que ses premiers emplois, puisqu�il
avait travaill� � la journ�e, et conduit des troupeaux de b�ufs et
de porcs. Il suivit depuis la profession des armes et fut pourvu
d'une charge de tribun, et ensuite d�une de Comte. Lorsqu�Anastase fut
mort, et que l'on commen�a � d�lib�rer touhant le choix d'un
Empereur, Amance eunuque qui �tait un des premiers officiers de la
Chambre, et qui avait un grand pouvoir donna de l'argent � Justin
pour le distribuer aux gens de guerre, afin qu'ils proclamassent
Th�ocritie son ami particulier, Empereur. Mais au lieu d'employer
cet argent dans les intentions d'Amance, il s'en servit pour acheter
le suffrage du peuple et de l'arm�e, � la faveur duquel il monta sur
le tr�ne. Amance f�ch� d'avoir �t� tromp� de la sorte, conspira
contre Justin avec plusieurs personnes de qualit�. Mais la
conspiration ayant �t� d�couverte, il fut ex�cut� � mort avec Andr�,
et Th�ocritien. Au tems m�me o� Anastase eut un songe pendant lequel
il vit effacer d'un livre quelques ann�es de sa vie. Amance en
eut un, ou il crut �tre renvers� par un sanglier en pr�sence de
l'Empereur. Il fit b�tir une �glise en l'honneur de saint Thomas
ap�tre, et on l'appelle encore aujourd'hui l'�glise d'Amance. Justin
n'avait que des sentiments orthodoxes touchant la religion. C'est
pourquoi il ordonna que le Concile de Calc�doine fut re�u de tout le
monde, et que les noms des six cents trente P�res qui l'avaient tenu
fussent mis dans les Diptyques. Il mit le diad�me sur le front de sa
femme, la d�clara Imp�ratrice, et lui �ta son nom de Lupicine, pour
lui donner celui d'Euph�mie. Il avait une affection singuli�re pour
Vitalien qui avait excit� une s�dition sous le r�gne pr�c�dent,
c'est pourquoi il lui donna le commandement des troupes, lui confia
une grande autorit�, et l'honora de la dignit� de consul. Le z�le
qu'il avait pour la puret� de la foi, le porta � chasser S�v�re de
la chaise de l'�glise d'Antioche ; Mais cet �v�que s'�tant enfui en
�gypte avec quelques personnes infect�es se ses erreurs, y troubla
les esprits par les questions qu'il y excita touchant le corruptible
et l'incorruptible. Paul administrateur de l'h�pital d'Eubule, fut
choisi pour gouverner cette �glise en sa place. Justin rappela tous
ceux qu'Anastase avait exil�s contre la justice. On vit sous son
r�gne du c�t� d'Orient une com�te chevelue. Vitalien fut tu� par les
habitants de Constantinople, qui voulurent venger par sa mort le
sang qu'il avait autrefois r�pandu dans une s�dition excit�e contre
le pr�c�dent Empereur. Quelques-uns disent qu'il ne fut pas tu� par
le peuple, mais qu'il fut ex�cut� � mort dans le Palais par l'ordre
de Justin, et de Justinien, en haine de ce qu'il avait l'insolence
de vouloir disposer avec empire de l'esprit de l'Empereur. Justinien
fut alors charg� du commandement des troupes. Jean de Cappadoce
patriarche de Constantinople �tant mort, Epiphane pr�tre de la m�me
�glise, fut choisi pour lui succ�der. Hormisdas pape de Rome �tant
mort, Jean pr�tre de la m�me ville fut charg� du gouvernement de
cette �glise.
[1074] Les diff�rends
qui �taient entre les Romains, et les Perses oblig�rent Justin �
rechercher l'alliance des Huns, et � leur envoyer des pr�sents. Leur
Roi les re��t, et promit d'assister Justin, et nonobstant cette
promesse, alla se joindre aux Perses, qui de leur c�t� lui avaient
aussi demand� du secours. Quand Justin se vit un si grand nombre
d'ennemis, il envola une ambassade � Cavade toi des Perses pour
m�nager avec lui un trait� de paix, et pour l'avertir que les Huns
le trahiraient comme ils avaient trahi les Romains, et qu'ils ne
manqueraient pas de l'abandonner au jour de la bataille, puisqu'ils
violaient la foi qu'ils lui avaient donn�e avec serment, et qu'�pres
avoir re�u son argent, ils tournaient contre lui leurs armes.
Cavade n'eut pas sit�t re�u cette lettre, qu'il demanda au Prince
des Huns,s'il �tait vrai qu'i e�t re�u de l'argent des Romains. Il
avoua franchement qu'il en avait re�u, et � l'heure m�me Cavade se
persuadant que le reste que Justin lui avait �crit n'�tait pas moins
v�ritable que le fait de l'argent, dont il demeurait d'accord, il le
fit mourir, et tailla en pi�ces les Huns � la r�serve d'un
petit nombre qui s'�chapp�rent. Il conclut apr�s cela la paix avec
les Romains, et pria Justin d'accepter la tutelle de Cosroez, le
plus jeune de ses fils, qu'il d�signait son successeur au pr�judice
des a�n�s. Mais Justin refusa cette tutelle. Tzare roi des Laziens
quitta le parti des Perses pour le venir trouver, fut tenu de
lui sur les sons, salu� en qualit� de Roi, �pousa la fille d'un
s�nateur, et retourna en son pays. La jalousie que Cavade eut de ce
voyage, et de cette entrevue, causa de nouveaux diff�rents entre lui
et l'Empereur, qu'il accusait de lui d�baucher ses sujets. Ce fut au
m�me temps que ce que l'on raconte de saint Areras arriva dans la
ville de N�gra. Cavade fit mourir au m�me temps les Manich�ens de
son royaume, et leur �v�que,et fit br�ler leurs livres en haine de
ce qu'ils avaient infect� un de ses fils de leur extravagante
doctrine. Il arriva au m�me temps divers accidents. Anazarbe
m�tropole de la seconde Cilicie fut renvers� par un tremblement
d�terre. �desse ville c�l�bre de l'Osro�ne fut ruin�e par le
d�bordement du Scirte qui passe au travers de son enceinte. Lorsque
ce fleuve fut diminu�, on trouva sur le bord une table de pierre o�
il y avait des hi�roglyphes avec cette inscription. Le Scirte
dansera mal pour Ies habitants. Plusieurs de ceux de Pomp�iopole
furent ab�m�s dans une ouverture qui s'y fit subitement : On vit en
Cilicie une femme d'une taille gigantesque, qui surpassait les plus
grands hommes de la hauteur d'une coud�e, qui avait l'estomac d'une
largeur extraordinaire, et des bras, et des mains proportionn�es au
reste du corps. Depuis que Vitalien e�t �t� tu�, Justinien en
recevant le commandement des troupes fut charge du gouvernement de
l'Empire. Les grands de l'�tat ayant un jour suppli� Justin de
l'associer � l'Empire, il r�pondit en tenant le bout de sa robe de
pourpre, vous devez souhaiter que jamais un jeune prince ne soit
rev�tu de cette robe. Il se d�fit de la sorte pour cette fois de
leur demande. Mais depuis ils donn�rent le titre de nobilissime �
Justinien, et oblig�rent Justin � le lui confirmer. Ce dernier �tant
tomb� malade bient�t apr�s d'une blessure qu'il avait eue � la
jambe, et se sentant en danger de mourir fit venir Epiphane
patriarche, et les principaux de l'Empire, et en leur pr�sence
attacha le diad�me � Justinien son neveu. Il entra incontinent apr�s
dans l'hippodrome, o� il fut re�u aux acclamations de tout le
peuple. Il s'en retourna apr�s cela en son Palais. Il �tait alors
�g� de quarante-cinq ans. Th�odore sa femme fut bient�t apr�s
d�clar�e Imp�ratrice, et Justin mourut apr�s avoir r�gn� neuf
ans, et vint jours.
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