28 juillet 2026
01. FemmesApatrideJournalistes engagés

Née le 6 août 1903 à Odessa (Ukraine), morte le 1er octobre 1950 à Vevey (Canton de Vaud, Suisse) ; apatride, naturalisée française ; journaliste de presse écrite, traductrice, écrivaine ; reportrice sociale, reportrice politique ; militante pour l’éducation et les loisirs populaires, militante pour la culture juive, militante sioniste.

Juliette Gourfinkel est une réfugiée apatride d’Odessa et la fille d’une famille juive laïque.

Elle travaille d’abord comme traductrice, métier qu’elle conservera jusqu’à la fin de son existence. Elle traduira l’allemand, l’anglais, le russe, l’ukrainien.

C’est par hasard qu’elle collabore pour la première fois, en 1928, et à un périodique et à la « revue de diplomatie internationale » Ambassades et consulats – anecdote qu’elle racontera plus tard à Janine Bouissounouse dans Les Nouvelles littéraires (21 décembre 1935). À cette revue, elle va livrer divers articles, dont des interviews du personnel diplomatique – ou de femmes de diplomates. Cette première collaboration révèle plusieurs des thèmes qui lui seront chers, dont celui de l’enfance : si elle y mène une « enquête sur la SDN » en juin 1930, c’est pour relater « Ce qu’en pensent nos petits écoliers ».

Dès cette période, tout comme pour ses traductions, ou ses romans policiers, elle signe de son pseudonyme : Juliette Pary.

En 1931, elle se marie avec Isaac Pougatch (1897-1988), intellectuel socialiste et promoteur du renouveau culturel juif. À partir de 1933, ainsi que l’explique Samuel Bouission, « leur sort est lié à celui des réfugiés juifs venus d’Allemagne, s’occupant notamment de leur trouver du travail, par le biais de l’organisation de jeunesse sioniste Agriculture et artisanat, localisée sur les Champs-Élysées, fondée par Justin Godard et André Spire […] ».

Le 28 juin 1933, L’Univers israélite, « Journal des principes conservateurs du judaïsme », lui ouvre ses pages pour un reportage sur le Congrès de l’Union internationale des associations pour la Société des Nations. Le chapô de l’article mentionne qu’elle « n’est pas une inconnue pour ceux qui lisent régulièrement les publications juives […] ». Elle est en effet très investie dans nombre de celles-ci. Indiquons, par exemple, qu’elle collabore en 1934-1935 au Journal juif, dans ses pages « Jeunes » avec une série « Où va la Jeunesse juive ? ». Parallèlement, le 10 janvier 1935, à Paris, dans le cadre des réunions mensuelles de l’Union des femmes juives françaises pour la Palestine, elle dispense une conférence sur « L’éducation juive de notre jeunesse » (L’Univers israélite, 4 janvier 1935).

À partir de 1934, elle publie dans l’hebdomadaire Marianne. Elle y fait paraître notamment une fiction en feuilleton, « Le reportage de Pol Pic », et, le 24 avril 1935, ses entretiens avec Georges et Marthe Ionesco, sur Panaït Istrati.

Mais à Marianne comme ailleurs, ce sont des reportages sociaux qu’elle livrera le plus souvent, qui attestent de ses préoccupations majeures, que l’on a pu voir émerger dans ses articles précédents : l’enfance, la jeunesse, l’éducation, les loisirs.

Signalons, dans Marianne en juillet 1936, sa « grande enquête », « Que faire de son gosse ? ». Ces réflexions l’amènent à participer souvent à des causeries. Par exemple, le 6 novembre 1936, elle est conviée aux débats du club George-Sand, « Les jeunes dévoyées peuvent-elles être redressées ? », avec d’autres intellectuelles, telles Hélène Gosset ou Maria Vérone (Marianne, 4 novembre 1936). Par exemple, elle publie dans l’hebdomadaire intellectuel du Front populaire, Vendredi, le 19 février 1937, un article sur « Les jeunes et l’esprit ». Un journal qu’elle soutient aussi par sa contribution financière à une souscription « Pour la “puissance” de Vendredi » (11 juin 1937).

En cette année 1937, elle inaugure une collaboration à l’hebdomadaire illustré communiste Regards. Mentionnons les reportages suivants : « L’enfance en danger » (22 et 29 avril 1937), illustrée par des photos signées de Juliette Lasserre, avec laquelle elle va former un duo de reportrices à plusieurs occasions ; et, « Le 14 juillet de la jeunesse » (22 juillet 1937).

Est-ce cette question de l’enfance qui l’amène à se préoccuper de la Guerre d’Espagne ? Elle signe en tout cas un reportage sur « Les enfants [basques] bombardés » (10 juin 1937) avec des photos de Juliette Lasserre. Elle contribue à la souscription « Pour le peuple basque » (Regards, 22 juillet 1937).

Parallèlement, elle mène une réflexion sur les loisirs. En août 1936, elle avait publié dans Marianne un reportage sur « Les auberges de jeunesse ». Le 23 juin 1937, elle y signe un article relatant « Un an de loisirs ». En septembre 1937, elle publie une série de quatre reportages intitulée « Le temps des loisirs », annoncée en Une de Regards le 23 et illustrée par Juliette Lasserre. Elle participe au Guide des auberges de jeunesse pour 1937, avec d’autres intellectuels de renommée, tels Jean Cassou ou Magdeleine Paz. Elle dispense des conférences sur ce sujet : notamment le 28 janvier 1938, sur « L’utilisation des loisirs » dans le cadre de la revue Existences, « revue trimestrielle de l’association Les étudiants au sanatorium » ; ou le 31 mars 1938, à Bordeaux, par l’intermédiaire du groupe « Savoir », sur le rôle de la jeunesse dans les loisirs (Vendredi, 25 mars 1938 ; La France de Bordeaux et du Sud-Ouest, 1er avril 1938).

Juliette Pary Marianne 5 août 1936. Source gallica.bnf.fr / BnF.
Juliette Pary Le Journal juif 5 avril 1935. Source gallica.bnf.fr / BnF.

Le sujet de l’éducation, l’un de ses autres thèmes de prédilection, est présent dans ses articles comme dans sa vie. En avril-mai 1937, Marianne accueille un « grand reportage » de sa plume, « Éduquons les éducateurs ». Juliette Pary est l’initiatrice du Centre de formation des responsables pour les Auberges laïques (CFR). En 1938, elle publie Mes 126 gosses, histoire autobiographique d’une directrice de colonies de vacances dans la banlieue parisienne, travail qu’elle a assumé pendant trois mois au moment du Front populaire. Elle a aussi participé aux activités de « Camping et culture », association née de l’Association des Écrivains et artistes révolutionnaires (AEAR). Au banquet annuel de « Camping et Culture » en 1937, la chorale parisienne crée le chant de plein air « Toute une vie », dont les paroles sont de Juliette Pary (musique : Jacques Pougatz).

Mes 126 gosses est sélectionné pour le prix Marianne (du nom de l’hebdomadaire), et bénéficie d’une large recension dans les périodiques de la gauche, Georges Sadoul insistant par exemple dans Commune sur l’origine sociale de ces « 126 gosses venus des maisons les plus pauvres de Belleville, avec leurs misères, leur turbulence, leur gentillesse, leur indiscipline » (juillet 1938). Des adaptations cinématographiques de cet ouvrage sont ensuite annoncées : « Fernand Weill prépare la réalisation de Mes 126 gosses, d’après l’œuvre de Juliette Pary. C’est Roger Goupillières qui mettra le film en scène. Élie Michel dirigera la production » (Paris-Midi, 19 septembre 1938). René Clair commencera en tout cas un film intitulé Air (dialogues de Pierre Bost) en 1939, en s’inspirant de sa vie de directrice de colonie de vacances, dont le tournage sera définitivement interrompu du fait de la déclaration de guerre.

Juliette Pary se préoccupe aussi de la place des femmes dans la société. Elle participe à la conférence internationale des femmes à Marseille en mai 1938 où elle présente son rapport sur l’antisémitisme (Le Droit des femmes, 1er mai 1938). Elle en rend compte dans Regards, concluant ainsi son article : « Et de ces trois journées de contact poignant entre femmes de toutes les races et du même esprit, au milieu de ce monde en folie furieuse, au milieu de ce Marseille ensoleillé avec la joie fougueuse de ses cafés multicolores sur les quais, avec la misère de ses gosses et de ses filles vendus dans les ruelles noires à quelques pas des grands restaurants, chacune de nous emporte plus de désir et de possibilité pratique de s’entr’aider, plus de savoir et de compréhension mutuelle, plus de volonté de résister à la démence fasciste, plus de foi en la victoire finale de la justice ! » (Regards, 26 mai 1938). Elle participe aussi au Congrès des dames sionistes de France, qui a lieu du 19 au 21 octobre 1938 et qui regroupe toutes « les femmes en France qui travaillent pour la Palestine ou qui s’intéressent à la reconstruction d’Erets-Israël » (La Tribune juive, 22 juillet 1938) : elle y intervient sur « La femme juive dans le monde ».

Ces différents sujets de prédilection seront utilisés dans ses pièces radiophoniques, ses lectures pour Paris-PTT, en 1938-1939. En 1940, elle écrira de nouveau une chanson, « Vieux sujets… jeunes chansons » (musique de France Martis et Daniel).

Pendant l’Occupation, Isaac Pougatch et Juliette Pary, nous apprend Samuel Bouission, se réfugient en zone libre, et s’occupent d’une maison d’enfants évacués à Moissac (Tarn-et-Garonne), puis résident à Charry où ils dirigent « un camp de jeunesse rural, sous l’égide des Éclaireurs israélites de l’OSE (Œuvre de secours aux enfants) ».

En décembre 1942, le même auteur nous informe de leur arrivée en Suisse, du fait de l’envahissement de la zone sud, et de leur arrestation à la frontière puis de leur internement au camp des Charmilles, à Genève. « À l’instar d’autres internés, le couple Pougatch vit sous contrôle, mais est aussi utilisé par la Suisse humanitaire pour ses compétences en matière éducative. De nombreux papiers administratifs, une correspondance constante entre services de police et des réfugiés et associations humanitaires de secours aux enfants témoignent de l’enjeu que constituent ces élites émigrées en Suisse. »

Samuel Bouission nous apprend également que cette période révèle les désormais incompatibilités entre les deux époux : ils divorceront en 1949.

À partir de la deuxième moitié des années 1940, Juliette Pary collabore aux Lettres françaises, et travaille aussi à Marie-Claire.

En octobre 1948, elle publie un essai autobiographique L’Amour des camarades, salué notamment dans l’Humanité. Il est dédié « à Arlette Humbert-Laroche, poète et combattante morte au camp de Belsen » – elle dispensera ultérieurement une conférence sur celle-ci au Cercle de Lausanne (Les Lettres françaises, 20 juillet 1950).

Juliette Pary, L'Amour des camarades (1948). Source gallica.bnf.fr / BnF.

L’Amour des camarades est une sorte de journal de bord, ainsi qu’une suite de pensées sur ses activités notamment journalistiques ; elle y consigne par exemple son dépit d’avoir vu en 1938 l’hebdomadaire Vendredi disparaître : « Après le traité de Munich, Vendredi cesse d’exister. S’il eût annoncé qu’il mourait pour manque de fonds et eût décemment disparu après un dernier numéro mélancolique, nous aurions porté son deuil avec celui de la Tchécoslovaquie et de l’Espagne. Vendredi serait resté en nous un nom pur, celui d’un combattant tombé à la guerre. Mais à ses lecteurs atterrés, “l’organe des intellectuels libres” expose que les circonstances ayant changé, il ne s’occupera désormais plus de politique et se muera en journal philosophique, artistique et littéraire qui s’intitulera Reflets. Reflets de quoi ? Vendredi s’était chargé de guider l’opinion publique, de dire la vérité aux dizaines de milliers d’instituteurs, d’étudiants, de nigauds comme moi qui le lisent, et au moment où nous avons le plus besoin d’être renseignés et conduits, Vendredi devient Reflets. Reflets !… Je vis la transformation de l’amour en dégoût. Mon Vendredi ! »

 

La question juive est toujours à son ordre du jour, et elle publie par exemple dans l’« hebdomadaire de la vie juive », Droit et liberté. À l’été 1948, elle en est l’envoyée spéciale en Palestine, et signe un reportage, « L’épopée de Negba, porte du désert » (1er septembre 1948). Envoyée spéciale, aussi, ultérieurement, pour Le Patriote de Nice et du Sud-Est (« Sur le front de Haute Galilée », 12 décembre 1948).

Juste après sa mort paraît son essai Images du jeune Israël (Lausanne, éditions Concorde), ouvrage de reportage sur le nouvel État d’Israël.

Sources et bibliographie

Œuvres principales

Romans : L’Homme aux romans policiers, Paris, Librairie des Champs-Elysées, 1933. — Le Mystère de l’Opéra Building, Paris, Librairie des Champs-Elysées,1934. — Essais autobiographiques : Les Hommes sont pressés, Paris, Gallimard, 1934. — Mes 126 gosses, Paris, Flammarion, 1938. — L’Amour des camarades, Lille, V. Michon, 1948. — Traductions choisies : Christie Agatha, L’Homme au complet marron, Paris, Librairie des Champs-Elysées, 1930. — Hermann Hesse, Le Loup des steppes, Paris, La Renaissance du livre, 1931. — Gérard Fairlie, L’Appel des vautours, Paris, La Renaissance du livre, 1932. — Anton Semenovič Makarenko, Le Chemin de la vie, Éditions sociales internationales, 1939 (avec Madeleine Etard). — Shalom Asch, Le Juif aux psaumes, Paris, Flammarion, 1939 (avec I. Pougatz). — Agatha Christie, Le Secret de Chimneys, Paris, Librairie des Champs-Elysées, 1949. — Articles de périodiques cités dans la notice.

Sources

Samuel Bouission, Mathias Gardet, Martine Ruchat, L’Internationale des républiques d’enfants, Anamosa, 2020. — Samuel Boussion, « Un pédagogue juif au service de l’éducation internationale », 22 mars 2018 : https://patrimoinejuifgenevois.ch/wp-content/uploads/2023/01/Isaac-POUGATCH-1.pdf. — Anne Mathieu, Nous n’oublierons pas les poings levés. Reporters, éditorialistes et commentateurs antifascistes pendant la guerre d’Espagne, Paris, éditions Syllepse, 2020. —  Nicolas Palluau, La Fabrique des pédagogues. Encadrer les colonies de vacances. 1919-1939, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2013. — Pascal Ory, La Belle Illusion. Culture et politique sous le signe du Front populaire (1935-1938), Paris, Plon, 1994. —  Feuille d'avis de Lausanne, 9 octobre 1950, p. 15. URL :  https://www.scriptorium.ch/zoom/49750/. — « Juliette Pary (1903-1950) », BnF Data. URL : https://data.bnf.fr/fr/ark:/12148/cb11918678k. — « Pary, Juliette (1903-1950) », Catalogue général de la BnF. URL : https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb11918678k. — Périodiques et articles de périodiques cités dans la notice. — Toutes les pages internet ont été consultées le 17 juillet 2026.