Juliette Gourfinkel est une réfugiée apatride d’Odessa et la fille d’une famille juive laïque.
Elle travaille d’abord comme traductrice, métier qu’elle conservera jusqu’à la fin de son existence. Elle traduira l’allemand, l’anglais, le russe, l’ukrainien.
C’est par hasard qu’elle collabore pour la première fois, en 1928, et à un périodique et à la « revue de diplomatie internationale » Ambassades et consulats – anecdote qu’elle racontera plus tard à Janine Bouissounouse dans Les Nouvelles littéraires (21 décembre 1935). À cette revue, elle va livrer divers articles, dont des interviews du personnel diplomatique – ou de femmes de diplomates. Cette première collaboration révèle plusieurs des thèmes qui lui seront chers, dont celui de l’enfance : si elle y mène une « enquête sur la SDN » en juin 1930, c’est pour relater « Ce qu’en pensent nos petits écoliers ».
Dès cette période, tout comme pour ses traductions, ou ses romans policiers, elle signe de son pseudonyme : Juliette Pary.
En 1931, elle se marie avec Isaac Pougatch (1897-1988), intellectuel socialiste et promoteur du renouveau culturel juif. À partir de 1933, ainsi que l’explique Samuel Bouission, « leur sort est lié à celui des réfugiés juifs venus d’Allemagne, s’occupant notamment de leur trouver du travail, par le biais de l’organisation de jeunesse sioniste Agriculture et artisanat, localisée sur les Champs-Élysées, fondée par Justin Godard et André Spire […] ».
Le 28 juin 1933, L’Univers israélite, « Journal des principes conservateurs du judaïsme », lui ouvre ses pages pour un reportage sur le Congrès de l’Union internationale des associations pour la Société des Nations. Le chapô de l’article mentionne qu’elle « n’est pas une inconnue pour ceux qui lisent régulièrement les publications juives […] ». Elle est en effet très investie dans nombre de celles-ci. Indiquons, par exemple, qu’elle collabore en 1934-1935 au Journal juif, dans ses pages « Jeunes » avec une série « Où va la Jeunesse juive ? ». Parallèlement, le 10 janvier 1935, à Paris, dans le cadre des réunions mensuelles de l’Union des femmes juives françaises pour la Palestine, elle dispense une conférence sur « L’éducation juive de notre jeunesse » (L’Univers israélite, 4 janvier 1935).
À partir de 1934, elle publie dans l’hebdomadaire Marianne. Elle y fait paraître notamment une fiction en feuilleton, « Le reportage de Pol Pic », et, le 24 avril 1935, ses entretiens avec Georges et Marthe Ionesco, sur Panaït Istrati.
Mais à Marianne comme ailleurs, ce sont des reportages sociaux qu’elle livrera le plus souvent, qui attestent de ses préoccupations majeures, que l’on a pu voir émerger dans ses articles précédents : l’enfance, la jeunesse, l’éducation, les loisirs.
Signalons, dans Marianne en juillet 1936, sa « grande enquête », « Que faire de son gosse ? ». Ces réflexions l’amènent à participer souvent à des causeries. Par exemple, le 6 novembre 1936, elle est conviée aux débats du club George-Sand, « Les jeunes dévoyées peuvent-elles être redressées ? », avec d’autres intellectuelles, telles Hélène Gosset ou Maria Vérone (Marianne, 4 novembre 1936). Par exemple, elle publie dans l’hebdomadaire intellectuel du Front populaire, Vendredi, le 19 février 1937, un article sur « Les jeunes et l’esprit ». Un journal qu’elle soutient aussi par sa contribution financière à une souscription « Pour la “puissance” de Vendredi » (11 juin 1937).
En cette année 1937, elle inaugure une collaboration à l’hebdomadaire illustré communiste Regards. Mentionnons les reportages suivants : « L’enfance en danger » (22 et 29 avril 1937), illustrée par des photos signées de Juliette Lasserre, avec laquelle elle va former un duo de reportrices à plusieurs occasions ; et, « Le 14 juillet de la jeunesse » (22 juillet 1937).
Est-ce cette question de l’enfance qui l’amène à se préoccuper de la Guerre d’Espagne ? Elle signe en tout cas un reportage sur « Les enfants [basques] bombardés » (10 juin 1937) avec des photos de Juliette Lasserre. Elle contribue à la souscription « Pour le peuple basque » (Regards, 22 juillet 1937).
Parallèlement, elle mène une réflexion sur les loisirs. En août 1936, elle avait publié dans Marianne un reportage sur « Les auberges de jeunesse ». Le 23 juin 1937, elle y signe un article relatant « Un an de loisirs ». En septembre 1937, elle publie une série de quatre reportages intitulée « Le temps des loisirs », annoncée en Une de Regards le 23 et illustrée par Juliette Lasserre. Elle participe au Guide des auberges de jeunesse pour 1937, avec d’autres intellectuels de renommée, tels Jean Cassou ou Magdeleine Paz. Elle dispense des conférences sur ce sujet : notamment le 28 janvier 1938, sur « L’utilisation des loisirs » dans le cadre de la revue Existences, « revue trimestrielle de l’association Les étudiants au sanatorium » ; ou le 31 mars 1938, à Bordeaux, par l’intermédiaire du groupe « Savoir », sur le rôle de la jeunesse dans les loisirs (Vendredi, 25 mars 1938 ; La France de Bordeaux et du Sud-Ouest, 1er avril 1938).