Premier séminaire du pôle « Syndicalismes » du Maitron, le projet s’inscrit dans le champ de l’histoire de la santé dans les mondes du travail qui s’est considérablement développée depuis plus d’une vingtaine d’années[1]. Cette histoire s’est récemment ouverte aux problématiques environnementales[2] et propose notamment la notion d’environnementalisme ouvrier[3].
Il s’agit de rendre visibles les acteurs et actrices qui, parfois en relation avec le monde savant, la sphère réformatrice ou encore l’univers associatif contestataire des années 68, ont porté des combats dans le domaine de la santé des travailleurs dans des situations et contextes particuliers. Ces derniers, nombreux, constituent un fil rouge de l’histoire du travail : phase d’institutionnalisation du mouvement ouvrier à partir de la fin du XIXe siècle marqué par l’émergence de la notion de risque industriel avec la loi de 1898 sur les accidents du travail et la loi de reconnaissance des maladies professionnelles de 1919 ; pratique conventionnelle et réglementaire des comités d’hygiène et de sécurité qui se muent en comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) en 1982 ; mobilisations contre des produits nocifs tels que le plomb dans la peinture ou l’usage de l’amiante ; luttes contre les pollutions dans l’industrie nucléaire, la chimie et la pétrochimie ; plus récemment, des combats contre les maladies de posture, du geste et de la répétition ou bien des réflexions et actions relatives à la santé psychique des travailleurs.
Même si certains chercheurs évoquent un retard dans la prise en compte de la question sanitaire par les mondes syndicaux, nous pensons que cette visibilisation des acteurs et actrices des mondes syndicaux est possible par le biais de travaux monographiques et par l’examen d’archives syndicales insuffisamment prises en compte précédemment.
À ce titre, rechercher des notices biographiques d’acteurs et actrices dans le dictionnaire patrimonial du Maitron s’avère indispensable. À cette démarche s’ajoute la nécessité d’écrire de nouvelles notices biographiques, inspirées par les récents prolongements historiographiques. Cette double entreprise ne peut se faire qu’avec l’aide des responsables des corpus syndicaux du Maitron et du comité scientifique du pôle « Syndicalismes » afin d’orienter les recherches et les perspectives.
Ce premier séminaire n’est donc pas une fin en soi : il est au contraire une première étape pour explorer les rapports entre syndicalismes et santé à partir des notices biographiques du Maitron. Il questionnera l’intérêt heuristique d’une approche biographique pour cerner les manières dont les syndicalistes se sont emparés des questions sanitaires sur le long terme.
Pour animer la discussion, nous avons prévu d’inviter des chercheurs particulièrement investis dans ce domaine : Renaud Bécot et Rémi Ponge ont déjà répondu positivement à cette demande
À noter que le séminaire, prévu en décembre 2026 ou en janvier 2027, sera en visio. Le lien sera communiqué ultérieurement.
Crédits photo : British Woman working in chemical laboratory near Manchester. University of British Columbia Library. Rare Books & Special Collections. World War I 1914-1918 British Press photograph collection. BC 1763. Public Domain.
[1] A cet égard, renonçant à établir une bibliographie exhaustive, nous invitons les lecteurs de cet appel à lire ou relire l’article de Judith Rainhorn intitulé Santé ouvrière et maux du travail, où en est l’histoire sociale ? (numéro 224 du Mouvement social).
[2] Voir en particulier R. Bécot, M. Ghis Malfilatre et A. Marchand, « Introduction. Pour un décloisonnementscientifique de la santé au travail et de la santé environnementale », Sociétés contemporaines, no 121, 202.
[3] R. Bécot, « L’histoire environnementale au travail. Repères pour une histoire environnementale des mondes du travail », in R. Bécot et S. Frioux (dir.), Écrire l’histoire environnementale au xxie siècle. Sources, méthodes, pratiques, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2022, p. 27-44.
