JEAN-LOUIS VOISIN
LES ROMAINS, CHASSEURS DE TÊTES
. . . caput humanum integra facie aperientibus fundamenta templi dicitur apparuisse.
Tite-Live, I, 55, 5.
Si les auteurs anciens avaient déjà associé la pratique des têtes coupées au monde celte, les historiens contemporains n'ont cessé de souligner ce lien1. Depuis la série d'articles d'Adolphe Reinach, au début du siècle, jusqu'à l'essai de Pierre Lambrechts, plus d'une cinquantaine de titres ont contribué à faire assimiler la chasse aux têtes à une exclusivité celte2, à tel point qu'a été négligée, ou peu s'en faut, l'étude de ce même usage chez les Juifs, les Thraces, les Scythes, les Massagètes et
1 II est à remarquer que les auteurs grecs ont été plus impressionnés par cette pratique que les auteurs romains. Parmi les premiers les textes les plus importants sont ceux de Diodore de Sicile, V, 29, 4-5 et de Strabon, IV, 4, 5 qui précise avoir suivi Posidonius, dont on sait qu'il s'était rendu à Marseille et qu'il avait visité l'intérieur du pays. Les écrivains latins sont plus discrets sur la spécificité celte de cette pratique. César n'en dit rien dans la Guerre des Gaules où la seule tête coupée signalée est celle d'un chef gaulois capturé par l'armée romaine. Tite-Live, XXIII, 24, 11-12, rapporte que le consul L. Postu- mius se fit couper la tête par les Gaulois Boiens, mais ce qui pique sa curiosité c'est plus la consécration dans un temple de la tête du consul que le fait même de la décapitation.
2 Ad. Reinach, Le rite des têtes coupées chez les Celtes, dans RHR, 1913, p. 41-48; P. Lambrechts, L'exaltation de la tète dans la pensée et dans l'art des Celtes, Bruges, 1954 (désormais abrégé P. Lambrechts). Depuis cet essai, on peut ajouter, J. de Vries, La religion des Celtes, Paris, 1963, p. 229-230, M. Rambaud, La déformation historique chez César, Paris, 1966, p. 329-331; J. Harmand, Une campagne césarienne, Alesia, Paris, 1967, p. 325, n. 442; A. Ross, Pagan Celtic Britain, Londres, 1967, p. 61-97; J. Harmand, Les Celtes, Paris, 1970, p. 120-122; Ch. Peyre, La Cisalpine gauloise du IIIe au Ier siècle avant J.-C, Paris, 1979, p. 110-111. L'ossuaire gaulois découvert à Ribemont-sur- Ancre (Somme) apportera des éléments nouveaux sur des pratiques plus célèbres que bien connues. Nous remercions Jean-Louis Cadoux des nombreux renseignements qu'il a bien voulu nous donner.



















