
Fils de Charles Fr�jus D�sir� LI�NARD (n� en 1834 ; X 1854 ; ing�nieur au corps des mines) et de Am�lie Elisa Alexandrine HEYSCH. Petit-fils de Louis Charles Marie LI�NARD et de Marie Catherine Florence CHALET.
Fr�re de Charles Hippolyte Antonin LI�NARD (1865-1893 ; X 1895 ; Corps de l'Artillerie ; ing�nieur aux chemins de fer de l'Ouest).
D�c�s le 29/4/1958.
N� le 2 avril 1869, � Amiens (Somme).
1887-1889. �l�ve � l'�cole Polytechnique. Entr� class� 5�me, sorti class� 3�me. 1889-1892. �l�ve-ing�nieur � l'Ecole des Mines de Paris (sorti class� 1er sur 4 �l�ves). Corps des Mines.
1892-1895. Ing�nieur des Mines � Valence, � Marseille, puis � Angers.
1895-1908. Professeur � l'�cole des Mines de Saint-�tienne. Cours profess�s : Analyse math�matique; M�canique rationnelle: R�sistance des Mat�riaux et Construction: �lectricit� Industrielle.
1908-1929. Professeur de la chaire d'Electricit� industrielle � l'�cole des Mines de Paris.
Dans le m�me intervalle de temps :
1908-1911. Ing�nieur en chef de l'arrondissement min�ralogique de Versailles.
31/10/1912-1/6/1922. Outre la chaire d'Electricit� industrielle, il est Titulaire de la chaire de R�sistance des Mat�riaux et Construction � l'�cole des Mines de Paris.
1/12/1918-16/91929. Sous-Directeur de l'�cole des Mines. A cette �poque, son salaire annuel �volue rapidement en raison de l'inflation : 54000 fr le 1/8/1926, 90000 fr le 1/7/1929, 100000 fr le 1/10/1930.
14/3/1913-1929. R�p�titeur adjoint de M�canique � l'�cole Polytechnique, r�p�titeur titulaire � partir de 1921.
16/1/1922. Inspecteur g�n�ral des Mines de 2�me classe, mais la nomination est avanc�e r�troactivement au 16/1/1919 pour tenir compte de la guerre.
1/1/1929. Inspecteur g�n�ral des Mines de 1�re classe.
16/9/1929-30/11/1936. Directeur de l'�cole des Mines de Paris. Il quitte l'Ecole fin 1936 pour partir en retraite.
De 1926 � 1929. Vice-Pr�sident de la Soci�t� fran�aise des �lectriciens.
1933. Pr�sident de la Soci�t� math�matique de France.
Guerre 1914-1918 :
1er ao�t 1914 au 1er mai 1916. Lieutenant-Colonel d'Artillerie au Parc d'Artillerie de place � Verdun. Il sera ray� des cadres de r�serve en 1923.
Mai 1916 � juillet 1917. Sous-Inspecteur administratif des Forges de Lyon.
Juillet 1917. Mis hors cadres � la disposition de la Direction des Mines au Minist�re de l'Armement.
Distinctions :
1911. Prix Vaillant � l'Acad�mie des Sciences.
1929. Prix Poncelet.
18/10/1933. Commandeur de la L�gion d'honneur.
Le lecteur trouvera ci-apr�s l'analyse des divers �crits scientifiques que j'ai publi�s.
Mes recherches se rapportent � la th�orie de l'�lectricit� et au magn�tisme ainsi qu'� la m�canique (�lasticit� et r�sistance des mat�riaux; hydrodynamique). Les quelques travaux qui se rattachent aux math�matiques pures ont �t� entrepris en vue de questions de m�canique (signe de la partie r�elle des racines d'une �quation alg�brique; �tude de l'�quation des oscillations auto-entretenues).
M'�tant occup� d'�lectricit� et d'�lasticit�, j'ai en particulier �tudi� ce que deviennent les lois classiques de l'�lasticit� dans le cas des substances aimant�es ou polaris�es et je suis ainsi arriv� � r�soudre enti�rement les probl�mes de l'�lectrostriction et de la magn�tostriction, gr�ce � l'emploi dans ces probl�mes des m�thodes thermodynamiques de P. Duhem. Je tiens � dire � cette occasion tout ce que je dois � Duhem, m�me lorsque je ne suis pas enti�rement de son avis et j'en dirai autant du grand Maxwell qui a �t� mon ma�tre en �lectricit� et Magn�tisme.
Si je n'ai rien publi� sur la Thermodynamique en dehors de l'application que je viens de signaler � l'�lectrostriction et � la magn�tostriction, je me suis souvent occup� de cette science que j'ai en particulier enseign�e par suppl�ance en 1917 � l'�cole des Mines.
Le cours de R�sistance des Mat�riaux et Construction et le cours d'�lectricit� industrielle que j'ai profess�s, l'un pendant 18 ans, l'autre pendant 30, avec leurs travaux pratiques, projets et visites d'usine, ont �t� pour moi l'occasion d'un contact avec l'Industrie. J'ai souvent pris part aux discussions ouvertes � la Soci�t� fran�aise des �lectriciens.
Expos� fait en s�ance mensuelle de la Soci�t� fran�aise des Electriciens, le 4 d�cembre 1958.
M. LE PR�SIDENT,
MESDAMES,
MESSIEURS,
MES CHERS COLL�GUES,
LI�NARD est n� le 2 avril 1869 � Amiens. Il �tait encore un tout jeune adolescent lorsqu'il perdit son p�re, ing�nieur des Mines, qui devait mourir � 50 ans, directeur des Mines de Carmaux. Entr� en 1887 � l'�cole polytechnique o� l'avait pr�c�d� de deux ans son fr�re Charles, ing�nieur aux Chemins de fer de l'Ouest, disparu pr�matur�ment � l'�ge de 29 ans, il en sort troisi�me en 1889 dans le Corps des Mines. Apr�s quelques ann�es de service comme ing�nieur � Valence, � Marseille, puis � Angers, il est nomm� en 1895 professeur � l'�cole des Mines de Saint-�tienne. Alors commence une longue et brillante carri�re, exclusivement consacr�e � l'enseignement et � la recherche. Il professe successivement dans cette �cole les cours d'Analyse, de M�canique rationnelle, de R�sistance des Mat�riaux et d'�lectricit� industrielle, puis est nomm�, en 1908, � l'�cole des Mines de Paris dont il deviendra sous-directeur en 1918, et directeur en 1929, apr�s y avoir occup� pendant plus de 20 ans la chaire d'�lectricit� industrielle et, pendant une dizaine d'ann�es, de 1913 � 1922, celle de R�sistance des Mat�riaux et de Construction, ce qui ne l'avait pas emp�ch�, entre temps, d'exercer de 1913 � 1929 les fonctions de R�p�titeur de M�canique � l'�cole polytechnique.
La clart� d'esprit, la pr�cision dans le raisonnement, la profondeur de p�n�tration et le sens critique dont il �tait dou� auraient sans doute suffi � faire de lui le meilleur des professeurs. Mais � ces �minentes qualit�s, s'ajoutaient celles d'un chercheur chez qui une grande habilet� math�matique allait de pair avec un sens physique tr�s s�r. Contribuant � faire avancer les diverses disciplines qu'il avait la charge d'enseigner, il les connaissait par une exp�rience directe et profonde. Aussi, mieux qu'un excellent professeur, LI�NARD a-t-il �t� un v�ritable ma�tre.
Comme son enseignement, ses recherches, poursuivies sans interruption pendant plus de 60 ans, ont port� sur l'�lectricit� et le magn�tisme, l'�lasticit�, la r�sistance des mat�riaux, l'hydrodynamique et la thermodynamique. L'�tude de certains probl�mes de m�canique a, en outre, �t� pour lui l'occasion de faire oeuvre de pur math�maticien et de r�soudre de difficiles probl�mes d'alg�bre et d'analyse. C'est donc une oeuvre scientifique riche et diverse que je vais essayer d'�voquer devant vous.
Il convient d'abord de mentionner, sans y insister, des travaux, tr�s anciens pour la plupart, qui, concernant des th�ories abandonn�es depuis l'av�nement des id�es relativistes, n'ont plus gu�re qu'un int�r�t historique. C'est le cas de quelques Notes ou M�moires sur les th�ories de Lorentz et de Larmor ou sur l'application des �quations de Lagrange, dans le cas des contacts glissants, aux lois de l'�lectrodynamique. Il n'est cependant pas inutile de rappeler que c'est LI�NARD qui a montr� le premier, dans une Note de 1910, discut�e � la Soci�t� fran�aise des �lectriciens et publi�e dans son bulletin, que la conception des lignes d'induction ayant une certaine individualit� et causant, par leur d�placement, les forces �lectro-motrices d'induction, n'�tait pas acceptable, au moins dans le cas o� ces forces �lectromotrices r�sultent d'une variation du champ magn�tique. C'est l� un point que la conception relativiste du champ �lectromagn�tique nous dispenserait aujourd'hui de discuter, mais qui n'�tait nullement �vident � l'�poque.
Parmi d'ailleurs les tout premiers travaux de LI�NARD, il en est qui ont conserv� toute leur valeur et qui contiennent des r�sultats de la plus grande importance. J'en citerai deux.
Le premier est un M�moire, paru on 1898 dans la revue �clairage, �lectrique, o� est calcul�, pour la premi�re fois, de fa�on correcte, le champ �lectromagn�tique produit par une charge ponctuelle, anim�e d'un mouvement absolument quelconque. LI�NARD �tablit que ce champ d�rive de potentiels dont il obtient les expressions, � partir de l'expression g�n�rale des potentiels retard�s, par un calcul direct qui fait intervenir un d�licat passage � la limite et dont l'ex�cution correcte t�moigne d'une grande s�ret� de raisonnement math�matique. Ces expressions qui ont �t� �tablies de fa�on ind�pendante, mais deux ans plus tard, par WIECHERT et qui peuvent �tre aujourd'hui obtenues beaucoup plus facilement par une application du principe de relativit�, impossible � l'�poque, sont devenues classiques sous le nom de potentiels de Li�nard ou de Li�nard et Wiechert. De ses formules LI�NARD d�duit, 7 ans avant LANGEVIN, divers r�sultats, non moins classiques aujourd'hui, sur l'�nergie rayonn�e par une charge en mouvement acc�l�r� et sur l'inertie �lectromagn�tique d'un petit corps charg�.
Le second travail dont je veux parler est un article encore plus ancien puisqu'il a paru en 1894. dans le journal La lumi�re �lectrique. Il �tait alors g�n�ralement admis, de mani�re plus ou moins explicite, dans les trait�s d'�lectricit�, que, pour calculer les forces exerc�es par un champ magn�tique sur un aimant, il �tait indiff�rent de faire intervenir le champ d'origine ext�rieure ou le champ total, r�sultant de la composition, avec le premier, du champ produit par l'aimant lui-m�me. Cette hypoth�se est inexacte et conduit � des r�sultats contradictoires. Si, par exemple, on calcule le couple exerc� par un champ uniforme sur un ellipso�de de fer doux, on trouve une valeur non nulle en ne faisant intervenir que le champ d'origine ext�rieure ou magn�tisant, tandis qu'avec le champ total, le couple serait nul. C'est, on le sait, le premier r�sultat qui est exact. LI�NARD montre qu'en introduisant le champ total, on commet une erreur et que, pour la corriger, il faut introduire des forces normales s'exer�ant sur la surface de l'aimant et proportionnelles au carr� de la composante normale de l'aimantation. La n�cessit� de ces termes correctifs avait �chapp� tant � MAXWELL qu'� DUHEM. Des conclusions analogues sont valables pour les di�lectriques polaris�s. LI�NARD en tire d'ailleurs, d�s cette �poque, d'importantes cons�quences sur lesquelles il aura souvent l'occasion de revenir. Il montre d'abord que l'�tat de d�formation d'un milieu, sugg�r� par MAXWELL pour expliquer les forces �lectriques et magn�tiques, est absolument inacceptable. Il montre ensuite l'inutilit� de l'hypoth�se selon laquelle la constante de la loi de Coulomb varierait en raison inverse du pouvoir inducteur du milieu, hypoth�se d'ailleurs insuffisante � expliquer les ph�nom�nes en milieu non homog�ne. Il d�nonce � cette occasion la confusion, encore fr�quente aujourd'hui, entre le coefficient de la formule de Coulomb et le pouvoir inducteur sp�cifique.
La n�cessit� d'introduire les tensions superficielles de Li�nard met en �vidence le caract�re conventionnel de la d�finition du champ dans un milieu aimant� ou polaris� et elle est en relation avec le fait, encore trop ignor�, que, pour employer les termes m�mes de LI�NARD, � le champ � l'int�rieur d'un aimant (ou d'un di�lectrique polaris�) ne poss�de pas une valeur unique, d�rivant d'un potentiel scalaire �, mais � pr�sente une infinit� de d�terminations �. C'est un point qu'il devait d�velopper brillamment dans une Communication faite en 1922 � Montpellier, au congr�s de l'Association pour l'Avancement des sciences. Il montrait, en outre, que � le nom de champ conviendrait mieux au vecteur appel� ordinairement induction � et il �tait ainsi l'un des premiers � affirmer une primaut� aujourd'hui universellement reconnue � ce vecteur.
Quelques ann�es plus tard, en 1928, il pr�sentait, dans les Annales de Physique, des consid�rations, devenues depuis, elles aussi, famili�res � tous les physiciens, � sur les relations qui existent entre la sym�trie des ph�nom�nes physiques et leur repr�sentation au moyen de vecteurs on de tenseurs � : il montre que l'introduction du tenseur conjugu� d'ordre n - p � un tenseur sym�trique gauche d'ordre p dans un espace � n dimensions peut permettre des simplifications de calcul; c'est ce qui fait l'int�r�t des vecteurs utilis�s pour repr�senter des grandeurs telles que le champ ou l'induction magn�tique, lesquelles sont en fait beaucoup mieux repr�sent�es par les tenseurs du second ordre dont ces vecteurs ne sont que les tenseurs conjugu�s; � de ce chef �, fait-il observer, � les analogies souvent signal�es entre les champs �lectrique et magn�tique ont un caract�re math�matique, sans qu'il y ait r�ellement analogie physique �.
Le travail de 1894, dont j'ai parl� tout � l'heure, sur les forces d'origine magn�tique appliqu�es aux aimants pr�ludait � tout un ensemble de recherches qui devaient aboutir, en 1920, � la publication d'un tr�s important et tr�s remarquable M�moire paru dans les Annales de Physique sous le titre : � �quilibre et d�formation des syst�mes de conducteurs travers�s par des courants et des corps magn�tiques sans hyst�r�sis �. Comme je l'ai d�j� indiqu�, LI�NARD s'int�ressait � la fois � la th�orie de l'�lectricit� et � celle de l'�lasticit� qu'il avait l'une et l'autre � enseigner. D'autre part, il avait suivi de tr�s pr�s le grand courant d'id�es qui avait conduit, d�s la fin du si�cle dernier, sous l'impulsion de GIBBS, de HELMHOLTZ et de DUHEM, � introduire syst�matiquement les consid�rations thermodynamiques dans la m�canique des milieux continus et avait abouti � une imposante synth�se dans laquelle la Thermodynamique, gr�ce � la notion de potentiel interne et � une extension du principe des travaux virtuels, se pr�sente comme une g�n�ralisation de la m�canique qu'elle comprend comme cas particulier. On con�oit ais�ment que LI�NARD ait �t� tent� d'appliquer une conception qui s'�tait montr�e puissante et f�conde, aux syst�mes dans lesquels s'exercent des forces d'origine �lectromagn�tique. D�j� d'ailleurs, d'importantes recherches avaient �t� faites dans cette direction par HELMHOLTZ, puis par DUHEM et, dans ses Le�ons sur l'�lectricit� et le Magn�tisme, l'illustre physicien fran�ais avait fait intervenir syst�matiquement la notion de potentiel thermodynamique interne dans l'�tude des syst�mes de corps �lectris�s ou aimant�s. Mais, cherchant � �tendre ses r�sultats aux cas de syst�mes renfermant des courants �lectriques, il �tait arriv� � cette conclusion que � les notions d'entropie, de travail non compens� et de potentiel thermodynamique n'ont pas de sens pour de semblables syst�mes �. C'est qu'il avait implicitement admis que la relation entre l'�nergie et le potentiel thermodynamique devait conserver, dans le cas o� il y a des courants, la forme bien connue qu'elle a en thermodynamique ordinaire.
LI�NARD s'aper�ut que cette hypoth�se ne s'imposait nullement. Il fut conduit � remplacer la relation en question par une relation plus g�n�rale, ce qui fit tomber d'un seul coup toutes les difficult�s qui avaient arr�t� DUHEM. Il suffit d'ailleurs, comme il devait le faire remarquer plus tard dans un M�moire compl�mentaire, � propos d'un travail de Th. LEHMANN sur le m�me sujet, de prendre comme variables les flux � la place des courants, pour retomber sur la relation classique.
Apr�s avoir �tabli l'expression du potentiel thermodynamique interne d'un syst�me comprenant des courants et des substances magn�tiques, isotropes ou anisotropes, mais sans hyst�r�sis, il en d�duit celles de l'entropie et de l'�nergie interne. Mais l'application la plus remarquable du potentiel thermodynamique est celle qu'il en fait au calcul du travail d�velopp� lors d'une d�formation quelconque du syst�me, calcul d�licat o� se manifestent avec �clat son extraordinaire ing�niosit� math�matique et la dext�rit� avec laquelle il savait manier les tenseurs. De l'expression de ce travail, il d�duit, par application du principe des travaux virtuels, les conditions d'�quilibre des syst�mes �tudi�s : � ce sont les m�mes qu'on aurait si chaque corps aimant� ou travers� par un courant poss�dait les m�mes propri�t�s �lastiques qu'en l'absence de courants et d'aimantation et si ces corps �taient de plus soumis � certaines forces volumiques et superficielles � dont il donne l'expression.
Ce th�or�me fondamental permet de traiter n'importe quel probl�me de magn�tostriction pour les corps sans hyst�r�sis. LI�NARD en donne diverses applications; il montre, en particulier, que dans le cas de corps plong�s dans un fluide magn�tique homog�ne, isotrope et incompressible, il suffit, pour tenir compte de l'influence du fluide, de supposer qu'il exerce sur la surface des corps immerg�s des pressions normales dont les effets sont tout � fait analogues � la pouss�e d'Archim�de. On peut ainsi calculer les forces qui s'exercent entre circuits conducteurs parcourus par des courants et aimants permanents ou temporaires plong�s dans un fluide magn�tique incompressible. Les r�sultats auxquels on parvient prouvent l'inexactitude d'une vieille r�gle de MAXWELL suivant laquelle ces forces seraient en raison inverse de la perm�abilit� du milieu, comme d'ailleurs d'une autre r�gle due � HELMHOLTZ et d'apr�s laquelle elles seraient, au contraire, proportionnelles � cette perm�abilit�.
Un point important, mis en lumi�re par LI�NARD concerne les forces support�es par les divers �l�ments mat�riels. Ces forces ne sont pas d�termin�es : elles d�pendent des relations, en partie arbitraires, qu'on suppose exister, dans un milieu aimant�, entre les tensions �lastiques et les d�formations. Leur expression se modifie en m�me temps que ces relations de fa�on que le travail produit par toute d�formation, travail qui, lui, est parfaitement d�termin�, conserve la m�me valeur. Cette ind�termination des forces magn�tiques n'est d'ailleurs pas sans relation avec le caract�re conventionnel et math�matique de la d�finition du champ ou de l'induction � l'int�rieur des corps aimant�s, caract�re sur lequel LI�NARD avait d�j� attir� l'attention, comme je l'ai rappel�, il y a un moment.
Les probl�mes d'�lectrostriction sur lesquels bien des r�sultats inexacts avaient alors �t� publi�s, peuvent �tre trait�s par des m�thodes analogues. LI�NARD en fait diverses applications et obtient des r�sultats g�n�raux permettant de retrouver des formules �tablies par SACERDOTE dans des cas particuliers. Il montre aussi que la th�orie des pressions d�velopp�es dans les di�lectriques liquides polaris�s explique pourquoi les attractions entre conducteurs �lectris�s, plong�s dans un tel di�lectrique, varient en raison inverse de son pouvoir inducteur sp�cifique, ce qui d'ailleurs pouvait �tre d�j� d�duit du th�or�me �nonc� en 1894, ainsi que GOUY l'avait �tabli d�s 1895.
Le grand M�moire de 1923 ne traitait que de syst�mes en �quilibre, ne comportant, par cons�quent, que des champs permanents. En 1941, LI�NARD devait �tendre la th�orie des potentiels thermodynamiques � l'�lectromagn�tisme. Malheureusement, comme aucune th�orie relativiste de l'�lasticit� n'avait pu encore �tre �difi�e � cette �poque, il avait �t� oblig� de s'en tenir aux th�ories �lectrodynamiques pr�relativistes de HERTZ et de LORENTZ pour les corps en mouvement, ce qui limite un peu l'int�r�t de l'�tude remarquable qu'il a consacr�e � ce tr�s difficile sujet. Elle n'en contient pas moins des consid�rations tr�s instructives et il convient de mentionner tout particuli�rement un chapitre sur les ph�nom�nes thermo�lectriques o� est discut�e l'application du principe de Carnot-Clausius � un �l�ment du conducteur travers� par un courant, question essentielle pour la th�orie thermodynamique des effets Peltier et Thomson.
Ce n'est d'ailleurs pas aux seules applications � l'�lectricit� et au magn�tisme que LI�NARD devait limiter ses travaux de thermodynamique. Dans un M�moire paru en 1947 dans les Annales de la Facult� des Sciences de Toulouse, il �tudie de fa�on tr�s g�n�rale le d�placement de l'�quilibre thermodynamique et il met en �vidence, en examinant du nombreux cas particuliers, une diff�rence de comportement des diverses grandeurs, selon qu'elles appartiennent, d'apr�s la distinction introduite par GIBBS, au type des � intensit�s � ou des � extensit�s �. Il parvient � formuler des r�gles qui paraissent assez g�n�rales et qui, bien que ne pr�sentant pas un caract�re absolu, ont vraisemblablement une certaine port�e th�orique, comme c'est souvent le cas en physique pour des lois plus ou moins empiriques telles que la loi de Berthollet ou le principe du travail maximum.
Si les travaux dont j'ai parl� jusqu'ici t�moignent de connaissances math�matiques �tendues et d'une grande habilet� a les utiliser, ils ne donnent qu'une id�e incompl�te des dons de math�maticien de LI�NARD. A l'occasion, en effet, de ses recherches de m�canique pure, il a su faire preuve de pr�cieuses facult�s d'invention, apportant � la th�orie des �quations alg�briques et � celle des �quations diff�rentielles d'importantes contributions.
On sait que lorsque la solution d'un probl�me de m�canique est donn�e par une �quation diff�rentielle lin�aire � coefficients constants, l'�tude de la stabilit� du mouvement se ram�ne � celle du signe de la partie r�elle des racines de l'�quation caract�ristique. Des circonstances analogues se pr�sentent d'ailleurs dans de nombreux probl�mes de physique et notamment en radio�lectricit�. Utilisant � l'exemple d'HERMITE, qui avait d�j� �tudi� le probl�me, les propri�t�s des formes quadratiques et g�n�ralisant des r�sultats indiqu�s par E. JOUGUET, LI�NARD, en collaboration avec H. CHIPART, �tablit un crit�rium qui, pour une �quation de degr� quelconque, facilite grandement l'�valuation du nombre des racines � parties r�elles positives ou n�gatives et qui est d'une application plus commode pour la discussion d'�quations alg�briques d�pendant de divers param�tres que la m�thode classique de Routh, adapt�e surtout au cas d'�quations � coefficients num�riques.
Abordant en 1922 le probl�me du flambage, il est conduit � �tendre les r�sultats de l'�tude faite par plusieurs auteurs, dont �. PICARD, sur l'�quation diff�rentielle � la discussion de laquelle se ram�ne le probl�me. Il pr�cise alors, pour une pi�ce de section variable, les conditions dans lesquelles le flambage est impossible, celles o� la moindre augmentation de charge le provoque et celles enfin o� il est in�vitable. Il d�termine le profil du solide de volume minimum susceptible de r�sister � un effort de flambage donn� et montre que c'est en m�me temps le solide d'�gale r�sistance.
Il est enfin � peine besoin de rappeler ici la brillante �tude qu'� la suite de VAN DER POL et d'�lie et Henri CARTAN, il a faite en 1928 de l'�quation g�n�rale qui r�git les syst�mes autoentretenus. Il a �tabli l'existence, dans un cas tr�s g�n�ral, d'une solution p�riodique unique. Il a �tudi� diff�rents cas o�, au contraire, il y a une infinit� de semblables solutions et il a obtenu d'importants r�sultats concernant notamment la dur�e d'oscillation et le trac� g�om�trique des courbes int�grales.
Mais, si LI�NARD �tait avant tout un physico-math�maticien, il avait re�u une formation d'ing�nieur et c'est un cours d'�lectricit� industrielle qu'il professait � l'�cole des Mines. Aussi ne pouvait-il manquer de s'int�resser � des probl�mes de pure �lectrotechnique et plus particuli�rement � ceux dont la solution exigeait de hautes connaissances math�matiques. C'est ainsi qu � propos de la th�orie de la commutation, une application du th�or�me de Fuchs sur les Int�grales des �quations diff�rentielles dont les coefficients n'admettent comme points critiques que des p�les, lui a permis d'�tendre la condition de commutation sans �tincelle, due � GIRAULT et plus connue sous le nom de condition d'Arnold, au cas o� la largeur des balais surpasse celle des lames du collecteur et d'expliquer pourquoi il y a int�r�t � augmenter cette largeur. De m�me, utilisant la m�thode symbolique imagin�e par notre �minent coll�gue DARRIEUS pour l'�tude des r�gimes transitoires dans les machines polyphas�es, il l'applique au probl�me de l'autoamorcage d'un moteur asynchrone. Il discute par la m�thode d'Hermite l'�quation caract�ristique du probl�me et retrouve ainsi les conditions d'autoamor�age de Genkin. Mais, en outre, il �tablit qu'un seul des deux r�gimes possibles est stable et que la saturation favorise la stabilit�.
La comp�tence qu'il montrait ainsi dans des branches si diverses de la Science et de la Technique �lectriques devait faire de lui un des membres les plus marquants de notre Soci�t� � laquelle il appartenait depuis 50 ans. Tr�s assidu aux r�unions de nos sections, il prenait une part active aux discussions. Si son esprit critique dont l'�ge n'avait alt�r� ni la vigueur ni la lucidit� rendait ses interventions redoutables, ses remarques pertinentes, mais toujours bienveillantes en d�pit du ton un peu bourru sur lequel il lui arrivait de les pr�senter, n'en �taient pas moins tr�s appr�ci�es : outre qu'elles manquaient rarement d'apporter dans des d�bats parfois confus une salutaire clart�, elles �taient souvent pr�cieuses pour des auteurs, quelquefois illustres, de Communications insuffisamment m�ries, � qui elles �vitaient de poursuivre de vaines recherches dans des voies sans issue ou de publier des r�sultats douteux sinon erron�s. La nature de son activit� et sa grande exp�rience de l'enseignement le d�signaient tout naturellement pour diriger les travaux de notre 6e Section dont il fut pr�sident de 1927 � 1930. L'estime et le respect qu'il avait su inspirer � ses coll�gues l'avaient, d�s 1926 port� � la vice-pr�sidence de la Soci�t� et, en 1937, quand il en devint le pr�sident, son pr�d�cesseur BETHENOD, apr�s avoir rendu au savant un hommage bien m�rit�, ne manqua pas de le pr�senter comme "un homme de grand coeur dont la conscience et la droiture exceptionnelles �taient proverbiales". Il �tait d'ailleurs d'autant mieux pr�par� � exercer ces hautes et d�licates fonctions qu'il avait �t�, en 1933, pr�sident de la Soci�t� math�matique de France.
Les m�rites scientifiques de LI�NARD devaient, � deux reprises, attirer l'attention de l'Acad�mie des Sciences. En 1911, sur le rapport tr�s �logieux de BOUSSINESQ, elle lui attribuait le prix Vaillant pour un M�moire sur le mouvement d'un ellipso�de dans un liquide visqueux et, en 1929, elle lui d�cernait le prix Poncelet. Sans m�sestimer la valeur de si hautes distinctions, on peut cependant regretter que la carri�re si f�conde d'un savant qui, s'il �tait trop souvent m�connu de ses compatriotes, n'en contribuait pas moins largement au bon renom de la Science fran�aise � l'�tranger, n'ait pas re�u une plus compl�te cons�cration.
Mais LI�NARD ne recherchait pas les honneurs car l'humilit� et la modestie n'�taient pas les moindres vertus de ce chr�tien, au sens le plus complet du mot, qui, menant une vie quasi monacale, consacrait � des oeuvres de charit� tous les loisirs que lui laissait son inlassable activit�. Rien ne pouvait d'ailleurs plus d�plaire � un homme d'une telle qualit� que l'�l�ment publicitaire qui appara�t aujourd'hui trop souvent comme une condition n�cessaire, voire suffisante, de la notori�t� scientifique. Au reste, comme dans les mines de notre vieux continent o� l'exploitation est d'autant plus difficile qu'elle est plus avanc�e, dans les vieilles disciplines o� la subtilit� et la sagacit� de LI�NARD savaient trouver mati�re � s'exercer, les progr�s sont lents et les r�sultats, rarement spectaculaires, ne sont gu�re de nature � attirer les regards constamment sollicit�s par les d�couvertes plus voyantes, faites, souvent � moindres frais, dans des voies plus r�cemment ouvertes. Aussi n'est-il pas tr�s surprenant qu'un savant si �minent n'ait pas occup� dans le monde scientifique la place officielle que lui assignait son indiscutable talent.
C'est � l'�ge de 89 ans que la mort qu'il attendait avec la s�r�nit� d'un croyant, frappait, � Paris, le 29 avril 1958, cet infatigable chercheur, alors qu'il venait de subir une op�ration � laquelle il s'�tait pr�t� avec joie, car elle devait lui rendre, avec la vue qu'il avait partiellement perdue, la possibilit� de reprendre les travaux qu'il avait d� momentan�ment interrompre, mais pour lesquels son ardeur �tait rest�e intacte. Tous ceux qui l'ont approch� garderont le souvenir d'une noble figure qui fait honneur � la Science fran�aise et, si son passage en ce monde aura �t� particuli�rement discret, le sillage que, comme tout homme bien n�, il devait avoir � coeur de laisser derri�re lui, ne s'�teindra pas de si t�t.


Li�nard caricatur� par un autre �l�ve des Mines de Paris
(Petite Revue des �l�ves, 1911, page 37)
(C) Photo collections ENSMP
Li�nard "Dieu Electricit�" caricatur� par un autre �l�ve des Mines de Paris
(Petite Revue des �l�ves, 1927)
(C) Photo collections ENSMP
Li�nard caricatur� par un autre �l�ve des Mines de Paris
(Petite Revue des �l�ves, 1936)
(C) Photo collections ENSMP