【49】러시아 잡지에 게재된 일본 세력 견제를 위한 러시아의 전반적 정책 방향 보고
【49】
Ambassade de la République Française
Direction Politique
N° 91
Affaires de Corée.
St. Pétersbourg,
le 26 Novembre 1897
.Monsieur le Ministre,
Le «Novoie Vremia» vient de publier sur la Corée une suite d'articles qui, tout en ayant un caractère essentiellement privé, ne méritent pas moins d'être remarqués, car ils précisent bien la tendance générale qui semble devoir bientôt prévaloir dans la politique russe à l'égard de ce pays.
Après avoir déploré l'inaction avec laquelle le Gouvernement Impérial a laissé, pendant de longues années, les Japonais agir à leur guise en Corée, le «Novoe Vremia» recommande l'emploi de plusieurs moyens pour résister à la poussée de ceux-ci :
«En attendant que le flot de population russe qui s'avance vers l'Extrême-Orient le long du chemin de fer Transsibérien soit parvenu jusqu'en Corée, il faut que nous aidions les indigènes à agir par eux mêmes et à se rendre indépendants des Japonais. Pour cela, nous devons établir dans les ports des consulats russes et faire garder ceux-ci, de même que notre Légation de Séoul, par des troupes russes:les Japonais intimident les Coréens par leurs forces militaires;or, aujourd'hui, nous n'avons à Séoul que 40 matelots pour protéger nos agents diplomatiques et consulaires, il nous faut un régiment. Nous devons aussi fonder une banque russe en Corée afin de prendre dans nos mains l'administration des finances et de la douane. Nous devons créer non pas une, mais de nombreuses écoles russes, poser un télégraphe russe, faire venir en Russie de jeunes étudiants coréens pour y apprendre la technique des mines et des chemins de fer. Nous devons construire à Séoul, où se trouve une grande cathédrale catholique, une riche église orthodoxe. Enfin nous devons nous occuper de la construction des chemins de fer. On ne sait encore quel port sera choisi comme point terminus du réseau mandchou;sera-t-il sur le golfe de Petchili ou sur la mer Jaune ? Mais, quel qu'il soit, ce port devra être relié avec Pinian, d'où les Français ont obtenu le droit de diriger une voie ferrée sur Séoul:ensuite il sera nécessaire d'établir un chemin de fer allant de Séoul, au nord vers Gensan, et un autre au Sud-Est vers Fusan:à aucun prix il ne faut permettre aux Japonais d'obtenir la concession de ces chemins.»
Le «Novoie Vremia» , dans l'expression de ses desiderata, est un peu en retard. Il semble oublier, tout d'abord, que la propagande orthodoxe en Corée est déjà activement commencée et que des souscriptions sont recueillies ici par divers comités pour la favoriser. Il oublie aussi que le Colonel Poutiata, accompagné de plusieurs officiers et sous-officiers (5 officiers et 20 sous-officiers) venus en deux fois, a été chargé de l'instruction de la garnison de Séoul, et s'acquitte de cette mission en dépit de l'opposition des Japonais. Enfin il paraît ignorer qu'une Banque Russo-Coréenne vient d'être fondée;or il est plus que probable que l'objectif de ce nouvel établissement de crédit, dû à l'initiative de M. de Witte, est précisément l'accomplissement des diverses tâches signalées par le «Novoie Vremia».
Peut-être, cependant, conviendrait-il de faire une exception pour l'administration des douanes coréennes, car le Prince Oukhtomsky, un des principaux fondateurs de la banque, vient de publier dans ses «Viedomosti» un article tout à l'éloge de M. Mac Leavy Brown, le présent directeur des douanes en Corée, et la conclusion du Prince est qu'il ne peut être question pour le moment de renvoyer ni ce haut fonctionnaire ni ses acolytes anglais, «car ils remplissent leurs fonctions avec honnêteté, énergie et expérience, et on n'auraient personne pour les remplacer sans détriment.» Votre Excellence se souvient de l'opposition que fit le Prince Lobanof quand il s'agit de placer en Chine des fonctionnaires financiers russes;la même opinion sur l'intégrité des tchinovniks russes est partagée par le Prince Oukhtomsky, et probablement, bien qu'il ne puisse en convenir, par M. de Witte. On peut donc donner comme très vraisemblable que le Gouvernement Impérial ne cherchera pas pour le moment à éliminer de Corée les fonctionnaires anglais, «qui administrent bien», et «ne protent pas ombrage».
J'ai cru utile de faire part à Votre Excellence des dires du «Novoie Vremia» et des «Peterbourgskia Viedomosti» sur la Corée, l'industrie française s'occupant avec zèle de se créer des débouchés dans ce pays et ayant besoin d'être renseignée sur les visées des Russes.
Veuillez agréer les assurances du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monsieur le Ministre, de Votre Excellence le très humble et très obéissant serviteur.
Vauvineux
Son Excellence Monsieur Hanotaux, Ministre des Affaires Étrangères